Novossibirsk : l’école française propose un projet pilote sur l’économie sociale

Anna Léontyeva, directrice de l'école française de Novossibirsk, souhaite mettre en place un projet pédagogique sur l'économie sociale très novateur. Elle présente le système éducatif russe -où l'économie est encore très peu enseignée à l'école-, l'état de l'enseignement du français dans son pays, et son projet, dont elle détaille les enjeux.

Anna Leontyeva lors de sa venue à la CASDEN

Anna Léontyeva lors de sa venue à la CASDEN

Anna Léontyeva dirige l’école française de Novossibirsk. Elle est également présidente d’honneur de l’Institut Sibérien de la Francophonie. Elle était à Paris la semaine dernière à la CASDEN pour accompagner des étudiants russes en économie et leur faire découvrir le monde bancaire français et l’économie sociale. Elle nous présente son parcours, le système éducatif russe et un projet pédagogique innovant.

Pouvez-vous présenter votre parcours et vos fonctions ?

J’ai été professeur à l’université pédagogique (ce qui correspond à l’IUFM) de Novossibirsk, et j’étais maître de conférences à la chaire de français de la faculté de langues étrangères, où sont formés les futurs professeurs de français, d’anglais, d’allemand… J’ai par ailleurs toujours été intéressée par les questions de francophonie et je suis également présidente d’honneur de l’Institut Sibérien de la Francophonie. Or, une de mes étudiantes à l’université était la fille d’une collègue d’une autre université, l’Université de la Consommation et de la Coopération de Novossibirsk. Des liens ont été créés avec cette université ainsi, et nous avons organisé un premier stage en banque en liaison avec la CASDEN et le groupe Banque Populaire. J’ai par la suite rencontré le président de la BRED, Stève Gentili, qui est également président du Forum Francophone des Affaires. Il m’a demandé de représenter les intérêts du Forum en Sibérie, puis, après avoir organisé plusieurs rencontres en France pour les étudiants russes, les responsables de l’éducation de Novossibirsk ont remarqué ces actions et m’ont proposé le poste de directrice de l’école française, école qui comporte un enseignement renforcé du français et une section bilingue. J’ai accepté volontiers car je remarquais à l’université que l’intérêt des étudiants pour le français diminuait. Pour remédier à cela, il me semblait qu’il fallait travailler plus tôt, avec des élèves plus jeunes, dès l’âge de deux ou trois ans. Je dirige cette école depuis trois ans et demi. L’objectif était d’augmenter le nombre des élèves : leurs effectifs ont doublé en trois ans. Le fait d’avoir suivi des stages en banque et d’avoir découvert l’économie sociale en France m’a beaucoup aidée pour diriger l’établissement d’une façon efficace et en même temps favorable aux collaborateurs.

L’école que vous dirigez va de la maternelle au lycée : en France, les cycles sont bien séparés. Quelles sont les différences majeures entre le système éducatif russe et français ?

Le chef d’établissement en Russie est en fait un chef d’entreprise. Nous avons beaucoup d’autonomie. Je recrute moi-même les enseignants, j’établis les salaires, je peux aussi choisir les options et les langues enseignées dans l’établissement. Nous avons bien entendu des programmes officiels établis qu’il faut respecter. Les enseignants d’un établissement ont également le droit de donner des cours privés payants.

Par ailleurs, en Russie, l’école va de la maternelle au lycée, et des professeurs d’université enseignent dans les établissements scolaires, et à l’inverse, les enseignants peuvent faire cours à l’université. Je fais souvent venir dans mon établissement des professeurs de l’université de Novossibirsk. En France en effet, on passe d’un niveau à un autre, et il n’y a pas de lien. Il faut ôter cette rupture pour lutter contre les difficultés des élèves. Dans mon école, l’équipe pédagogique est la même pour tous les niveaux de classes. Un élève fait sa scolarité dans un même établissement et l’équipe pédagogique le connaît bien, peut vite remédier, dès le plus jeune âge, à d’éventuelles difficultés.

Nous avons par ailleurs en Russie, un ministère de l’éducation nationale, qui englobe aussi l’enseignement supérieur, et récemment des postes de ministres de l’éducation dans les régions ont été créés. Dans notre région, nous avons donc notre propre ministre de l’éducation. Mais les écoles dépendent au quotidien du service de l’éducation des municipalités. Mon chef direct est le responsable de ce service.

Vous êtes présidente d’honneur de l’Institut Sibérien de la Francophonie. Apprend-on beaucoup le français en Sibérie et plus généralement en Russie, ou cet apprentissage est-il en baisse ?

En général en Russie, il est en baisse tous les ans. A Novossibirsk, il reste stable, et c’est déjà une réussite. Pour que les élèves puissent atteindre un bon niveau et avoir envie de continuer à apprendre le français, il faut apprendre à l’école – et non dans des écoles de langues- et dès le plus jeune âge. Il faut aussi donner la possibilité aux élèves de venir en France. Mais la raison majeure pour laquelle les élèves n’apprennent pas le français en Russie, est liée au fait que les programmes n’imposent l’apprentissage que d’une seule langue étrangère durant la scolarité. Les parents choisissent donc en priorité l’anglais pour leurs enfants. Dans mon école, je propose deux langues. A partir de 8 ans, les enfants peuvent apprendre l’anglais. Ainsi, les parents choisissent le français première langue, dès l’âge de trois ans, car ils n’ont plus peur que leur enfant n’apprenne pas l’anglais.

Vous accompagnez aujourd’hui à Paris des étudiants russes en économie. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette initiative ?

C’est la sixième année consécutive que nous amenons des étudiants russes en économie à la CASDEN, mais aussi dans les banques populaires, à BPCE, à la FNBP, à la FBF : de quoi faire un tour général du système bancaire. L’ensemble des personnels se mobilise spontanément pour les accueillir. Ces étudiants viennent de l’Université de la Consommation et de la Coopération de Novossibirsk. Ils apprennent ce qui n’est pas encore connu en Russie : l’économie sociale -au développement de laquelle la CASDEN œuvre tout particulièrement -, et avec elle le développement durable, la responsabilité des entreprises. Ce qui nous intéresse aussi, ce sont les valeurs du monde coopératif, et le fait que les jeunes repartent avec des idées qu’ils appliquent à leur retour. Dans presque toutes les banques de Novossibirsk, nous retrouvons des visages connus, ceux des étudiants qui ont suivi ces stages ! Nous venons en France avec des professeurs de l’université, des étudiants, et des élèves du lycée, qui participent à un programme optionnel pour les écoles en économie soutenu par la région. Dans mon établissement par exemple, nous sommes en train, dans ce cadre, de créer un programme sur l’économie sociale.

L’économie n’est-elle pas enseignée au lycée ?

Non, on ne l’étudie qu’à l’université. Mais quelques écoles commencent à l’enseigner en option à partir du lycée. A Novossibirsk, nous sommes sept écoles dans ce cas. D’ailleurs, nous sommes en train de monter un projet très original et inédit sur l’économie sociale, qui devrait être validé en juin. S’il est validé, nous aurons des subventions pour le mettre en place. Je suis très optimiste à ce sujet !

Partagez votre avis

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée .

Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.