Refonte des programmes de SES : « nous avons enfin été entendus ! »

Les profs de sciences économiques et sociales (SES) réclament depuis plusieurs mois un allégement du programme de terminale ES. Marjorie Galy, présidente de l’Association des professeurs de sciences économiques et sociales (APSES), estime que les professeurs de SES ont obtenu gain de cause pour la rentrée 2013… malgré quelques incertitudes.

Marjory Galy

Marjorie Galy

Vincent Peillon a annoncé la création d’un Conseil supérieur des programme, et la mise en place d’un groupe de travail a été évoquée. L’APSES est-elle satisfaite ?

Oui, nous avons enfin été entendus ! La Dgesco a annoncé au Conseil supérieur de l’Education du 22 novembre dernier que les programmes de SES seront revus pour la rentrée 2013. Mais nous n’avons aucune information ni sur les missions précises ni sur la composition du groupe de travail dont nous avons appris qu’il serait constitué ce mois-ci. Nous espérons qu’il n’y aura aucun des experts responsables des programmes que nous contestons. Et si des universitaires intègrent le groupe, nous voulons une répartition égale entre sociologues et économistes, avec un pluralisme des écoles de pensées. Nous serons aussi vigilants à ce que la moitié des membres soient des profs de SES qui, jusqu’à maintenant, ont été minoritaires. Les enseignants, qui appliquent un programme, sont les mieux placés pour l’alléger. A ce titre, nous lançons ce jour une enquête auprès de tous les enseignants de SES . L’objectif est simple : que chacun s’exprime sur les allégements attendus et témoigne de la difficulté dans les classes. Il faut que le ministère sache ce qui se passe et qu’il refasse confiance aux enseignants.

Quel est le problème avec le nouveau programme de SES, appliqué depuis cette année, en terminale ES ?

Le premier souci concerne le court terme : l’ampleur du programme est délirante. Elle empêche d’une part les enseignants d’exercer convenablement leur métier et, d’autre part, les élèves d’acquérir des connaissances. Ce nouveau programme de terminale se divise en 15 chapitres, avec 1h de cours en moins par semaine, soit 5h au lieu de 6h. Une année scolaire dure 36 semaines mais en réalité 30, cela signifie qu’il faut changer de chapitre toutes les deux semaines. Comme nous devons produire des notes et corriger les évaluations, il nous reste, au mieux, 8h30 par chapitre. Et quand on regarde la densité de chaque chapitre, on s’aperçoit que c’est impossible !

Le second problème repose sur la philosophie des programmes. Il existe un parti pris très net de renforcer le cloisonnement de l’économie d’un côté et de la sociologie de l’autre. Cette séparation crée des angles morts pour comprendre nombre d’enjeux contemporains.

C’est-à-dire ?

Il y a, par exemple, un nouveau chapitre sur les politiques climatiques. Pour aborder les leviers économiques permettant de moins polluer l’environnement, nous évoquons notamment les taxes, les règlementations… mais ce n’est pas suffisant. Au-delà de ces aspects techniques, les élèves nous demandent, à juste titre, pourquoi les Etats n’appliquent pas davantage ces outils. Pour leur répondre, il nous faudrait faire appel à la science politique, au rôle des lobby… ce que la partition des nouveaux programmes ne nous permet pas.

Certains enseignants estiment que le nouveau programme encourage le bachotage au détriment de la réflexion. Est-il possible de bien préparer les élèves à devenir des citoyens « éclairés »?

Le programme de SES en première est trop lourd donc infaisable. Du coup, les enseignants ne parviennent à aborder que 70% du programme car ils veulent le faire bien. En terminale, il n’y a pas d’alternative, il faut tout aborder en raison de l’examen à la fin de l’année. Résultat : le bachotage commence désormais dès le 1er septembre. Nous nous retrouvons dans une impasse pédagogique où, dans le meilleur des cas, nous faisons un cours magistral, sans possibilité pour les élèves d’apprendre à utiliser les notions. Cela pose problème pour former des citoyens responsables. Enseigner ce n’est pas juste transmettre des notions, c’est aussi apprendre à s’interroger pour se forger un esprit critique. Malheureusement, il semble que les élèves en terminale ES cette année vont continuer d’essuyer les plâtres. Par ailleurs, nous veillerons à ce que l’allégement du programme s’accompagne d’une refonte des nouvelles épreuves du bac car ces dernières accentuent les difficultés au lieu de les réduire. Désormais, des questions de cours, sur 6 points, incitent au bachotage et renforce l’amertume des enseignants et l’inquiétude des lycéens.

1 commentaire sur "Refonte des programmes de SES : « nous avons enfin été entendus ! »"

  1. davdel  7 décembre 2012 à 18 h 35 min

    Très bonne synthèse de Marjorie Galy, elle résume en quelques lignes limpides les difficulté que mes collègues de SES et moi même rencontrons dans notre petit lycée d’Isère.Signaler un abus

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