Dans la tête d’un enseignant schizophrène

Ancien enseignant de lettres, Philippe Cado raconte dans "Le jour où je me suis pris pour Stendhal" comment, au cours de son année de stage, il a basculé dans la schizophrénie et tenté de révolutionner l'Education nationale en s'identifiant à ses héros de roman favoris.

StendhalLe jour où je me suis pris pour Stendhal est le témoignage d’un jeune professeur de lettres modernes, saisi de graves crises de schizophrénie pendant son année de stage en lycée de province.

Philippe Cado fait, en 1992, ses premiers pas douloureux dans l’enseignement. Débordé par sa classe, il peine à intéresser ses élèves avec les méthodes apprises à l’IUFM. Un jour, pris de la conviction qu’il faut « modifier de fond en comble le système scolaire », il se met en tête de « révolutionner l’Education nationale » en s’inspirant de ses écrivains favoris. Il sombre alors petit à petit dans la schizophrénie, s’identifie à ses personnages de roman préférés et implique ses élèves, assimilés eux aussi à des héros de la littérature, dans des scénarios de plus en plus délirants.

Il bascule définitivement dans la folie lorsque, poussant à l’extrême son « identification livresque », il se croit investi de la mission de sauver une élève, Angélique (qui rejoint, dans son esprit, l’Angélique de l’Arioste), de la dépression, grâce à la puissance de son enseignement.

Après une sévère crise de folie, au cours de laquelle il met une station-service sans dessus-dessous, Philippe Cado est interpellé par les policiers. Pris en charge en hôpital psychiatrique, il y écrit, lors de ses périodes de stabilité psychologique, le premier jet de ce « journal d’un prof fou », qu’il ne publiera que des années plus tard.

Les conditions d’enseignement des jeunes profs en question

Ce témoignage déroutant remet notamment en cause l’accompagnement des jeunes enseignants lors de leur entrée dans le métier. Si Philippe Cado précise que les conditions d’enseignement ne sont pas directement responsables de sa schizophrénie, l’on imagine que « la terrible pression » exercée par les « élèves, madame M. [tutrice de Philippe Cado en lycée] et l’institution » n’est toutefois pas étrangère à la survenue de ses bouffées délirantes.

« A ma façon, je témoigne du métier d’enseignant et de la crise qui le traverse devant tant de diverses demandes », écrit notamment Philippe Cado. Face aux exigences contradictoires de l’IUFM, de sa tutrice, sans compter celles « d’une future inspection », « un prof a craqué », regrette-t-il.

Une problématique plus que jamais d’actualité, à l’heure où 9 % des enseignants débutants sont en burn-out.

Extrait

« J’en arrive à ces évènements du lundi après-midi où je me suis enfin révélé comme fou. J’étais désormais incapable du moindre raisonnement sensé. Je pensais qu’il me faudrait interdire la porte aux journalistes désireux d’assister à ce cours que je prévoyais exceptionnel. Je n’en laissais pourtant rien transparaître. Dans la salle des profs, j’ai discuté presque normalement avec quelques collègues. Personne ne me posait de questions sur mes derniers cours. J’étais, moi, plus détendu que d’habitude et riais franchement avec ceux qui restaient naturels. Ma seule crainte était qu’Angélique ne soit pas rétablie, car c’était pour la sauver de sa dépression que j’avais conçu ce travail magnifique ! »

Philippe Cado, Le jour où je me suis pris pour Stendhal, éditions Eyrolles, juin 2012.

1 commentaire sur "Dans la tête d’un enseignant schizophrène"

  1. instit  26 décembre 2012 à 15 h 48 min

    Ce récit fait peur mais je confirme qu’il faut au départ être très équilibré dans sa vie personnelle quand on est dans l’enseignement. Sinon, la dérive peut vite arriver sans aboutir néanmoins à de telles extrêmes a chaque fois. Heureusement !Signaler un abus

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