Vanik Berberian

Vanik Berberian

Auriez-vous voté pour le projet de décret sur les rythmes scolaires, rejeté le 8 janvier au Conseil supérieur de l’éducation (CSE) dont l’AMRF ne fait pas partie ?

Oui, nous aurions voté pour, comme les maires (AMF) et les départements (ADF), même si nous faisons part d’importantes réserves. Ce mercredi 16 janvier, une réunion a eu lieu dans mon département de l’Indre avec l’inspecteur d’académie. Les maires ruraux sont sur la même longueur d’ondes : il est nécessaire de donner le maximum de chances pour améliorer la qualité de l’enseignement et refonder l’école. Nous ne pouvons pas nous lamenter au sujet du système éducatif français lors de la publication de chaque enquête Pisa et ne rien faire pour que ça change.

Combien de communes de moins de 3 500 habitants appliqueront le retour à la semaine de 4,5 jours dès septembre 2013 ?

Je ne le sais pas. Ce qui est sûr, c’est qu’il n’y en aura pas beaucoup, surtout en milieu rural ! La question d’organiser l’école mercredi matin ou le samedi matin n’est pas non plus tranchée car le débat n’a pas eu lieu. Les éléments concrets ne nous sont pas parvenus. Résultat : la réforme est bloquée.Le principe de réalité va s’imposer au ministre.

Quels sont les problèmes d’organisation rencontrés par les maires des petites communes ?

Il y a d’abord la question des moyens humains. Il nous faut recruter des encadrants formés et compétents. C’est impossible en si peu de temps. Et puis il y a le problème des moyens techniques : comment faire pour organiser des activités périscolaires nouvelles dans les communes où il n’y a pas de salles disponibles ? Sur le terrain, des réticences commencent à s’exprimer : certains enseignants considèrent à tort que les salles de classe leur appartiennent alors qu’elles sont la propriété des communes ! La position des enseignants nous inquiète d’autant plus que nous ne la comprenons pas : ils râlent aujourd’hui mais c’était déjà le cas quand Xavier Darcos a supprimé l’école le samedi matin.

Un fonds spécifique sera créé pour accompagner l’organisation du périscolaire par les communes. Est-ce suffisant ?

Non, le compte n’y est pas ! Dans le projet de réforme, il est question d’accorder 50 euros par élève aux communes qui mettront en œuvre les nouveaux rythmes dès la rentrée 2013, tandis que les communes éligibles à la dotation de solidarité rurale (DSR) recevront 90 euros par élève. Cela ne concerne qu’un tiers des communes rurales !

L’organisation des transports scolaires est un autre casse-tête. Les Départements n’ont pas les éléments financiers pour trancher car ils n’ont pas la position précise des communes. En clair, chacun attend que l’autre se positionne. Nous demandons donc du temps pour mettre tout le monde autour de la table et réunir les conseils d’école. Il n’est pas raisonnable de nous demander d’indiquer nos intentions avant le 1er mars 2013 !

Dans un entretien publié ce jeudi 17 janvier sur ladepeche.fr, Vincent Peillon estime que les communes doivent « mutualiser leurs équipes et leurs équipements pour mener à bien la réforme ». Qu’en pensez-vous ?

Nous ne l’avons pas attendu pour savoir que l’intercommunalité existe ! Cet argument nous tape sur le système. La mutualisation a déjà lieu depuis longtemps quand elle est possible, car on ne peut pas étendre les périmètres géographiques à l’infini.

Vous dénoncez un « chantage déguisé » de l’Etat pour faire appliquer la réforme dès la rentrée 2013. Ne faites-vous pas la même chose en laissant entendre que les petites communes risquent d’augmenter les impôts pour financer la réforme ?

C’est la réalité car nos budgets sont très serrés. L’école représente en moyenne 20% du budget dans nos communes. Nous n’avons aucune latitude. Il faut aussi savoir que l’Etat verse aux communes une Dotation globale de fonctionnement (DGF). Son montant est calculé au prorata du nombre d’habitants. Mais les communes urbaines perçoivent le double des communes rurales. C’est aberrant, sachant que la vie à la campagne attire de plus en plus et que les besoins existent. Cette inégalité aurait pu être corrigée par l’Etat par le biais du financement de la réforme des rythmes scolaires. Au lieu de cela, l’écart se creuse.