Les APS cherchent leur place. Recrutés à bac +2 par les collèges et les lycées les plus exposés aux problèmes de violence, ces assistants d’un genre nouveau ont pour mission de « sensibiliser les élèves au respect de l’autorité ainsi qu’à l’appropriation des règles de vie collective, de droit et de comportement au sein de l’établissement » et, selon la circulaire parue au Bulletin Officiel, de prévenir les « conduites à risques ». Mais qui sont-ils vraiment ?

« J’ai un rôle de communicant »

Recruté en CDD le 15 octobre, pour un an renouvelable, César est APS dans un collège de Strasbourg (Bas-Rhin). Âgé de 31 ans, en recherche d’emploi après avoir été professeur d’espagnol contractuel, il se motive à l’idée d’appartenir à ce nouveau dispositif : « il y a beaucoup d’idées reçues nous concernant mais la perception des élèves n’est pas la même. Je me considère plus comme un médiateur que comme surveillant. Mon rôle est de désamorcer et d’anticiper les conflits, de créer un lien entre le CPE, les assistants d’éducation, ou encore l’infirmière scolaire… J’ai un rôle de communicant. » Afin d’être opérationnel en janvier, il suit une formation « hybride » de 25 heures par semaine, complétée par 10h de pratique et une immersion chaque lundi dans son collège. « J’ai commencé à me présenter aux élèves et à en suivre quelques-uns. » La principale du collège est ravie : « il va nous soulager pour les cas compliqués, en coordonnant notamment les appels téléphoniques aux parents, à la protection judiciaire de la jeunesse… » César met aussi un point d’honneur à prendre des initiatives. Il a mis sur pied une cellule de veille, avec des réunions hebdomadaires, en concertation avec le chef d’établissement et l’équipe éducative : « je vais d’abord me concentrer sur le taux d’exclusion pour obtenir des résultats. »

Les APS semblent toutefois ne pas avoir une vision très nette des contours de leurs missions : « beaucoup ne comprennent pas encore bien ce qu’on leur demande », confie un professeur en lycée professionnel dans l’Académie de Versailles, « la profession est en train de s’inventer ». Nathalie (prénom modifié), APS dans un lycée professionnel d’Ile-de-France, dispose d’un niveau master et d’une expérience en tant que surveillante et conseillère d’éducation. Elle reconnaît être dans l’expectative : « je dis aux élèves que je suis un adulte supplémentaire pour les aider à devenir des adultes plus responsables et plus matures. Je ne suis pas là pour les fliquer mais pour faire de la prévention. Je ne précise pas trop les choses car ce n’est pas encore très clair pour moi mais ça va se clarifier au fur et à mesure de notre adaptation à la politique éducative de l’établissement. »

« Ni des Zorro, ni des Harry Potter ! »

Eric Debarbieux, nommé en septembre délégué ministériel en charge de la prévention et de la lutte contre les violences scolaires, se félicite de la création des APS, rémunérés environ 1430 euros brut par mois : « on a longtemps cru qu’il fallait protéger les établissements d’une violence extérieure. Aujourd’hui, il s’agit d’une politique ciblée, axée sur la pédagogie, partant d’une constatation simple : la violence à l’école se concentre sur 10% des établissements. » Et quand il s’agit de savoir si les APS vont régler tous les problèmes de violence, il insiste : « les APS ne sont ni des Zorro, ni des Harry Potter ! C’est une carte supplémentaire pour lutter contre la violence scolaire. Et ce n’est pas rien, vu la période d’austérité budgétaire actuelle. »

Sur le terrain, l’urgence se précise : la violence scolaire progresse dans les établissements publics du second degré qui font état de 13,6 incidents graves pour 1000 élèves en 2011-2012, selon une note d’information publiée en novembre par le ministère de l’Education nationale. De son côté, la Fédération des autonomes de Solidarité (FAS) évoque une hausse de 14% des violences scolaires, entre septembre 2011 et septembre 2012, dans son rapport annuel sur les conflits en milieu scolaire.