Annick Arsenault Carter

Annick Arsenault Carter

Pourquoi faites-vous la classe « à l’envers », en donnant vos cours sur YouTube pour ensuite ne plus faire que des exercices en classe ?

Cette méthode m’aide à mieux accompagner mes élèves en difficultés. Publier mes vidéos sur ma chaîne YouTube me permet aussi de communiquer avec d’autres enseignants francophones. Cela m’ouvre une fenêtre sur le monde, avec un échange d’expériences très enrichissant.

Quel est l’intérêt pour les élèves ? Est-ce que la pédagogie inversée améliore leur réussite ?

J’enseigne en 7e année depuis 16 ans et je constate tous les jours que les élèves ont besoin de répétition pour bien assimiler les notions. Avec la vidéo, ils n’hésitent plus à m’interrompre : dès qu’ils n’ont pas compris, ils peuvent cliquer sur pause, revoir le cours et progresser à leur rythme. Autre aspect positif : cela me permet de mettre en pratique le cours avec des exercices ou des activités. Je maximise alors le temps auprès de mes élèves. Avant, je voyais les élèves en difficultés avant ou après la classe : c’était épuisant pour eux comme pour moi. Aujourd’hui, je circule plus au milieu des élèves et j’ai du temps à consacrer à ceux qui ont des difficultés. Les meilleurs n’ont pas besoin d’attendre le groupe car pour chaque module, j’indique l’intégralité des vidéos disponibles et je prépare des fiches d’enrichissement. Comme je veille à ce que les élèves se regroupent et s’auto corrigent, il arrive que les meilleurs me remplacent pour proposer des exercices aux autres. Une émulation se crée naturellement.

En France, cette méthode existe mais reste encore marginale. Etes-vous un cas isolé au Canada ?

Lorsque j’ai commencé à poster mes cours sur Internet, il y a un an, je pensais que j’allais être seule. Mais mon compte Twitter m’a permis d’entrer en contact avec d’autres enseignants et de constater deux choses : beaucoup utilisent la pédagogie inversée au Québec et certains commencent à tenter l’expérience dans ma province du Nouveau-Brunswick. Aussi bien ma direction que le directeur général de mon district scolaire m’encouragent ! Je n’ai pas eu à les convaincre, je savais le potentiel de cette initiative et j’ai eu carte blanche. Ils m’offrent même des occasions pour me former aux nouveaux outils !

Comment ont réagi les parents d’élèves et vos collègues ?

A chaque début d’année, j’organise toujours une réunion d’informations. En septembre dernier, je leur ai envoyé un lien pour leur expliquer en vidéo ma démarche. Leur réaction a été très bonne. Désormais, les parents visionnent mes cours en ligne et comprennent ainsi mieux le contenu de mes enseignements. Leur intervention est plus précise pour accompagner leurs enfants. Mes collègues sont intéressés mais cela prend du temps à mettre en place. Au départ, c’est un défi de passer à la classe inversée. Je ne passe plus qu’une dizaine de minutes à enregistrer chaque cours mais au début je mettais 2h.

Avez-vous identifié des points négatifs dans la pratique de la pédagogie inversée ?

Mon plus gros challenge, c’est de parvenir à aider tous les élèves gênés et de pallier la fracture numérique. Il y a toujours trois ou quatre élèves dans chacun de mes groupes qui n’ont pas accès à internet à la maison. Alors je tente de leur donner accès au cours par d’autres moyens : disque compact, clé usb pour ceux qui ont un ordinateur… Je parviens toujours à faire en sorte qu’ils aient la même chance que les autres. Mon intention est vraiment qu’ils réfléchissent chez eux, en leur donnant un petit devoir à la fin de chaque vidéo qui dure rarement plus de 8 minutes. L’objectif est simple : que l’on discute ensuite en classe. Il s’agit de gommer l’aspect magistral du cours pour davantage de pratique et d’échanges en classe.

[warning]La ‘flipped classroom‘ concerne le primaire comme le secondaire, et peut faire l’objet d’un grand nombre d’applications pédagogiques. Cet article fait ainsi partie d’un vaste dossier sur la classe inversée, à découvrir ![/warning]