Vincent Berger

Vincent Berger

Lors des Assises, la pertinence du cours magistral a été remise en question, pourquoi ?

L’émergence des technologies numériques change la donne. Le numérique, ce n’est pas seulement un outil, c’est aussi un bouleversement de notre rapport aux savoirs. La connaissance est partout, disponible en permanence, sur Internet, sur les téléphones… Cela modifie forcément le rapport à l’enseignant. Il n’est plus le seul dépositaire de la connaissance. Il n’est plus là pour délivrer le savoir mais pour enseigner à « savoir savoir ». Dans ce contexte, le cours en amphithéâtre, qui est unidirectionnel, parait désuet, voire anachronique.

Par quoi seraient alors remplacés ces cours magistraux ?

Il ne faut pas imaginer que le numérique puisse résoudre tous les problèmes et que, par son utilisation, on ne vise que la réalisation d’économies ! Rien ne remplace le contact humain. La valeur ajoutée de l’université aujourd’hui c’est l’humain. Nous préconisons une double approche, avec d’un côté le développement des cours en ligne et de l’autre une nouvelle relation au savoir entre l’enseignant et l’étudiant avec plus de temps consacré au suivi des études. On peut imaginer davantage de travaux dirigés, de travail en petits groupes et d’échanges directs avec les enseignants. C’est une transition qui se fera sur plusieurs années, la transformation des pratiques sera longue.

Comment imaginez-vous cette université en ligne ?

Les Etats-Unis développent déjà l’université en ligne. Ce pays a un modèle d’université qui selon moi n’est pas tenable en France. Aux Etats-Unis l’enseignement supérieur est un marché et où les frais d’inscription sont très élevés. En France, c’est un service public. Cela doit le rester. Mais l’université et l’école en ligne à la française sont à construire. Tout est imaginable, à commencer par une coopération entre les établissements d’enseignement supérieur, avec la mise au « pot commun » de certains cours. Toutes les universités auraient ensuite le droit d’utiliser ces cours. Dans cette configuration, on demanderait aux étudiants de suivre en ligne tel cours avant une date donnée. Bien sûr, cela représenterait un investissement de départ important et un énorme travail de fabrication du « matériau premier » et de réalisation des supports adéquats.

C’est donc l’avenir de nos universités ?

Les universités et les écoles françaises s’ouvriraient à tous, sur le territoire national comme à l’étranger. Tout étudiant motivé pourrait suivre les cours et décrocher un diplôme, qu’il soit malade et dans l’incapacité de se déplacer, qu’il s’agisse des étudiants empêchés, c’est-à-dire en prison, ou encore des élèves francophones basés à l’étranger, en Afrique par exemple. Si l’université française rate ce virage, des structures étrangères s’engouffreront dans la brèche. Lors des Assises nationales de l’enseignement supérieur et de la recherche, beaucoup de collègues, qui n’avaient pas vu venir ces changements, en ont pris conscience. C’est devenu un sujet d’indépendance nationale.

Emilie Salvaing