Rares sont les enseignants à n’avoir jamais été confrontés à des parents encombrants. Beaucoup se plaignent d’une dégradation des échanges, particulièrement au collège et dans les quartiers aisés. « Plus le niveau social des parents est élevé, plus ces derniers sont intrusifs », constate Luis, professeur de mathématiques dans un collège privé à Paris. « Avant, j’enseignais dans un quartier moins huppé et je n’avais pas ce souci ». A l’école, les comportements déplacés existent aussi. Ostiane Mathon, enseignante à mi-temps en CM1 à Paris, formatrice et auteure d’un guide sur la relation parents-enseignants, le reconnaît : « des parents pots de colle, systématiquement au portail de l’école ou qui m’adressent des messages non-stop sur l’agenda, j’en ai connus et ça peut devenir pesant. En cas de quiproquo, il ne faut pas hésiter à les recevoir en se référant au cadre. Lorsque ce n’est pas justifié, il faut être capable de leur dire qu’on comprend leurs inquiétudes mais qu’il n’y a pas d’urgence. » Fabienne (prénom modifié), professeure des écoles en Ile-de-France, dresse le profil des « casse-pieds » : « ils se croient souvent « supérieurs » à l’enseignant parce ce qu’ils ont un métier à responsabilités qu’ils estiment plus difficile que le nôtre. Ils vérifient les programmes, cherchent à piéger les maîtresses sur des questions précises, préparées en avance, ou sur des points particuliers des programmes… J’ai souvent l’impression qu’ils règlent leurs comptes avec l’éducation nationale. »

Présenter le « plan de vol »

Pour Jean-Louis Auduc, ancien directeur des études à l’IUFM de Créteil, chargé de cours à Paris 10 sur la connaissance du système éducatif, il ne faut pas blâmer les parents : « ils sont angoissés face à l’avenir de leurs enfants et comprennent de moins en moins le système éducatif. » Spécialiste du sujet, il déplore le manque d’informations, à destination des parents, sur le système éducatif français : « il n’y a aucune émission d’information sur l’école à la télévision ! La France est un des rares pays d’Europe où on ne dit rien aux parents. Or le système éducatif s’est plus transformé ces 30 dernières années que pendant les 150 années précédentes. »

Entre autres conseils, Jean-Louis Auduc incite les enseignants à présenter le programme en début d’année : « C’est un peu comme en avion, connaître le plan de vol rassure. J’insiste auprès des enseignants : présentez le plan de vol lors de la première réunion. Les parents seront ainsi rassurés et moins intrusifs. » Jean-Louis Auduc souhaite aussi que le ministère de l’Education réalise des documents de vulgarisation des programmes. Il appelle aussi de ses vœux l’instauration de cours de communication dans la formation des enseignants : « rencontrer une famille se prépare. Il faut se montrer professionnel. Par exemple lorsqu’on annonce une mauvaise nouvelle ou que l’on oriente un élève vers un spécialiste, il ne faut pas hésiter à rédiger un mot de recommandation. » Autre conseil d’Ostiane Mathon : impliquer au maximum les parents d’élèves, « en tant que personnes ressources, lors d’un forum des métiers par exemple ».

Jean-Louis Auduc considère cependant que les tensions parents-profs sont normales : « il faut avoir à l’esprit que pour les parents, leur enfant est la 8e merveille du monde. Tandis que l’enseignant, lui, a d’autres élèves à gérer. » Mais Ostiane Mathon, rappelle que le plus gros problème est moins celui des parents envahissants que celui des parents « invisibles ».