Voeux de Vincent Peillon à la presse : « l’état de notre école n’est pas bon »

En ce début d'année, Vincent Peillon déplore le fait que l'école française perpétue les inégalités, mais salue les premières avancées de la refondation de l'école (plus de moyens, plus de recrutement, une nouvelle organisation du temps scolaire) et compte bien poursuivre ses efforts sur la réforme des rythmes.

Vincent Peillon voeux à la presse 2013

Vincent Peillon, ministre de l'Education nationale (photo Quentin Duverger)

« L’école est dans un moment particulier : elle a attendu longtemps de redevenir la priorité d’un gouvernement, d’une nation. » Vincent Peillon a adressé ce lundi ses voeux à la presse, en rappelant toute l’importance que le président Hollande entend accorder à la jeunesse et à l’éducation. Un choix évident, car selon le ministre de l’Education nationale, « l’état de notre école n’est pas bon » : l’école française entretient « les inégalités socioculturelles de départ », et les performances scolaires sont en baisse (« entre 15 et 25% des élèves sont en difficulté à l’entrée du collège : c’est inacceptable »).

Les premières étapes de la « grande réforme » de l’école

En s’attaquant dès la primaire à ces inégalités, la nécessaire refondation de l’école « entraînera tout le reste », et sera un levier déterminant pour l’insertion professionnelle des jeunes et la lutte contre le chômage. C’est pour cela que le gouvernement Hollande a pris des engagements clairs, programmés, en faveur d’une meilleure éducation.

En ce qui concerne le dispositif « plus de maîtres que de classes » ainsi que pour la scolarisation des tout petits, « la circulaire est sortie », rappelle Vincent Peillon. Les écoles supérieures du professorat et de l’éducation (ÉSPÉ) « ouvriront à la rentrée 2013 », avec pas moins de 27.000 postes programmés pour assurer la formation des maîtres. Le service public numérique est inscrit dans la loi, l’année de stage fait son retour, et le décret prévoyant 4.000 emplois d’avenir professeur a été signé en janvier… Bref, la « grande réforme » de l’école a débuté avec des actions concrètes, et le ministre s’en félicite.

Le chantier des grandes vacances pas rouvert « avant 2015 »

Mais de toutes les mesures prises, c’est la réforme des rythmes scolaires, et son retour à la semaine de 4,5 jours, qui cristallise toutes les inquiétudes. Vincent Peillon est conscient que la réforme des rythmes éducatifs est une réforme « très lourde, qui change les habitudes des parents, qui change les modes d’organisation des collectivités locales, qui change la semaine de travail des enseignants ». Mais « au-delà des clivages politiques, tout le monde convient qu’il faut faire cette réforme ».

« Je comprends toutes les inquiétudes », affirme le ministre, qui poursuivra un travail d’explication afin de démontrer le bien-fondé de sa réforme. C’est grâce à elle qu’il espère accomplir son objectif : « réconcilier l’école et la nation ». Main dans la main, les collectivités et les enseignants, les rectorats et les préfectures… doivent s’accorder pour « faire au mieux, toujours dans l’intérêt des élèves ». Cette réforme « suscite des commentaires : c’est normal », mais « elle se fera », malgré l’opposition affichée par les enseignants lors de la grève de mardi dernier. De fait, le décret de la réforme est paru ce samedi au Journal officiel.

Le ministre souligne par ailleurs que ces interventions sur l’organisation de la journée de primaire ne sont qu’une première étape : il faudra encore s’attaquer « au collège, au lycée » et « à l’année scolaire » dans son ensemble. L’éventuel raccourcissement des vacances d’été, ou leur zonage, ne seront toutefois pas réétudiés « avant 2015 ». Entre-temps, le ministre compte notamment examiner la pause méridienne du collège.

Selon un sondage i>TELE publié ce vendredi, 59 % des Français sont favorables à la réforme des rythmes scolaires et au retour à la semaine de 4,5 jours à l’école primaire : 22% des sondés jugent qu’il s’agit d’une « très bonne réforme », et 37% la jugent « plutôt bonne ».

4 commentaires sur "Voeux de Vincent Peillon à la presse : « l’état de notre école n’est pas bon »"

  1. JaneEyre  31 janvier 2013 à 15 h 02 min

    Si les résultats baissent c’est aussi parce que la hiérarchie demande aux enseignants de s’occuper en priorité des enfants en difficulté, ce qui se fait souvent au détriment des autres et cela dès la maternelle. D’ailleurs si le mercredi a été choisi face au samedi, c’est aussi parce que cette journée de coupure est néfaste pour eux ! Sympa, pour les 75% qui n’ont pas de problème! Arrêtons d’adapter les programmes aux publics visés ! Ayons les mêmes exigences pour tous, dès 3 ans…Signaler un abus

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  2. Crack  1 février 2013 à 22 h 32 min

