Main de fille sur écran smartphone

Girl hand touching screen on smart phone © nenetus - Fotolia.com

Faut-il tolérer les téléphones mobiles dans les établissements scolaires ? La loi du 12 juillet 2010 interdisant l’utilisation du portable dans l’enceinte de l’école et au collège afin de les protéger des ondes électromagnétiques, est difficile à appliquer. Au collège, surtout, sans parler du lycée. La moitié des jeunes de 12 à 17 ans utilisent leur portable en cours, d’après une récente enquête TNS Sofres.

Monique Aquilina a longuement réfléchi à cette problématique quand elle dirigeait le lycée Galilée de Gennevilliers (92), classé en zone d’éducation prioritaire (Zep). « Nous nous sommes longuement interrogés sur une éventuelle interdiction totale au sein de l’établissement. L’équipe enseignante était divisée. Il y avait d’un côté des professeurs convaincus qu’il faut vivre avec son temps et de l’autre les partisans d’une interdiction totale : pour eux, les élèves seraient connectés en permanence si on les autorisait à utiliser leur portable seulement dans les couloirs ou la cour de récréation, avec les problèmes de concentration que cela entraîne, pour des élèves déjà en difficulté », pointe-t-elle.

Sur une heure de cours, la capacité de concentration d’un élève varie de 15 à 30 minutes. Ajoutez à cela un portable et elle se réduit au minimum. La proviseure a tranché en autorisant les téléphones mobiles dans l’établissement, à condition qu’ils restent éteints pendant les cours. « Si un portable sonnait en classe ou si un élève était surpris avec, le professeur lui confisquait et on appelait la famille pour venir récupérer l’objet », explique-t-elle.

« Comme si on leur enlevait une main »

Dans les collèges, parfois, la confiscation d’un portable entraîne des violences. Rien de tel au lycée Galilée. « Nos élèves ont fini par accepter cette règle », assure Monique Aquilina, reconnaissant qu’il y a eu, parfois, des tensions. Car les adolescents sont devenus dépendants de leurs téléphones. Des psychologues diagnostiquent même chez certains une « nomophobie », ou l’angoisse de se retrouver sans téléphone portable à portée de main. « C’est sûr, ils sont accros ! Quand on leur enlève leur portable, c’est comme si on leur enlevait une main. Ils voient cela comme une atteinte à leur intégrité. Leur téléphone est extrêmement important pour eux », explique Monique Aquilina, nommée proviseure au lycée Pasteur de Neuilly-sur-Seine à la rentrée dernière. Que ce soit en Zep ou dans les beaux quartiers, les élèves ont tous les mêmes portables : des smartphones dernier cri.

« Je les vois, dans la cour avec leurs smartphones, envoyer des dizaines de sms, se prendre en photo et les poster sur Facebook, raconte un professeur de français dans un collège de Lyon. Le portable est comme une extension de leur main. Ils sont dans la culture de l’immédiat. Ils ne prennent pas le temps de réfléchir, s’inquiète-t-il. Et le langage texto n’aide pas : depuis vingt ans que j’enseigne, le niveau d’orthographe est en constante chute libre », regrette ce professeur, qui n’a pas le temps de faire de la discipline. « En cours, quand j’entends un portable vibrer, je fais mine de l’ignorer, du moment que l’élève ne le sort pas. C’est compliqué parce qu’un smartphone, c’est aussi un outil. En 3ème, plusieurs de mes élèves n’ont plus d’agenda papier et notent leurs devoirs sur leur smartphone : difficile dans ce cas de les empêcher de les sortir ». Quand il surveille un examen, par contre, la vigilance est de mise : les portables doivent être éteints et rangés au fond du sac, afin d’éviter toute tricherie.