Danièle Casanova

Danielle Casanova

Pourquoi avez-vous décidé d’accueillir à l’école les enfants de moins de 3 ans, comme le prévoit la circulaire Peillon à partir de la rentrée prochaine ?

Marseille a connu une série de règlements de comptes l’an dernier qui s’est soldée par un comité interministériel le 6 septembre 2012 et par l’annonce de plusieurs mesures pour lutter contre la délinquance. La scolarisation des enfants de moins de 3 ans, dans les quartiers difficiles, en fait partie avec l’objectif de préscolariser 30% des moins de trois ans, contre 15% actuellement. Pour y parvenir, nous avons ouvert cinq classes pour les tout-petits : elles fonctionnent depuis le 15 janvier. Des parents se sont tout de suite montrés intéressés et cela a permis de satisfaire des demandes en attente.

Certains pédopsychiatres estiment qu’il existe un risque de traumatisme émotionnel à deux ans : qu’en pensez-vous ?

L’expérience nous le dira. Dans tous les cas, nous ferons une évaluation du dispositif en juin prochain avec l’inspecteur d’académie. Nous aurons alors un peu plus de recul pour vérifier que cette scolarisation anticipée est génératrice de progrès. Le cas échéant, nous ferons des remédiations pour rectifier le tir. Mais pour que la pédagogie fonctionne, il faut impérativement que les enfants de moins de 3 ans fréquentent tous les jours l’école et pas juste une fois par semaine. Ce n’est pas une garderie !

Quels aménagements ont été effectués pour accueillir ces jeunes enfants ?

Nous avons repeint les classes et surtout réaménagé les dortoirs. Le mobilier a aussi été adapté. Les enseignants ont reçu une formation d’une semaine à l’IUFM et notre personnel municipal ira à son tour en formation début février. Nous allons observer leur comportement à la cantine et nous adapter. La scolarisation de très jeunes enfants est une découverte pour tout le monde ! Notre organisation va s’améliorer au fil des jours. Pour le moment, les remontées sont très positives, hormis de la part des assistantes maternelles qui ont perdu des enfants dont elle avait la garde… Un travail de sensibilisation et de diplomatie reste à mener.

Comment cette initiative peut-elle contribuer à lutter contre l’échec scolaire ?

La plupart des enfants concernés sont d’origine étrangère et vivent dans des quartiers sensibles. Dans le cocon familial, ils ont du mal à s’exprimer alors que l’apprentissage du langage a lieu entre l’âge de six mois et trois ans. Il est donc crucial que ces enfants soient mélangés aux autres afin qu’ils ne se retrouvent pas en échec au CP.

Jean-Claude Gaudin, le maire (UMP) de Marseille, a annoncé ce 21 janvier, qu’il n’appliquera pas la semaine de 4,5 jours à l’école pour une question de coût . N’est-ce pas paradoxal, sachant que vous avez les moyens de créer des classes pour les tout-petits ?

La préscolarisation des enfants de moins de 3 ans aura des effets bénéfiques, alors que nous doutons de l’utilité de la réforme des rythmes scolaires. Les principaux partenaires eux-mêmes n’en veulent pas ! Marseille compte quelque 73 000 écoliers : vous vous rendez compte du surcoût que représenterait l’organisation de l’école le mercredi matin ? Et puis rien n’est fixé pour assurer le périscolaire : il nous faudrait environ 4500 titulaires du BAFA alors que nous n’en avons que 300 sur notre territoire ! Du coup, le risque est grand que les enfants ne participent pas aux activités périscolaires après 15h30 si elles ne sont pas suffisamment attractives et qu’ils soient exposés aux trafics dans certaines cités.