Enseignants du primaire : qui sont les Dindons de l’éducation ? Interview

Se sentant exclus des débats sur la refondation de l'école, des enseignants du primaire se sont regroupés dans un collectif baptisé les Dindons de l'éducation. Ils espèrent ainsi se faire mieux entendre du gouvernement. Vousnousils les a interrogés.

Dindons de l'éducationQui est à l’origine de la création du collectif des Dindons de l’éducation et dans quel but ce collectif a-t-il été constitué ?

A l’origine, nous sommes quelques enseignants du primaire, un peu partout en France, discutant par le biais de forums. Chacun dans notre coin, nous nous demandions à quelle sauce nous allions être mangés, en voyant les ministres et les réformes se succéder. Le gouvernement Hollande a annoncé une véritable refondation, et nous avons voulu montrer que nous étions attentifs à ces changements, souhaitant que M. Peillon ne passe pas à côté de cette refondation. Le but de notre collectif est avant tout de donner la parole aux enseignants du primaire qui se sentent les grands oubliés de cette réforme. Et de trouver des espaces de discussions à ce sujet, éventuellement avec les autres acteurs concernés.

C’est pourquoi nous avons créé ce rassemblement d’enseignants par le biais d’une page Facebook et d’un blog qu’une dizaine de rédacteurs alimentent de réflexion sur les changements, sur les dysfonctionnements de notre métier et sur les manques. Aujourd’hui, la page Facebook réunit 2 300 fans. La pétition que nous avons lancée en début de semaine compte quant à elle plus de 4 500 signatures.

Nous tenons à préciser que nous sommes non syndiqués, non politisés. Nous ne souhaitons ni prendre la place des syndicats, qui discutent pour nous des mesures à prendre avec le gouvernement, ni leur faire de l’ombre.

Pourquoi avoir choisi ce nom de Dindons ?

« Etre le dindon de la farce », une expression française qui nous colle à la peau tel un maillot de corps du début du siècle dernier, nous, enseignants du primaire, mis soigneusement à l’écart de ces soi-disant concertations, de ces pseudo-débats médiatiques, et qui, une fois n’est pas coutume, allons encore laisser des réformettes ruiner l’école de nos élèves…

Alors, non ! Cette fois-ci, le dindon ouvre son bec, redresse fièrement sa queue, secoue effrontément sa caroncule et sort de sa basse-cour pour glouglouter haut et fort qu’il ne laissera pas l’école de ses enfants partir en miettes !

Quelle est votre position sur le retour de la semaine de 4,5 jours dès 2013, défendu par Peillon ?

Pour nous la question n’est pas aussi simple! Un changement de rythmes scolaires, quel qu’il soit, nous semble précipité pour la rentrée 2013.

L’Association des maires de France l’a elle-même annoncé : ils ne seront pas en mesure d’organiser correctement ce changement de rythme à la rentrée prochaine. Il y a une réflexion en profondeur à mener en ce qui concerne les rythmes scolaires qui sont censés aboutir à une amélioration du niveau des élèves, et ce avec tous les acteurs concernés (élèves, enseignants, collectivités territoriales, associations sportives et culturelles, parents…). Or il nous semble que les premières mesures annoncées ne répondent pas à cet objectif et risquent d’être des mesurettes adoptées à la va-vite sans réelle mesure des conséquences pour chacun des acteurs.

Le ministre a affirmé que les enseignants, dans l’intérêt général, « accepteront, sans doute, de travailler une demi-journée supplémentaire sans être payés davantage ». Etes-vous d’accord avec ses propos ?

Quel employé accepterait de travailler plus pour gagner moins (car il faut quand même pointer qu’un jour de travail de plus non payé aura un coût en charge pour nous, et les collectivités territoriales) ?

Le fait d’être fonctionnaire implique-t-il d’être corvéable à merci? A chaque réforme, notre métier se modifie, et nous l’acceptons sans broncher, nous nous mettons à niveau sur notre temps libre, nous comblons les manque du système par notre bonne volonté…

La phrase de M. Peillon suggère que, pour les beaux yeux de nos élèves et surtout leur bien-être, nous ne pourrons qu’accepter ce travail en plus (et ces frais en plus!) au nom du service public dû aux petits Français. Si nous refusons, c’est nous qui ne sommes pas compréhensifs des difficultés économiques du pays, et qui ne voulons pas faire d’efforts pour l’ensemble de la population. Nous ne voulons pas nous laisser faire à ce niveau. Soit la demi-journée mise en place s’équilibre avec un vrai allègement des 4 autres journées pour les élèves, mais également pour nous, soit une contrepartie salariale doit avoir lieu.

Quels sont les autres thèmes de revendication des Dindons ?

Nous pensons que les priorités de la refondation ne sont pas abordées dans le bon ordre.

Nous demandons l’abandon immédiat de la remise en question des rythmes scolaires, absolument pas prioritaire à nos yeux, tant que d’autres points fondamentaux n’ont pas été revus.

