Professeurs des écoles : qu’accepter encore ?

Eric Charles, professeur des écoles à Champigny, nous a adressé cette tribune. Il pointe du doigt toutes les défaillances, selon lui, du système éducatif dans le premier degré.

Teacher © coramax - Fotolia.com

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Le ministre de l’éducation nationale demande aux enseignants de faire des efforts…

Parlons de l’école primaire…

– Depuis 10 ans, 80000 postes d’enseignants ont été supprimés. On a fait l’effort de l’accepter, c’est la crise !

– On a accepté la suppression des enseignants des RASED. On a dit qu’on allait s’occuper de l’échec scolaire dans nos classes.

– On a accepté l’aide personnalisée : des heures supplémentaires pour les « pas bons ». Personne pour nous former à la difficulté scolaire. On a accepté les sanctions pour les récalcitrants. Mais on l’a fait.

– On a mis en place des évaluations nationales en CE1 et CM2, pour classer les écoles, les enfants et les enseignants. Ca a créé du stress, du bachotage, mis des élèves en échec… On l’a fait, pour remplir les cases des études internationales.

– On a rempli le fichier Base élèves, car on nous a dit que les enfants non inscrits ne seraient pas admis dans le collège de leur secteur.

– On a accepté le fichage généralisé de l’enfance, avec le Livret Personnel de Compétences, les résultats des évaluations numérisées, parce que l’informatique est un formidable outil et qu’il faut vivre avec son temps.

-On a accepté la semaine de quatre jours, qu’on nous a fait passer pour du mieux. On l’a fait, sans avoir le choix.

– On a accepté la fin du travail en équipe, qui faisait la base de notre métier. On n’a plus le temps, on ne se voit plus entre collègues. Mais on l’a fait.

– On a appliqué les programmes de 2008, beaucoup trop denses et totalement réducteurs au lire-écrire-compter. Tout ce qui nous paraît important (ouverture culturelle, activités sportives, temps de réflexion,…) est quasi inexistant dorénavant. On l’a fait.

– On a accepté les insultes de nos ministres (faiseurs de siestes, changeurs de couches, fainéants, privilégiés, corporatistes) sans broncher.

-On a accepté la diminution dramatique des médecins scolaires, des infirmiers scolaires,… Ca coûte très cher…

– On a accepté d’être considérés comme étant une charge pour l’Etat. On n’est pas les seuls à souffrir…

– On a accepté l’augmentation régulière des effectifs dans les classes (jusqu’à 35 enfants dans certaines écoles), pour accueillir tout le monde.

– On a accepté l’explosion de l’emploi précaire dans nos écoles (AVS, EVS,…), payé moins que le SMIC, parce qu’il faut bien que tout le monde bosse.

– On a accepté la fin programmée des ZEP. On nous a dit que ça ne fonctionnait pas et que ça ne réduisait pas l’échec scolaire… On a accepté ces mensonges, car on ne nous a pas dit que les moyens qui devaient être alloués à ces écoles n’ont jamais été donnés.

– On a accepté d’intégrer des enfants handicapés, sans formation et avec trop peu d’aides. Il n’est pas bon de laisser ces pauvres enfants hors de l’école.

– On a accepté d’intégrer des enfants non francophones, sans aide de personne, sans formation, sans apports sur la culture de ces enfants. On a même accepté la fermeture des classes spécialisées pour ces enfants. On l’a fait.

– On a accepté que des enfants Roms soient interdits d’écoles ou que leurs classes soient transférées dans des locaux extérieurs (gymnase, commissariat de police). On l’a fait.

– On a accepté que notre salaire soit gelé depuis 3 ans et que ceux-ci baissent depuis plusieurs années. Il ne faut pas trop en demander.

– On a accepté les brimades de plus en plus fréquentes de nos chefs. Il faut instaurer une culture de l’entreprise et du chef dans nos écoles.

– On a accepté qu’on nous invente un imaginaire devoir de réserve, pour mieux nous faire taire. Il ne faut pas critiquer la Grande Maison.

– On a accepté que nos droits soient restreints avec la mise en place du service minimum, les déclarations préalables de grève, la journée de carence… Il faut bien s’aligner sur le moins disant du privé…

– On a accepté le fait qu’il n’y avait pas besoin de se former pour être enseignant, avec la suppression des IUFM et la fin de la formation continue. Ben oui, pas besoin d’être Bac +5 pour changer des couches…

– On a accepté de sacrifier des jeunes collègues stagiaires en les balançant seuls dans des classes, sans formation et très peu de suivi. Il faut bien apprendre le métier sur le terrain !

– On a accepté le manque cruel de remplaçants. On n’a qu’à pas être malade, après tout.

– On a accepté que notre âge de départ à la retraite passe de 55 à 60 ans et que nos annuités passent de 37,5 à 40. On l’a fait parce qu’il fallait s’aligner sur le privé, que c’était un privilège injuste.

