Grande Muraille Verte au Sahel : « une des solutions contre la désertification »

Une grande muraille d'arbres pour lutter contre la désertification au Sahel : c'est le projet de onze pays africains, lancé à l'initiative du Sénégal, en 2004. Le CNRS a créé un observatoire sur place, pour étudier l'impact de la création de la grande muraille. A la veille du séminaire annuel, le 18 décembre à Dakar, Gilles Boëtsch, directeur de l'observatoire, répond à nos questions.

Gilles Boëtsch

Gilles Boëtsch

Gilles Boëtsch, directeur de recherche au CNRS, anthropobiologiste, a créé en 2009 avec l’INEE-CNRS et l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar l’observatoire Hommes-Milieux à Téssékéré, au Sénégal, pour étudier scientifiquement les impacts de la création d’une grande muraille verte traversant le Sahel sur les écosystèmes et les populations humaines. Cet ambitieux projet, né en 2004 à l’initiative des pays africains de la zone sahélienne, vise à lutter contre la désertification par le biais d’une immense muraille d’arbres de plus de 7000 kms de long et de 15 kms de large. Les premiers arbres ont été plantés en 2008, et déjà des effets positifs se font ressentir. Gilles Boëtsch nous présente son laboratoire et les premiers résultats obtenus.

Comment est née l’idée de créer l’observatoire Hommes-Milieux ?

J’ai mis en place en 2009 un grand laboratoire qui concerne quatre pays, la France, le Sénégal, le Burkina Faso et le Mali. Le siège de ce laboratoire est à Dakar. Dans ce laboratoire travaillent des chercheurs français et africains sur les relations entre environnement – santé – sociétés en Afrique de l’ouest. Or certains de mes collègues sénégalais étaient impliqués dans le projet de la Grande Muraille Verte. Je l’ai découvert grâce à eux et immédiatement je l’ai trouvé extraordinaire. Avec le CNRS et plus précisément avec l’institut écologie environnement, nous avons décidé de créer un observatoire dans la zone nord du Sénégal en 2009. C’est un observatoire composé de scientifiques qui étudient l’impact sur les écosystèmes et les sociétés humaines d’un changement anthropique, c’est-à-dire découlant d’une action de l’homme. Replanter des arbres, reboiser une zone désertifiée sont des actions anthropiques fortes. L’observatoire est interdisciplinaire. On y étudie le changement d’écosystème, de faune, de flore, la microbiologie du sol et en parallèle les impacts sur l’homme. Ces impacts sont de trois ordres : gouvernance – pour que le projet fonctionne, les populations doivent se sentir impliquées-, alimentation – à proximité de la muraille peuvent être cultivés des potagers, ainsi les populations peuvent manger des fruits et des légumes, alors qu’auparavant, leur alimentation consistait quasi exclusivement en mil et lait caillé-, et enfin santé (épidémiologie). Grâce à la muraille verte en effet, les populations auront des carences alimentaires moins fortes, les médecins présents sur place à l’observatoire pourront aussi les soigner, mais le fait d’humidifier la zone pour planter des arbres peut causer des problèmes sanitaires (maladies parasitaires).

C’est justement ce type de problématique qu’étudie votre laboratoire ?

Oui, nous sommes en train d’y travailler. Nous travaillons sur les espèces végétales plantées en veillant à ce qu’elles soient adaptées à la fois aux contraintes de l’écosystème et aux populations, pour se nourrir, se soigner… . Certaines espèces intéressent même de grands groupes pharmaceutiques ou cosmétiques, et peuvent engendrer une activité économique importante pour les populations locales. Afin d’avoir une vue d’ensemble sur ces problématiques, nous travaillons tous, avec nos différentes spécialités, en concertation. Tous les ans nous organisons d’ailleurs un séminaire de restitution de tous les travaux de recherche qui ont été effectués sur l’année pour la Grande Muraille Verte. Cette année, il aura lieu le 18 décembre à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.

Où en est l’avancement de la Grande Muraille Verte aujourd’hui et vous apparaît-elle comme la solution la plus efficace pour lutter contre la désertification au Sahel ?

La Grande Muraille Verte est apparue comme une solution possible, nous ne pouvons pas dire si c’est la meilleure, mais c’est en tout cas une des solutions. Les scientifiques ont précisément pour tâche de veiller sans cesse à la bonne marche du projet et de l’optimiser. Pour ce qui est de l’avancement du projet, rappelons qu’il implique onze pays africains (Burkina Faso, Djibouti, Erythrée, Ethiopie, Mali, Mauritanie Niger, Nigeria, Sénégal, Soudan et Tchad). Aujourd’hui, il est bien avancé au Sénégal, un peu au Tchad et au Nigéria, mais est bloqué par la guerre dans des pays comme le Mali ou le Soudan. L’objectif fixé est d’avoir réalisé pour 2025, une grande muraille continue de 7100 km de long et 15 km de large. Au Sénégal, ce sont 5000 hectares par an qui sont plantés. L’échéance de 2025 peut être réalisable si les financements internationaux suivent. Mais est irréaliste avec les fiancements actuels… Il s’agit néanmoins d’un vrai projet de développement durable, puisqu’il s’inscrit dans la durée et a pour objectif d’augmenter le bien-être des populations tout en améliorant les écosystèmes.

Dans les années à venir, quels sont les plus grands objectifs pour votre observatoire ?

Si cela est possible, j’aimerais pouvoir faire un vrai laboratoire de recherche sur place, à Widou Thiengoly avec des murs, car pour l’instant, nous sommes logés par les Eaux et Forêts, mais nous n’avons pas de locaux à proprement parler. Puis, développer les relations Nord-Sud en termes de recherche et d’interdisciplinarité : c’est déjà un peu l’objet des Cahiers de l’Observatoire (1) , qui permettent à tous ceux qui travaillent sur le projet, chercheurs français et africains, de connaître ce que font les autres.

Note(s) :
  • (1) Les cahiers de l’Observatoire International Homme-milieux Tessekere, N°1 (Mai 2012) ; N°2 (décembre 2012)

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