Jean-Yves Le Déaut ©DR

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Dans votre rapport remis le 14 janvier au Premier ministre, vous relancez l’idée instaurée dans un arrêté de François Bayrou en 1997, que les étudiants doivent être associés à l’évaluation des enseignants : quel est l’intérêt ?

Il s’agit plus exactement de donner la possibilité aux étudiants d’évaluer non pas leurs professeurs mais leurs enseignements, ce qui est différent. Les étudiants, premiers concernés par l’université, ont leur mot à dire. On ne peut pas demander à ce que l’enseignement supérieur soit évalué sur toutes ses missions (formation, recherche, diffusion de la culture scientifique…) et se refuser à impliquer les étudiants qui sont les principaux utilisateurs de l’université.

Mais il ne s’agit que d’un indicateur parmi d’autres. L’évaluation des professeurs doit porter sur toutes les missions de l’enseignement supérieur et pas uniquement sur la recherche. Cela existe déjà dans de nombreuses grandes écoles et dans certains IUT, mais seulement dans quelques universités… Dans le cadre du cours que j’assure à Sciences Po Paris, mes étudiants donnent leur avis, notamment sur ma pédagogie, sur la manière dont ils aimeraient être évalués… C’est anonyme et cela ne me pose aucun problème. Au contraire, cela me paraît naturel, de la même façon qu’un parlementaire est évalué quand il se présente à une élection, ou qu’un patient apprécie s’il est bien soigné ou non par son médecin…

Quelles seraient les conséquences pour les enseignants ? Peut-on imaginer une prime aux mieux notés et un retrait de salaire pour les autres ?

Les conséquences sont avant tout individuelles et doivent permettre aux enseignants de s’améliorer. Il ne s’agit en aucun cas d’instituer une évaluation sanction. Une jurisprudence du Conseil d’Etat a d’ailleurs validé la procédure d’évaluation des enseignements par les étudiants, à condition qu’il n’y ait pas d’incidence sur les prérogatives ou la carrière. Cette proposition est complexe à mettre en place. Mais elle permettrait aux enseignants de faire valoir leurs méthodes pédagogiques ou leur capacité à faire travailler les étudiants en groupe, en vue d’obtenir une promotion. Chacun doit pouvoir être en capacité de rendre compte de son investissement dans l’enseignement.

N’inversez-vous pas les rôles en considérant que les enseignants ont des comptes à rendre à leurs étudiants ? Comment se prémunir du risque de la démagogie ?

A partir du moment où il n’y a pas de sanction et où l’évaluation peut être utilisée pour justifier son investissement, les risques sont faibles. Le temps où les enseignants étaient les seuls à détenir le savoir est révolu ! Désormais, avec un smartphone ou une tablette, les étudiants ne se privent pas de vérifier en direct, tel ou tel point du cours. Il faut tenir compte de l’évolution numérique.

Plus généralement, quelle est la priorité des priorités pour améliorer le fonctionnement de l’université ?

J’en vois deux : la réussite des étudiants et l’amélioration des conditions d’exercice des enseignants-chercheurs en début de carrière. Il faut mettre fin au gâchis énorme auquel nous assistons aujourd’hui : beaucoup trop d’étudiants décrochent et sont mal orientés. Il faut créer davantage de lien entre l’enseignement secondaire et supérieur, et diversifier les voies de recrutement dans les grandes écoles. Il est aussi nécessaire d’œuvrer pour que nos jeunes deviennent ingénieurs et que tous les polytechniciens ne s’orientent pas vers la finance.

En ce qui concerne les débuts de carrière, lors du grand débat à l’Assemblée nationale que j’ai organisé le 4 décembre dernier, Serge Haroche a rappelé la rémunération à peine plus élevée que le Smic d’un enseignant-chercheur en début de carrière. Ce n’est pas acceptable. Il faut par ailleurs accorder des crédits à la recherche, afin de donner les moyens suffisants aux chercheurs. Nous avons une bonne université en France mais en l’améliorant un peu elle pourrait être excellente. Nous devons arrêter de faire de la géologie politique et passer d’un modèle d’excellence par la compétition à un modèle de performance par la coopération.