Traitement de l’ischémie des membres inférieurs : une jeune chercheuse prometteuse

Hanna Hlawaty, docteur en génie biologique et médical, enseignant-chercheur à l’Université Paris 13 est la lauréate de la Bourse CASDEN du Jeune Chercheur. Elle nous présente son projet de traitement cellulaire des tissus des membres inférieurs abîmés à cause d'une artère bouchée.

Hanna Hlawaty dans le labo de Bobigny

Hanna Hlawaty dans le labo de Bobigny

Hanna Hlawaty, docteur en génie biologique et médical, enseignant-chercheur (maitre de conférences) à l’Université Paris 13 à l’Unité de Formation et de Recherche-Santé, médecine, biologie humaine de Bobigny, est la lauréate de la Bourse CASDEN du Jeune Chercheur. Cette Bourse récompense chaque année, en partenariat avec la Fondation de l’Avenir, un travail de recherche médicale. Hanna Hlawaty revient sur son parcours et nous présente l’étude pour laquelle elle vient d’être récompensée : un projet de traitement cellulaire des maladies ischémiques des membres inférieurs en présence d’une matrice pro-angiogénique.

Pouvez-vous retracer votre parcours universitaire ?

J’ai effectué 5 ans de mes études en Pologne, et j’ai obtenu mon diplôme du master 2 de Biotechnologie, spécialisation biologie cellulaire à l’Université Jagiellonne de Cracovie. J’ai ensuite envoyé mon dossier auprès de l’école doctorale Galilée de l’Université Paris 13 à Villetaneuse afin d’obtenir une bourse d’allocation de recherche pour effectuer une thèse en Sciences. J’ai fait cette demande en 2004, au moment où la Pologne est entrée dans l’Union Européenne, ce qui rendait ma démarche possible. J’ai obtenu cette bourse, nous étions peu nombreux à l’avoir obtenue pour pouvoir étudier en France, et j’ai commencé mon doctorat au sein de l’équipe de Didier Letourneur à l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM) à l’hôpital Bichat à Paris. J’y ai effectué trois années d’études sur les maladies cardiovasculaires et obtenu le titre de docteur d’université en sciences médicales en 2007. Le sujet de ma thèse a porté sur la thérapie génique dans les pathologies cardiovasculaires.

Comment avez-vous choisi le domaine cardiovasculaire ?

Ma mère est cardiologue et depuis toujours j’étais passionnée par la médecine et les sciences médicales. Je me suis ainsi intéressée aux pathologies cardiovasculaires et la possibilité de soigner les patients au début de leurs maladies. Pendant ma thèse j’ai choisi de travailler sur la phase précoce de l’athérosclérose chez le lapin au niveau de l’artère carotidienne (Figure ci-dessous). Les artères atteintes d’athérosclérose ont un diamètre considérablement réduit (sténose). La mise en place d’un ressort métallique appelé stent est une approche thérapeutique. Néanmoins, l’implantation de ce stent par l’induction de l’inflammation locale et la prolifération cellulaire peut conduire à une resténose. Au cours de ma thèse, j’ai eu pour objectif de travailler sur un stent recouvert d’un vecteur thérapeutique pouvant délivrer une molécule inhibitrice de la prolifération cellulaire à l’origine de cette resténose.

Votre travail actuel, qui vient d’être récompensé, se situe toujours dans le domaine cardiovasculaire, mais traite d’un autre sujet : la maladie des membres inférieurs.

Je poursuis en effet mes recherches dans le domaine cardiovasculaire, mais cette fois je m’intéresse à l’ischémie des membres inférieurs (Figure ci-dessous). Dans cette pathologie, on observe la présence d’une artère partiellement bouchée ayant pour conséquence une diminution de l’apport d’oxygène dans le tissu en aval (ischémie). Cette pathologie peut conduire à une amputation (taux d’amputation des patients atteints 40%). A ce jour, les soins proposés aux patients sont les stents ou le pontage, avec l‘implantation en aval et en amont d’une greffe d’un autre vaisseau pour permettre une circulation périphérique autour de l’endroit bouchée dans l’artère (occlusion de l’artère).

Ce que je propose dans mon travail, c’est d’intervenir directement sur la zone ischémique, avec un support tridimensionnel (3D) sous forme de matrice (Figure ci-dessous). Cette matrice est une sorte de patch biocompatible et biodégradable, formée à base de molécules naturelles, dans laquelle on peut cultiver des cellules qui peuvent survivre et croître in vitro dans les meilleures conditions. Dans le cadre de ce projet, on ajoute dans le patch des cellules de la paroi artérielle et les molécules thérapeutiques (facteurs de croissance) pour stimuler la croissance de ces cellules. L’objectif de ce traitement, par une approche de la thérapie cellulaire, est de générer la formation des nouveaux vaisseaux dans les zones lésées. A l’aide d’une petite intervention, la matrice 3D sera implantée dans la jambe par exemple, directement sur la zone lésée. Les cellules sortiront de la matrice 3D vers le tissu endommagé pour le régénérer.

Quand pourra-t-on soigner les patients avec votre procédé ?

Aujourd’hui je travaille avec une molécule thérapeutique qui stimule encore plus la formation de nouveaux vaisseaux : il s’agit de fucoïdane, un sucre extrait d’algues brunes. Nous avons testé l’effet de cette molécule chez la souris : la matrice 3D implantée sur la zone ischémique a permis une régénération cellulaire. Nous allons ensuite tester ce traitement sur un gros animal (porc). Et une fois les effets de la molécule validée, j’espère que nous pourrons soigner l’homme. Ces phases sont indispensables avant de passer à l’homme.

Votre travail permettra de soigner les membres inférieurs, mais peut-être aussi bientôt le cœur ?

Soigner le cœur est beaucoup plus compliqué. C’est un muscle qui bat en permanence, il est donc difficile d’y implanter une matrice. Le passage des cellules de la matrice vers les zones endommagées est rendu très compliqué par ce mouvement incessant. Par contre, je suis en train de travailler sur des applications possibles de notre matrice 3D pour stopper l’évolution des tumeurs avec le but d’un traitement local du cancer. Cette étude est en cours et constitue un de mes futurs projets.

1 commentaire sur "Traitement de l’ischémie des membres inférieurs : une jeune chercheuse prometteuse"

  1. mc  22 avril 2013 à 8 h 03 min

    Je souhaiterais communiquer avec le Dr Hlawaty à propos du traitement de l’ischémie des membres inférieurs et de son traitement médicamenteux actuel.Signaler un abus

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