Pénurie d’enseignants : « Il faut un plan Marshall pour le 93 ! »

Alors que les enseignants du primaire en Seine-Saint-Denis se sont mis en grève le 11 octobre dernier pour dénoncer le manque d’instituteurs, la situation reste tendue. Entretien avec Nathalie Steinfeld, secrétaire départementale adjointe du SE-UNSA 93.

Nathalie Steinfeld

Nathalie Steinfeld

Quelle est la situation dans les écoles de Seine-Saint-Denis ?

Il y a une pénurie de professeurs des écoles. La situation est inédite car si l’on a déjà fait appel à des contractuels auparavant, cela restait rare dans le premier degré. Comme la liste complémentaire de l’académie est épuisée, plus d’une centaine de contractuels ont déjà été embauchés depuis le début de l’année pour faire face aux classes sans enseignant. Mais il manque 250 professeurs des écoles, en incluant les RASED, dans le département. Le problème c’est que dans le 93, le nombre de postes au concours correspond au nombre d’enseignants affectés. La réalité nécessite plus de moyens : par exemple, un congé maternité dure une année entière car, ici plus qu’ailleurs, les enseignants n’habitent pas sur place. Les candidats passent le concours en Seine-Saint-Denis, là où il y a le plus de places, pour obtenir un « passeport » et ensuite, beaucoup se mettent en disponibilité.

Le problème touche-t-il aussi le second degré ?

Oui, mais à la différence du premier degré, le second degré a toujours fonctionné avec un vivier de contractuels. C’est le manque d’attractivité de la profession et du département qui est en cause. Les jeunes titulaires d’un bac+5 ne se tournent pas forcément vers l’enseignement, mal rémunéré. Ceux qui ont un profil scientifique vont plutôt opter pour une carrière d’ingénieur.

Quelles sont les conséquences du manque d’enseignants dans les écoles ?

Pour l’instant, les seuils d’ouverture de classes sont inchangés. Dans certaines classes, l’enseignant a déjà changé deux ou trois fois depuis le début de l’année. Les équipes pédagogiques s’épuisent. On arrive à un point de rupture et cela se ressent sur la qualité de l’enseignement. Autre paradoxe : dans le 93, nos 450 professeurs des écoles stagiaires ont moins de journées de formation qu’ailleurs. Deux fois deux jours dans l’année, ce n’est pas suffisant ! Et quand on demande au DASEN (Directeur académique des services de l’éducation nationale) des données sur le nombre de démissions d’enseignants-stagiaires, le phénomène est minimisé.

Quelles mesures d’urgence réclamez-vous pour éviter que le 93 ne devienne un désert éducatif et donner envie aux jeunes enseignants d’y rester ?

Nous avons écrit au Ministre de l’Education nationale il y a 15 jours et nous n’avons toujours pas été reçus ni même eu de réponse. Nous demandons un « plan Marshall » pour le 93 avec la mise en place de mesures spécifiques. Nous ne pouvons pas faire l’économie d’une incitation financière voire d’un bonus retraite. Il faut savoir que 30% des enseignants du 93 ont moins de cinq ans d’ancienneté. Et avec 1500 euros (net) de revenu mensuel en début de carrière, il est très difficile de se loger à proximité de son lieu de travail. Par ailleurs, parmi toutes les réformes qui se profilent pour refonder l’école, on ne parle absolument pas de l’aide aux enfants en difficulté. Les RASED ont été mis à bas par le précédent gouvernement et on n’entend pas parler d’une renaissance. Certains professeurs enseignent depuis quatre ans sur ces postes difficiles, sans qu’ils aient eu une seule journée de formation.

Les 43 000 recrutements d’enseignants annoncés pour 2013 augurent-ils d’une embellie ?

Non, car si cette annonce est positive au plan national, nous craignons de manquer de candidats au concours dans le département. Nous redoutons que les candidats au CRPE tentent leur chance dans des régions où habituellement il y a moins de places au concours, en se disant que c’est l’année ou jamais. L’effet pervers serait que tous les postes ne soient pas pourvus en Seine-Saint-Denis.

2 commentaires sur "Pénurie d’enseignants : « Il faut un plan Marshall pour le 93 ! »"

  1. Boulu  3 novembre 2012 à 8 h 21 min

    Que plus personne ne veuille enseigner en Seine Saint Denis n’étonnera pas grand monde.Signaler un abus

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  2. patator  11 novembre 2012 à 16 h 11 min

    Sans compter qu’une fois entré dans le 93 il est très difficile d’en sortir. En effet pour que le mouvement se fasse il faut décrocher un exeat et si on laisse partir tous ceux qui veulent quitter le 93 il y aurait une véritable hémorragie.Signaler un abus

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