    Monsieur Peillon semble vouloir réinventer la poudre, laquelle d’ailleurs il semble affectionner ! En fait, il s’agit juste d’un retour de quelques années en arrière avec une surdose de numérique à la clé… Lorsque je pense naguère aux pédagogistes qui prônaient le bain de lecture en guise d’apprentissage ou encore à ceux qui vantaient le mérite de l’éveil, base d’une inculture de masse. C’est assez sidérant de devoir entendre au cours d’une carrrière d’enseignant le tout et son contraire et cela prêché cycliquement… Et puis est venue l’époque héroïque des évaluations qui n’avaient pour seul dessein que de masquer les résultats pour mieux atteindre les objectifs de réussite définis par le seul gouvernement. Comment des inspecteurs de l’éducation nationale peuvent-ils impunément relever les notes du baccalauréat en faisant pression, la seule chose qu’ils savent bien faire, sur d’honnêtes enseignants qu’ils se complaisent à avilir. Pensons l’once d’un instant au niveau de langues étrangères, principalement l’anglais pour simplifier la donne, que de jeunes étudiants peuvent prétendre atteindre… Remercions la force d’inertie raisonnable de tous les enseignants qui auront su résister aux injonctions d’inaptes pédagogistes investis de la fameuse supériorité hiérarchique, sauvant ainsi des générations du désastre culturel que les plus hautes autorités voulaient leur assigner de façon idéoloqiguement délétère. Alors, j’appelle à la résistance pour que chaque pédagogue poursuive sa tâche en âme et conscience, comme la pupart l’a toujours fait, et laisse les politiques divaguer sur des projets qui prônent les valeurs d’une saison, lesquelles seront réajustées inexorablement ad vitam aeternam… Comme le rappelait très justement Muriel Barbery « Ceux qui savent faire font, ceux qui ne savent pas faire enseignent, ceux qui ne savent pas enseigner… enseignent aux enseignants, et ceux qui ne savent pas enseigner aux enseignants font de la politique »…Signaler un abus

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  3. Veritas  2 février 2013 à 20 h 46 min

    Pour ne réagir que sur les résultats du sondage émanant de la chaîne I Télé, filiale du groupe Canal + dont les tendances politiques sont partisanes par tradition historique, ceux-ci n’ont pas plus de valeur que les scores des évaluations nationales menées par le ministère de l’éducation, lesquels sont tronqués puisque devant répondre aux seuls objectifs déterminés par avance par le gouvernement.J’ai ainsi pu consulter d’autres sources que l’on peut qualifier de fiables apportant des conclusions majoritairement opposées à la nouvelle réforme des rythmes scolaires. En résumé, les citoyens non concernés puisque sans enfants d’âge scolaire semblent plutôt favorables à l’organisation de la semaine telle celle répandue avant l’ère sarkozienne alors que les familles impliquées puisqu’ayant des enfants fréquentant l’école primaire sont pour la plupart contre ce changement subit. Quant aux enfants, dont il est tout de même bon de recueillir l’avis, ceux qui pratiquent une activité le mercredi matin, aussi variée soit-elle, souhaiteraient la poursuivre. Les enseignants restent sceptiques quant à la véritable diminution de l’emploi du temps journalier de l’enfant. Que ceux-ci soient sous la responsabilité de tel précepteur ou de tel animateur, la fatigue s’accroîtra inexorablement et les problèmes d’attention et de concentration perdureront. Les enseignants n’avaient en effet pas attendu la venue de Monsieur Peillon au gouvernement pour savoir alterner de façon judicieuse dans leurs progressions les moments forts des enseignements physiques ou artistiques pour l’exemple.Signaler un abus

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  4. palme  3 février 2013 à 18 h 10 min

    Depuis des décennies, les gouvernements, par le biais du ministère de l’éducation nationale, ont commandité des corps expéditionnaires pour évangéliser les pédagogues et leur inculquer les derniers préceptes propres à devoir améliorer le niveau général du savoir. La méthode globale, le bain de lecture, la grammaire structurelle, les mathématiques dites modernes, l’éveil, l’apprentissage précoce des langues étrangères, l’aide aux devoirs, l’aide personnalisée pour les élèves en difficulté passagère, les évaluations nationales, le socle commun font partie de la nomenclature de la bible académique. Avec la nouvelle grande réforme de Monsieur Peillon, celle qui organise la semaine sur 4,5 jours, nous reculons de cinq ans pour mieux appréhender l’avenir. Qu’à cela ne tienne, nous n’en sommes qu’aux prémices d’une apothéose annoncée, celle qui consiste à faire entrer l’école dans l’ère numérique pour contribuer au développement de l’éveil cognitif précoce et au rayonnement d’une intelligence rapide et multitâche. Voici trente ans, quasiment toutes les nations nous enviaient notre système éducatif, lequel jouissait d’une réputation méritée. Aujourd’hui, malgré 83% de taux de réussite au baccalauréat parmi les impétrants qui honorent notre nation par leur érudition, nous sommes tombés à la trentième place sur l’échiquier international du monde éducatif. Alors, continuez sur cette lancée, Monsieur Peillon, sacrifiez des générations à la culture de masse et leurrez enfant et familles grâce à votre themomètre magique qui continue de grimper alors que le niveau général s’effondre. Ce serait presque drôle s’il s’agissait d’une fiction. Hélas, Monsieur Peillon et ses acolytes d’infortune ne seront plus lorsqu’il s’agira de considérer le désastre engendré !Signaler un abus

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