Coups de poings, de compas, de cutter… En matière de violence, les infirmières scolaires ne s’étonnent plus de rien. Ou presque : « Le grand jeu en ce moment c’est de traverser les routes Nationales les yeux fermés », confie Valérie Cottin, infirmière à Trappes (Yvelines) et auteur d’un ouvrage sur son quotidien. « Et il y a des codes », ajoute-t-elle, « il suffit par exemple de rentrer dans les toilettes en parlant pour être frappé. » Joëlle Cerezo, infirmière dans un collège du 15e arrondissement de Marseille, est déconcertée face à cette augmentation de la brutalité, spécialement des garçons envers les filles : « l’inquiétant c’est qu’il y a des filles qui ne trouvent pas anormal de se faire frapper si elles ont eu tort… » Marie-Christine, en poste dans un lycée professionnel à Bourges (Cher), note une progression des jeux dangereux : « mais au lycée, ce sont plutôt les cyber intimidations et les humiliations qui gagnent du terrain. Certains élèves envoient jusqu’à 250 SMS par jour ! »

Le refuge des élèves en échec

Face à cela, les infirmières n’ont qu’un moyen d’action : le dialogue et la prévention. Loin de se cantonner aux visites médicales obligatoires, elles « écoutent, soignent et dépistent », rappelle Valérie Cottin. Elles sont aussi habilitées à renouveler les prescriptions de contraceptifs oraux, datant de moins d’un an, ainsi qu’à délivrer la pilule du lendemain. « Très peu de gens savent ce que nous faisons, y compris parmi nos partenaires proches », estime-t-elle. « Avant nous faisions surtout de la bobologie. Aujourd’hui, ce n’est que 10% de notre temps. »

A les écouter, il n’y a pas de journée type et il arrive que les demandes se bousculent : « dans les établissements sensibles, l’infirmerie est le refuge des élèves en échec et l’échappatoire pour sortir de cours », témoigne Joëlle Cerezo à Marseille. « Quand il y a trop de monde, je ne peux pas toujours répondre efficacement. Ceux qui reviennent plusieurs fois, j’essaie de les garder 1h. Je vais dans leur sens, sans juger. Mon but c’est qu’ils réussissent alors, parfois, je leur fais réviser une leçon. »

Marie-Christine indique qu’il faut être patient et attentif pour déceler certains maux : « Quand un élève commence par “Madame, est-ce que je peux vous demander quelque chose ?”, c’est souvent le signe que ça ne va pas fort. » Autre tendance, selon elle : « dans mon secteur, les parents ont de moins en moins de temps et d’argent. Du coup, ils envoient leurs enfants vers nous plutôt que chez le médecin. »

Dialogue difficile avec certains profs

Tenues au secret médical, toutes l’assurent : « Rien ne sort de notre bureau. C’est la base de la confiance avec les élèves. Il est même difficile de faire comprendre à certains profs que nous ne pouvons pas être dans la sanction », insiste Joëlle Cerezo. Seule exception : lorsque l’élève est en danger, « dès lors que nous avons connaissance de faits graves, de menaces de mort, d’une tentative de suicide ou de révélations », précise Valérie Cottin.

Ecoute, orientation, éducation à la santé et à la sexualité, prévention face aux conduites addictives… Les infirmières scolaires sont sur tous les fronts. Patricia, infirmière dans un collège de Maubeuge (Nord), résume : « Avant un élève venait nous voir parce qu’il était malade. Aujourd’hui, nous devons répondre à un imbroglio de situations ». Ce qui rend le métier à la fois complexe et passionnant.