Sophie Morlaix

Sophie Morlaix

Vous pointez des résultats « décevants » du PRL. Quelles sont les raisons de cet échec ?

Notre recherche met au jour une situation préoccupante avec un échec massif et des résultats moins bons, année après année. Cela pose un certain nombre de questions, notamment par rapport au changement observé, sur six années, dans la structure de la population étudiante arrivant en L1 : la proportion de bacheliers non généraux aux résultats plus médiocres, c’est-à-dire avec moins de mention et souvent en retard, s’accroît. Autre problème : il n’y a pas eu de consignes précises d’application de ce plan qui définissait des objectifs très généraux (rénovation des contenus, mise en place d’un enseignant référent pour chaque étudiant, accroissement du volume horaire…) et laissait les équipes pédagogiques libres d’adapter ce plan en fonction des situations locales. Dans une note parue en 2010, l’Inspection Générale de l’Administration, de l’Education Nationale et de la Recherche (IGAEN) pointait déjà le fait que les universités éprouvaient  » de réelles difficultés à identifier les crédits PRL et à en assurer le suivi » et que l’application du plan était très inégale selon les universités.

Avez-vous perçu des retombées positives ?

On peut supposer que les résultats des étudiants seraient encore plus mauvais si le PRL n’avait pas vu le jour. Certaines actions peuvent avoir, très ponctuellement, des effets positifs. Par exemple, les actions d’accueil et de suivi pédagogique renforcé se révèlent plus efficaces que les actions de méthodologie du travail universitaire, en réduisant le taux d’abandon des bacheliers issus des séries ES et l’échec des bacheliers issus des séries L.

Comment réduire le taux d’échec en licence et quels sont les défis à relever pour renouveler l’attractivité de l’université ?

Nos recherches récentes montrent que ce sont principalement les variables classiques, liées au parcours scolaire des étudiants (retard, série et mention au bac), qui déterminent le succès à la fin de la première année universitaire. D’autres facteurs doivent être pris en compte : la motivation des étudiants ou les pratiques pédagogiques des enseignants. Les analyses consacrées à l’explication des différences de réussite des étudiants mettent l’accent sur les facteurs sociaux et ceux liés au passé scolaire, pour souligner la persistance des inégalités dans un contexte de massification de l’enseignement supérieur. Mais ces travaux ne donnent que peu de pistes d’actions pour les acteurs de l’université travaillant à la réussite des étudiants.

S’intéresser aux pratiques pédagogiques des enseignants du supérieur pourrait permettre de trouver des leviers pour améliorer la qualité du service éducatif. On s’y est très peu intéressé pensant qu’un bon chercheur est forcément bon enseignant et bon pédagogue. Quelques universités françaises, dont l’Université de Bourgogne, s’intéressent de près à l’influence des pratiques pédagogiques innovantes sur la réussite. Tous les enseignants du supérieur ne sont pas efficaces de la même façon pour transmettre un message aux étudiants et compte tenu de l’hétérogénéité scolaire et sociale du public accueilli, il faut réfléchir à de nouvelles formes de transmission du savoir, plus innovantes que le cours magistral.