Les priorités de cette refondation doivent être l’allègement des programmes scolaires du primaire, la baisse des effectifs par classe, la remise en place des RASED (qui ont été détruits ces dernières années) et la prise en charge des élèves porteurs de handicap.

Nous demandons aussi la revalorisation du statut de Professeur des écoles, des journées de décharge pour tous les directeurs et la pérennisation des postes d’aide à la direction (EVS).
Mais nous ne voulons pas forcément à tout prix faire des éclats de notre action. Nous sommes en train de réfléchir actuellement à des initiatives, originales si possibles, qui nous feraient connaitre davantage.

Propos recueillis par Elsa Doladille

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24 commentaires sur "Enseignants du primaire : qui sont les Dindons de l’éducation ? Interview"

  1. cathy93  16 novembre 2012 à 18 h 24 min

    Une simple question: où étiez-vous quand s’est créé le mouvement des désobéisseurs en 2008, mouvement toujours vigilant aujourd’hui quant à la refondation de notre école?Signaler un abus

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  2. calina  16 novembre 2012 à 19 h 22 min

    Sans compter que personne ne parle des enseignants en maternelle, l’aide aux devoirs va-t-elle être de l’aide personnalisée en classe entière ? Allons nous intervenir dans d’autres écoles, quid des frais de déplacement dans ce cas ?Signaler un abus

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  3. FHA  21 novembre 2012 à 14 h 38 min

    Bonjour,
    dindon de la farce, cela traduit bien ce que je ressens avec mes plus de 30 ans d’ancienneté. Quand ce travail nous plait, c’est très chronophage, mais on ne peut pas continuer à profiter de tout le coeur que nous y mettons, alors même que notre situation ne s’améliore pas. Nous sommes au charbon, à essuyer les échecs des politiques éducatives et on (les décideurs?) laisse penser que nous en sommes les responsables, Parler de temps scolaire en dehors d’un projet global de société ne rime à rien, si l’école évitait la reproduction sociale des inégalités de façon significative, je n’en ai pas été informée…En comparaison avec les pays de l’UE (voir OCDE) nous avons moins de jours de classe, mais bien plus d’heures, et nous sommes moins rémunérés. Un pouvoir d’achat qui diminue alors que la somme de travail s’alourdit d’année en année. (Avec une paperasse, dont nous nous demandons si elle servira un jour à nos élèves…Un vrai ral le bol !) Nous sommes nombreux à penser que l’aide individualisée doit se faire pendant le temps scolaire, avec donc MOINS D ELEVES par classe. (Moins d’élèves : plus de temps pour chacun, non.?) Nous avons des conditions de travail differentes suivant les lieux (locaux +/- anciens, +/- sonores, moyens alloués très différents, formation des personnels dans le peri-scolaire, taux d’encadrement…) Est-ce normal que chaque petit éléve ne bénéficie pas des mêmes conditions suivant les lieux où ses parents ont les moyens d’habiter ? Pour ceux qui habitent la campagne et travaillent à l’exterieur, cela peut donner des journées de plus de 11 heures en collectivite, pour des petits de 2 ans et demi ! Garderie,école, cantine, école, garderie. Nos petits sont vraiment forts pour supporter tout cela ! Et on dit qu’ils sont durs ! Et bien ils pourraient être bien pires avec les conditions qu’ont leur impose. Au quotidien c’est difficile pour les élèves et pour les enseignants.
    Quant à nos temps de service (40 à 50 heures semaine semble une bonne moyenne.) Nous travaillons le week-end et pendant les vacances.En gros, nous travaillons autant que nous voulons, en dehors des 27 heures sans jamais de contrepartie financière. S’il n’est pas facile de chiffrer le temps de travail, il en est un, qui est visible. Nous avons 10mn d’accueil et 10mn après en moyenne qui ne font pas partie de nos temps de service. Il s’agit pourtant d’un temps oblihgatoire en présence des élèves et des familles. (Accueil effectif dans la classes, qu’il faut s’ailleurs lui-même préparer, puis sortie, il faut attendre que le dernierélève soit parti.) Sur 4 jours et demi, cela fait 108 heures annuelles ! Qu’on ne les oublie pas, s’il vous plait, puisque nos temps de service sont à l’étude.
    Voilà un dindon bien content d’avoir dit cela, qui continue à aimer son travail, mais voudrait bien l’être un peu moins, dindon!Signaler un abus

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  4. dede  27 novembre 2012 à 21 h 20 min

    Je ne vois pas en quoi la demi journée supplémentaire serait un remède à l’échec scolaire. S’il s’agit d’une demi journée de plus pour faire toujours le même programme sans prises en charge spécifiques des élèves en difficultés, cela me paraît inutile.
    Pour ce qui est des devoirs, ils sont normalement interdits, appliquons les textes existants, au lieu d’en faire un argument de vente de la refonte des rythmes scolaires.Signaler un abus

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  5. nature stef  10 décembre 2012 à 23 h 30 min

    Il faut vraiment être niais pour faire un collectif du genre alors qu’il y a de nombreux syndicats avec plein de positions différentes… bref y’a le choix pourtant !Signaler un abus

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