Rythmes scolaires : pour le SNUipp « le compte n’y est pas ! »

Le projet de décret sur l’aménagement du temps scolaire a été rejeté, le 8 janvier, par la communauté éducative. Sébastien Sihr, secrétaire général du SNUipp-FSU, explique pourquoi.

Sébastien Sihr

Sébastien Sihr

Pour quelles raisons avoir rejeté le projet de décret sur la réforme des rythmes scolaires ?

Nous refusons « la semaine Darcos » avec ses journées à rallonge mais nous ne sommes pas pour autant favorables à un projet incomplet et bricolé. Le compte n’y est pas, ni pour les élèves ni pour les enseignants ! Vincent Peillon nous avait promis une grande réforme : c’est une déception.

Est-il possible de réformer l’Education nationale ?

Dire que les enseignants s’opposent de façon systématique est un faux procès. D’ailleurs, le texte n’a pas juste été rejeté par les syndicats d’enseignants mais par l’ensemble de la communauté éducative. Tous les jours, les enseignants du premier degré font la démonstration de leur capacité d’inventivité et d’adaptation, en menant des projets en partenariat avec les parents. Le ministère de l’Education nationale porte une part de responsabilité dans ce vote et on devrait plutôt s’interroger sur sa capacité à accompagner les changements. Il aurait fallu de la méthode et de la pédagogie pour que les enseignants et les parents comprennent la réforme ! Ce dossier a été découpé en tranches et il n’apporte pas toutes les garanties pour une réforme réussie pour tous les élèves. Il est de mon devoir de tirer la sonnette d’alarme car dans un an il sera trop tard.

Qu’est-ce qui coince ?

La réforme qui nous a été présentée n’offre aucune garantie d’un périscolaire gratuit et de qualité. Une grande zone d’ombre demeure sur ce que les élèves feront après 15h30. Qui peut contraindre une commune à organiser des activités artistiques ou sportives si elle n’en a pas les moyens ? Je ne veux pas faire de scénario catastrophe mais, à l’échelle de 43 000 écoles et de 6 millions d’élèves environ, certaines collectivités n’auront d’autre choix que de faire payer les familles. Et ne leurrons pas les parents, en maternelle les élèves resteront aussi longtemps qu’avant : un enfant de 5 ans sera gardé par un ATSEM jusqu’à « l’heure des mamans ».

Sur quels autres points êtes-vous en désaccord ?

Les conseils d’école , qui réunissent parents, enseignants et élus, sont exclus de la construction des nouveaux temps scolaires. Cela donne la possibilité à un maire ou à un EPCI de modifier les rythmes scolaires sans passer par cette instance, considérée par certains comme un frein. Nous ne l’acceptons pas mais nous ne voulons pas d’une logique de face à face entre les collectivités locales, les parents et les enseignants. Simplement, partout où des écoles sont déjà à 4,5 jours, il y a eu une concertation préalable !

Vincent Peillon a pourtant dit hier que tous les partenaires seront impliqués…

Très bien, mais encore faut-il que ce soit écrit noir sur blanc dans le décret !

Vous craigniez aussi que le temps de travail des enseignants soit modifié. Le ministre vous a-t-il rassuré sur ce point ?

Nous n’avions aucune information, notamment sur le volume horaire des « activités pédagogiques complémentaires » (APC) qui remplaceront l’aide personnalisée pour les élèves en difficultés. Nous avons obtenu des précisions intéressantes, hier, auprès du ministère. Le service des personnels enseignants du premier degré s’organise en 24h hebdomadaires d’enseignement devant la classe et 3h hebdomadaires en moyenne annuelle, soit 108h annuelles. On nous a dit que ces 108h seront redéfinies par le biais d’une circulaire. En clair, en plus des 24h de cours, 1h par semaine servira aux APC et 2h seront dégagées pour la concertation (conseils, suivi du Projet Personnalisé de Scolarisation, rencontres avec les parents…). Nous demandions 3h hebdomadaires pour ce travail en équipe mais c’est une première reconnaissance du travail des enseignants puisque nous n’avions qu’1h30 avant.

Vincent Peillon juge toutefois « compliqué » de revaloriser le traitement des enseignants en raison du contexte économique. Le comprenez-vous ?

Non et je réitère ma demande : le ministère doit ouvrir la discussion du salaire des professeurs des écoles qui subissent une situation de déclassement par rapport aux enseignants du secondaire.

La question des rythmes scolaires est-elle la priorité ? N’est-ce pas l’arbre qui cache la forêt ?

Ce dossier submerge les questions pédagogiques qui sont essentielles pour la réussite des élèves. L’allégement des programmes scolaires, le taux d’encadrement des élèves, la formation continue des enseignants… Tout a été balayé par les rythmes scolaires et je le regrette.

Avez-vous le sentiment que le gouvernement a renoué le dialogue avec l’école ?

Le discours a changé. Le temps du mépris est derrière nous. Mais attention, le temps politique ne doit pas submerger les intérêts éducatifs. Or aujourd’hui, nous avons un ministre de l’Education prisonnier de son annonce politique du passage de la semaine à 4,5 jours.

2 commentaires sur "Rythmes scolaires : pour le SNUipp « le compte n’y est pas ! »"

  1. Boulu  12 janvier 2013 à 18 h 28 min

    Quand il s’est agi de supprimer le samedi matin, il y a 5 ans, y’a pas eu une vague. Moi qui étais dans l’active en primaire à cette époque, j’aurais aimé, et l’ai souhaité pendant toute ma carrière, qu’on réduise la longueur des journées et qu’on garde le samedi matin, mais bon, personne ne m’a demandé mon avis. La réaction des syndicats aujourd’hui explique pourquoi la plupart des travailleurs en France ne sont pas syndiqués.Signaler un abus

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  2. gégé  13 janvier 2013 à 7 h 41 min

    Oui comme d’habitude les effets d’annonce ont pris le dessus : résultat au lieu de partir d’une réflexion de fond, on a focalisé sur la forme (les 4,5 jours). En travaillant la question de l’allègement des programmes par exemple, ou encore celle des animations pédagogiques, on se serait peut-être aperçu que la semaine à 4 jours n’était pas à modifier mais à concevoir autrement !! Bref ! Très remontés les enseignants du 1er degré et on les comprend !Signaler un abus

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