Refondation de l’école : vers la fin des « ZEP » ?

La délabellisation de l’éducation prioritaire figure en filigrane sur la feuille de route fixée par François Hollande pour refonder l’école. Mais la proposition suscite l’inquiétude dans le milieu enseignant.

ZEP, RAR, Eclair… Les labels des zones d’éducation prioritaires pourraient disparaître prochainement. C’est ce que préconise le rapport issu de la concertation sur la refondation de l’école, conforté par le discours de François Hollande prononcé le 9 octobre à la Sorbonne. Mise en place en 1981 par le ministre (PS) de l’Education Alain Savary, l’éducation prioritaire vise à lutter contre l’échec scolaire et à « donner plus à ceux qui en ont le plus besoin ». Problème : ces dispositifs n’ont pas démontré leur efficacité, comme le rappelle la dernière enquête annuelle de l’OCDE  qui pointe notamment un décrochage scolaire « préoccupant » en France.

François Hollande dans son discours le 9 octobre rappelait que « le système éducatif a accumulé les dispositifs, souvent résumés à autant d’acronymes plus ou moins heureux : ZEP, Eclair, ZRR et bien d’autres. Et ce faisant, la ‘labellisation’ n’a pas toujours su éviter le piège de la stigmatisation (…) Nous n’avons pas toujours su bien traiter, dans leur diversité, les difficultés territoriales. » Le Président propose une autre approche : « une aide personnalisée » aux établissements, en fonction de leurs « spécificités territoriales, scolaires et sociales », avec la volonté d’« affecter dans les territoires en difficultés des enseignants expérimentés, sur la base du volontariat ».

Une seule appellation ?

Marc Douaire, président de l’Observatoire des zones prioritaires (OZP), s’agace : « de juillet à septembre, notre groupe de travail sur l’éducation prioritaire, composé de 70 personnes (élus, enseignants, parents…), s’est réuni six fois. A aucun moment nous n’avons prôné la délabellisation, à croire que les auteurs du rapport n’ont pas lu nos travaux. » Considérant que l’aide personnalisée reste « floue », Marc Douaire souhaite plutôt une simplification des quelque 1100 réseaux actuels et « une mise en cohérence entre la carte de l’éducation prioritaire et la politique de la ville (les zones urbaines sensibles) ». Il ajoute : « il est paradoxal qu’on veuille supprimer les ZEP alors qu’Emmanuel Valls veut mettre en place des zones de sécurité prioritaires (ZSP).»

Nathalie Steinfeld, secrétaire départementale adjointe du SE-UNSA en Seine-Saint-Denis se dit « dubitative » : « Il faut conserver un label ! Certains établissement classés ZEP fonctionnent mieux que d’autres qui ne le sont pas. Avec une aide personnalisée, le risque serait de ne pas savoir sur quel pied danser d’une année sur l’autre. » Néanmoins, précise-t-elle, « certains établissement pourraient sortir de ZEP, d’autres y entrer. Et pourquoi pas ne retenir qu’une seule appellation pour une meilleure visibilité… »

Un chantier à moyen terme

Daniel Robin, co-secrétaire général du SNES-FSU, est plus rassuré : « j’ai l’impression que le rapport n’a plus beaucoup de pertinence. Il n’est pas dit que Vincent Peillon appliquera les propositions. La vraie question est de savoir si un effort particulier sera fait pour les établissements en difficultés. Je n’imagine pas que ce ne soit pas le cas. » Daniel Robin indique qu’il faut clarifier les labels, en continuant de bien identifier les établissements qui connaissent des difficultés : « il faut donner plus de temps aux enseignants qui exercent dans les zones en difficultés, car il y a des classes de plus de 25 élèves dans les réseaux ECLAIR, ce qui est incompatible avec un enseignement individualisé et des travaux en petits groupes. »

Du côté du ministère, on insiste pour dire que rien n’est tranché : « il ne s’agit que d’une éventuelle délabellisation, c’est un chantier à moyen terme ». En clair, ce chantier n’est – a priori – pas concerné par la loi de programmation et d’orientation sur l’avenir de l’école.
« Ce qui ne veut pas dire qu’il n’est pas prioritaire », souligne le ministère.

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