Maîtres de conférences débutants : privilégier les cours ou la recherche ?

Les premiers pas des maîtres de conférences sont souvent délicats. Submergés, beaucoup ne parviennent pas à s’investir dans leurs recherches. Témoignages

Les jeunes maîtres de conférences (MCF) courent après le temps et se retrouvent souvent confrontés à un choix cornélien : privilégier leurs cours ou leurs recherches. « La première année, on n’imagine pas à quel point l’administratif peut être chronophage », témoigne Aurélie, 31 ans, MCF en civilisation américaine depuis deux ans à Bordeaux. Entre les réunions sur les maquettes d’enseignement, les projets pédagogiques à mener et les colloques à organiser, il est très difficile de préparer ses cours et de trouver le temps pour ses recherches. « Nous avions plus de souplesse avant la loi LRU  », se souvient Valéria, MCF en civilisation italienne depuis six ans à Paris. « Désormais autonomes, les universités ont moins de moyens. Du coup, les MCF en poste sont davantage mis à contribution, avec plus d’étudiants et d’examens à superviser. L’un d’entre eux confie : « je dois faire les emplois du temps, recruter les chargés de cours, organiser les sessions d’examens : j’ai tout le temps la tête sous l’eau ! »

De très lourdes responsabilités

L’année universitaire s’est également allongée, avec des sollicitations étudiantes de plus en plus précoces : « il y a cinq ans, je pouvais encore préparer mes cours et avancer mon travail de recherche avant le début de l’année universitaire », souligne Valéria, « désormais, dès la fin août, les étudiants se manifestent et le calendrier des réunions se remplit dès le début septembre. Avec plusieurs sessions de contrôle continu, examens et rattrapages dans l’année, on passe beaucoup de temps à donner des sujets, surveiller les examens et à les corriger ! »

Les MCF peuvent aussi avoir de lourdes responsabilités, comme celle dʼune année entière ou même dʼun cycle universitaire. L’explication ? « Ces responsabilités prennent du temps et ne sont pas très gratifiantes, pour la carrière et financièrement », confie un professeur d’université, « du coup, les professeurs les évitent. Un MCF peut même être directeur dʼune UFR. C’est rare mais j’en ai connu », assure-t-il.

3 jours pour l’enseignement, 3 jours pour la recherche

« Le plus difficile, c’est de trouver le bon équilibre », estime Aurélie, qui conseille de s’imposer une discipline en se réservant trois jours par semaine pour l’enseignement et trois jours pour la recherche. « La première année, j’ai essayé de ne pas négliger la recherche. Mais il m’est arrivé de ne pas être satisfaite de mon travail. » L’enseignante relativise : « A un moment, il faut prendre conscience qu’on n’est pas chercheur au CNRS mais à l’université et que cela implique de nombreux cours et tâches administratives. » Aurélie dit dépasser les 192 heures de cours que les MCF doivent assurer chaque année : « je suis déjà à 254 heures pour l’année 2012-2013. »

A les écouter, les MCF sont devenus multitâches. « Nous n’arrivons plus à assurer le travail de recherche, nous sommes sollicités tous les jours », regrette Valéria. Aurélie évoque un changement générationnel : « les étudiants nous questionnent sans arrêt par e-mail. Ils ont envie de communiquer, mais il faut fixer des règles d’emblée pour ne pas être noyé. Je leur adresse un petit vade-mecum en début d’année pour leur rappeler les règles : pas la peine de m’écrire pour connaître la salle où aura lieu le prochain cours… »

Course à la publication : une « pression implicite »

De nombreux MCF ressentent aussi une « pression amicale » des professeurs d’université pour publier. « Une pression implicite, un peu stressante mais stimulante », en vue d’obtenir une habilitation à diriger des recherches , indique Aurélie. Un préalable toutefois indispensable pour postuler au poste de professeur.

L’enseignante souligne aussi la progression du e-learning. « Une tendance lourde, avec un transfert progressif des cours magistraux vers les cours en ligne. Ce qui demande un travail formel supplémentaire car les ressources doivent être parfaitement rédigées. »

Certains MCF abordent leurs débuts avec enthousiasme. C’est le cas de Fabien, 33 ans, agrégé d’histoire à Paris et MCF depuis mai 2012 : « je n’ai pas de responsabilité administrative et comme mon université accorde une décharge de 40h à tous les MCF les deux premières années, tout se passe bien. » Ce qui ne l’empêche pas de ressentir, à chaque entrée dans l’amphi, un « certain trac ». Et, déjà, la crainte de ne pas parvenir à mener de front recherche et enseignement.

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