Enseignant avec son smartphone © goodluz - Fotolia.com

Enseignant avec son smartphone © goodluz - Fotolia.com

« Ma prof d’anglais rédige des textos quand on travaille. Ça m’énerve parce que je me suis déjà fait confisquer mon portable pour la même chose », peste Camille, élève de troisième dans un collège de la région parisienne. « Il arrive fréquemment que certains de mes profs regardent l’heure sur leur téléphone souvent posé sur le bureau », témoigne Mélissa, en première dans un lycée niçois.

Les enseignants plaident pourtant pour un phénomène marginal. « Je n’utilise jamais mon téléphone en cours ! », assure Cécile (les prénoms ont été modifiés), prof de français dans un collège francilien. « Non seulement je ne m’en sens pas le droit, mais je n’en ai pas le temps ! » Pour prouver sa bonne foi, elle cite une anecdote : « Ce matin, en plein cours, alors que les élèves étaient concentrés, j’entends une sonnerie. Je leur ai donc demandé « qui a laissé son téléphone allumé ? », jusqu’à ce que je réalise que c’était le mien ! Je me suis décomposée. Ils étaient hilares et je me suis platement excusée. Je leur ai dit que je ne le tolèrerais pas venant d’eux et que j’étais donc désolée. » Elle ajoute : « Le plus bête c’est que j’éteins toujours mon téléphone. En cas de gros pépin, je suis joignable sur la ligne fixe de l’établissement. Non seulement je trouve inadmissible de téléphoner en classe, mais en plus il est assez agréable d’être « coupé du monde » le temps d’une journée de travail… » Marjolaine, enseignante de mathématiques au collège, est plus catégorique : elle n’utilise jamais son portable en classe : « Entre les cours, je le consulte parfois rapidement pour voir si j’ai reçu un message ou un appel manqué. C’est tout. Je considère que si je veux que mes élèves me respectent, je dois les respecter aussi. C’est une question de civisme. » Violaine, prof de maths dans un lycée rhônalpin, trouverait même « étrange » de consulter son téléphone compte tenu de « la guerre » qu’elle mène contre ses élèves à ce sujet.  « Maintenant, si je dois recevoir un coup de fil très urgent, je préviens la classe avant. »

« Les élèves ne comprennent pas »

Tous les enseignants sont-ils aussi exemplaires ? Florence, professeure des écoles en banlieue parisienne, reconnaît qu’il lui arrive d’envoyer des SMS « discrètement pendant que les élèves sont au travail. Mes élèves sont petits, ils ne se rendent pas tellement compte… Mais je ne prends aucun appel sauf en cas d’urgence pour mes enfants. En primaire, on est assez tranquille en ce qui concerne l’utilisation des téléphones portables, mais pour combien de temps encore ? » Benjamin, CPE dans un collège en Seine-Saint-Denis, confirme que les entorses à la règle existent, mais il évalue à « un sur 30 environ » la proportion d’enseignants qui utilisent son smartphone en cours dans son établissement. Avec une nuance cependant : « ils sont plus nombreux à l’utiliser dans les couloirs. » Enseignants et élèves sont pourtant tenus de respecter le règlement intérieur de leur établissement qui interdit l’usage des téléphones portables. Selon le CPE, « les élèves ne comprennent pas en quoi regarder son téléphone en cours n’est pas concevable au collège, d’autant que le téléphone du professeur n’est jamais très loin ». Un argument supplémentaire pour les partisans de l’installation de brouilleurs GSM dans les salles de classe.