– On a accepté de n’être jamais consulté, ni entendu sur aucun sujet qui touche notre métier. On doit rester dans nos classes, à notre place !

– On a accepté le discours qui nous demande de faire mieux avec moins. Faut s’adapter à la crise.

– On a même accepté d’être aspergés de gaz lacrymogène devant le ministère à la fin d’une manifestation. On l’a bien cherché, aussi, à faire du raffut dans les beaux quartiers !

On a accepté tout ça, parce que, malgré tout, il reste les enfants et que c’est notre métier de nous occuper d’eux. Et, vu que l’Etat ne veut plus prendre en charge que les quelques enfants favorisés, qui s’occupe de la majorité restante ? On a accepté tout ça, parce que l’on sait que les principales victimes, ce sont les enfants.

Et notre ministre nous demande de faire un peu d’efforts, parce qu’il est le ministre des enfants !

Il est sérieux ?


Eric Charles, instituteur à Champigny (94)

11 commentaires sur "Professeurs des écoles : qu’accepter encore ?"

  1. Charivari  19 février 2013 à 15 h 39 min

    Quel dommage que cette réaction arrive justement au moment où on recrée des postes au lieu de les supprimer, au moment où on jette les programmes 2008 qui font l’unanimité contre eux, on moment où on propose d’étaler sur 5 jours les apprentissages qui étaient condensés en 4, au moment où on nous donne plus de temps pour travailler en équipe, au moment où tous les postes budgétaires de l’Etat vont devoir faire des efforts supplémentaires pour donner un peu d’air à l’enseignement du premier degré… Est-ce vraiment aujourd’hui qu’il faut hurler au scandale ?
    Tant pis, on jette la réforme ? C’est ça que tu veux ? On fait les enfants gâtés ? : « Monsieur le ministre, votre cadeau n’est pas aussi joli qu’on l’avait espéré, alors on n’en veut pas, tenez, reprenez-le. »
    On fait revenir Sarko et on reprend là où on en était resté, on continue les suppressions de postes ? Le dénigrement ? Les couches ?Signaler un abus

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  2. Linette  19 février 2013 à 18 h 50 min

    On a accepté tout ça ? Me semble bien qu’on a remué ciel et terre pour ne pas « accepter » tout cela ! Mais il y a le jeu des urnes, la surdité du gouvernement précédent, et son idéologie… On ne va quand même pas faire payer au ministre qui déclare la priorité à l’école primaire, les frustrations accumulées pendant plus de cinq ans, non ?Signaler un abus

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  3. Jul  21 février 2013 à 1 h 17 min

    Si certains se réjouissent de ce qui va arriver, je comprends pour ma part que d’autres comme vous M. Charles crient un ras le bol parfaitement représentatif de ce qui se dit dans les salles des maîtres. Parce qu’on attendait sûrement beaucoup (trop?) de ce nouveau gouvernement et en particulier autre chose qu’une nouvelle réforme qui, si elle propose de bonnes choses, en propose aussi de très mauvaises, notamment concernant les rythmes scolaires. Je m’étonne de lire des collègues qui ignorent visiblement que ce n’est pas le temps d’enseignement qui fatigue les élèves, mais surtout le temps de vie collective. Il est bien évident que ce mercredi matin va se transformer en mercredi « toute la journée », là où aujourd’hui bien des familles s’organisent pour que leur enfant soit gardé par une mamie, une nounou ou par l’un des parents, nous allons nous retrouver avec 300 enfants mangeant à la cantine à « occuper » durant tout une après-midi avec des animateurs toujours aussi peu formés ! Qui ignore encore les problèmes posés par le manque récurrent de personnel sur le temps du midi, j’imagine à peine ce que ça sera l’an prochain ?!! Alors qu’il suffirait de réduire les vacances scolaires, conserver la semaine des 4 jours avec certainement moins d’heures par jour aussi, mais ça, ça voudrait dire toucher au lobby des hôteliers… qui a visiblement plus de poids que ce soit-disant bien-être des enfants. Alors oui, qu’on insinue encore et toujours que les profs doivent faire des efforts au lieu de chercher à conserver leur « petits privilèges », franchement, ça commence à écœurer grand nombre d’entre nous.Signaler un abus

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  4. guy morel  22 février 2013 à 14 h 21 min

    Cher collègue,
    Vous devriez lire cela :
    http://education.blog.lemonde.fr/Signaler un abus

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  5. narno  22 février 2013 à 14 h 55 min

    B R A V O ! !
    Et on accepte toujours de ne pas avoir de suivi médical digne de ce nom : demandez un peu aux enseignants que vous connaissez « à quand remonte ta dernière visite médicale avec la médecine du travail ? »… vous verrez !Signaler un abus

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