Sauvons l’Université : l’ancrage disciplinaire de la formation des enseignants menacé

Sauvons l’Université dresse un réquisitoire contre le projet de la future loi sur l'enseignement supérieur et la recherche, qui devrait être présentée le 6 mars en Conseil des ministres. Pour le collectif, ce projet ne contient pas véritablement de rupture avec la loi LRU.

Old classic library with books on table © photogl - Fotolia.com

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Pour Sauvons l’Université, « le gouvernement actuel a tenté de donner le spectacle de l’écoute et de la consultation lors des Assises de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche tenues à l’automne 2012. »

Le collectif reproche au gouvernement de reconduire en fait ce que contient la loi LRU, autant en termes de budget qu’en termes de pouvoir du président d’université. Le statut de l’enseignant-chercheur demeure par ailleurs lui aussi inchangé.

La volonté de Geneviève Fioraso de supprimer les PRES  et de créer 30 pôles universitaires de référence au lieu des 150 contrats de sites actuels est, pour Sauvons l’Université, non une simplification administrative, mais un danger pour les universités non fusionnées. Dans cette configuration en effet, ces dernières ne seront pas bien représentées, la « communauté d’universités » étant le seul interlocuteur du gouvernement.

C’est d’ailleurs un des points de mécontentement de la CPU. La Conférence des présidents d’université juge en effet indispensable que « chaque établissement puisse avoir une convention avec l’Etat afin de maintenir [son] indépendance et [sa] propre gouvernance ».

Le Snesup dénonce aussi de son côté « la volonté de créer un nombre restreint de pôles universitaires [qui] s’inscrit dans la mise en compétition économique des territoires organisée à l’échelle européenne. Une démarche qui ne rompt pas avec la logique ‘néolibérale’ de la loi sur l’autonomie des universités » .

Une formation de moins en moins disciplinaire

Autre point noir : Sauvons l’Université alerte sur le fait que le projet de loi risque de porter préjudice aux disciplines. La volonté de rendre plus généralistes les licences est nuisible au « rapport enseignement/recherche ». Le projet met l’accent « sur le bloc lycée/premier cycle avec ce que cela induit du point de vue de la dissolution des disciplines dans un magma pluridisciplinaire dont les deux seuls objectifs semblent être d’augmenter le nombre de reçus à la licence ». Dans un tel contexte, quid du devenir des UFR, précisément disciplinaires ?

Ce risque se répercutera naturellement sur la formation des enseignants : « la destruction de l’ancrage disciplinaire de la formation s’amplifie de facto puisque la seule véritable sanction restera celle du concours : la licence sera donc le point d’aboutissement de la formation disciplinaire pour les futurs enseignants, alors même qu’une part importante de ‘pluridisciplinarité’ y est introduite ». Le master étant réservé lui désormais à la validation des compétences plus pédagogiques.

Cet aspect est souligné également par Philippe Bourdin, président de la 22e section du CNU dans sa lettre du 29 janvier à Geneviève Fioraso : « Les actuelles révisions des maquettes des licences et des concours […] nous inquiètent par leur faible inscription disciplinaire. Cette faiblesse semble entérinée par le caractère indifférencié des premières années de licence ».

Plusieurs motions et communiqués émanant aussi bien des syndicats que des composantes universitaires, ont été déposés contre le projet de loi.

Dans ce contexte, SLU appelle à ne pas élaborer ni transmettre les maquettes en vue de la réforme de la formation des enseignants.

2 commentaires sur "Sauvons l’Université : l’ancrage disciplinaire de la formation des enseignants menacé"

  1. HM  8 février 2013 à 15 h 09 min

    Bonjour,
    Le Collectif IUFM de Livry (93), soutenu par l’Intersyndicale de Livry SNESup / CGT / Sud, vous appelle à signer la pétition
    « POUR UNE RÉELLE REFONDATION DE LA FORMATION DES ENSEIGNANTS ».
    Nous vous appelons aussi à la diffuser massivement dans les écoles, collèges, lycées et universités, auprès des enseignants, étudiants, parents d’élèves, élus et de tous ceux qui ont à cœur la qualité de l’enseignement public.
    http://www.petitions24.net/pour_une_reelle_refondation_de_la_formation_des_enseignantsSignaler un abus

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  2. craner  8 février 2013 à 17 h 58 min

    En tant qu’étranger, enseignant-chercheur à l’université pendant près de dix ans en France (et qui travaille désormais dans le privé), je vous pose la question : qu’est-ce qui motive réellement la défense de la place des enseignements disciplinaires telle qu’évoquée dans l’article ?

    L’université française se distingue des universités d’autres pays, ainsi que des grandes écoles françaises, à la fois par les peu de moyens dont elle dispose au regard du niveau de développement du pays, et par le caractère extrêmement disciplinaire des formations. En France on ne forme quasiment qu’à la discipline, mis à part un peu d’anglais et dernièrement le c2i. D’après mon expérience, la création de formations pluridisciplinaires se heurte souvent à de fortes résistances, notamment au refus de partager des heures de sa maquette avec une autre discipline. Parfois aussi les collègues d’autres filières ne se mobilisent pas pour faire les quelques heures proposés dans ces diplômes, heures qui sont souvent faites par des intervenants extérieurs.

    Il est normal que chaque corps et chaque spécialité défende ses intérêts propres, mais jusqu’où ? Les employeurs regardent la capacité des candidats à mobiliser différentes compétences pour accomplir des tâches et des missions. Les formations purement disciplinaires ne préparent pas leurs étudiants à cet avenir-là, et de ce fait se discréditent. La réorganisation de l’offre de formation en intégrant plus de pluridisciplinarité permettrait a priori de maintenir les volumes d’heures actuels par département ou par UFR, faciliterait les changements d’orientation, et conviendrait sans doute mieux aux besoins des étudiants. Alors pourquoi s’y opposer ? Évidement mettre en œuvre une telle réorganisation nécessiterai des moyens supplémentaires.

    Pour ce qui est de la formation des enseignants, ce n’est pas parce que je maîtrise ma discipline et que j’arrive à enseigner à un public de jeunes adulte qui ont choisi d’être là que je me sentirais qualifié pour gérer une classe d’élèves à l’école. Si un étudiant ne fait pas l’effort, c’est de sa responsabilité, il est adulte ; si un élève est en difficulté, l’enseignant se doit de l’aider, alors que l’élève n’a pas choisi d’être à l’école, c’est une obligation. C’est un autre métier.

    A la différence des universités où les formations sont construites par des spécialistes, les formations en IUFM sont effectuées principalement par des praticiens expérimentés, bien qu’une grande partie de la formation en IUFM reste « disciplinaire ». Or d’après ce que j’ai pu lire, il semblerait que les lacunes des jeunes enseignants ne sont pas tant au niveau des connaissances disciplinaires mais au niveau des compétences métier, compétences qu’ils doivent développer à la fois par des stages pratiques et par la formation « métier » et non pas disciplinaire.

    Ainsi je repose ma question : qu’est-ce qui motive réellement la défense de la place des enseignements disciplinaires telle qu’évoquée dans l’article ?Signaler un abus

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