Faut-il encore noter les élèves ?

En se prononçant contre les notes "sanction" et pour une "évaluation positive", François Hollande a relancé le débat sur la notation à l’école. Syndicats et enseignants sont favorables à une évaluation valorisant davantage la progression des élèves. Témoignages.

Le serpent de mer de l’école sans notes resurgit ! Tandis que le rapport issu de la concertation sur l’école prône « une évaluation positive simple et lisible, valorisant les progrès » plutôt qu’une « notation-sanction », François Hollande préconise d’« indiquer un niveau » plutôt que de « sanctionner ».

Les syndicats d’enseignants s’étonnent du terme sanction : « il est déjà interdit de mettre un zéro pour des problèmes de comportement », rappelle Frédérique Rolet, co-secrétaire générale du SNES-FSU, « et, en général, les enseignants explicitent leur évaluation ». Albert-Jean Mougin, vice-président national du SNALC, conteste aussi l’expression car elle « sous-entend qu’il y a une volonté de faire tomber les élèves alors que la notation positive est déjà pratiquée ! » Dans le premier degré, Sébastien Sihr, secré­taire géné­ral du SNUipp-FSU déplore une « course à l’évaluation » ces dernières années : « l’institution a développé des dispositifs qui ont perdu leur visée pédagogique au bénéfice du pilotage. Le temps de l’évaluation a grignoté le temps de l’apprentissage. »

« Les notes ne sont pas là pour punir »

La solution ? Les syndicats d’enseignants s’accordent à dire qu’une évaluation valorisant mieux la progression des élèves est nécessaire. « Il faut desserrer la pression sur les notes », précise Frédérique Rolet, « elles ne sont pas là pour punir, il m’arrive de redonner une évaluation à un élève qui a eu une mauvaise note. S’il fait l’effort de la refaire, je prends la deuxième note. » Albert-Jean Mougin souligne que la note sur 20 ne doit pas être abandonnée : « elle est un élément de repère qui date de la numération celtique ! Elle a le mérite de permettre une subtilité importante. Estimer un travail n’est pas traumatisant à condition qu’un enfant soit évalué sur des critères objectifs, à l’aide d’une notation régulière mais pas obsessionnelle. »

Camille Bedin, secrétaire nationale de l’UMP en charge de l’égalité des chances, est pour sa part opposée à la suppression des notes et du classement qui crée une « émulation ». Selon elle, il faut toutefois réfléchir à un complément à la notation « classique » : « pourquoi pas un système de lettres qui évaluerait la progression ? Aujourd’hui, le problème c’est que les profs n’expliquent pas, ou rarement, ce sur quoi il faut s’améliorer. Et il faut donner une marge de manœuvre aux établissements où les difficultés sont importantes afin qu’ils puissent noter différemment. »

« A l’école primaire, les notes donnent un reflet faussé »

Julie(1), professeur de français dans un collège en Essonne, indique que pour de nombreux enseignants, la suppression de la note est inenvisageable : « ce serait remettre en question leur autorité et le seul mode d’évaluation que nous avons le sentiment de maîtriser ». L’évaluation positive est une bonne idée mais pas vraiment nouvelle : « quand je corrige une rédaction, je note plus généreusement un élève qui fait des progrès qu’un élève à l’aise mais qui n’a fait aucun effort. Cette subjectivité n’est pas admise officiellement mais elle est le seul moyen de conserver l’intérêt d’élèves qui font des efforts. » Julie va plus loin : « dans certains établissement de type ZEP, les notes ne riment plus à rien ! Le niveau est tellement bas qu’une notation “objective” reviendrait à mettre 5 à tout le monde, ce qui entraînerait révolte et découragement. » Selon l’enseignante, le système de notation atteint ses limites pour les élèves en grande difficulté, « mais ce ne sont pas seulement les méthodes des profs qu’il faudra changer, c’est toute une mentalité des parents et des élèves ! »

Delphine(1), professeur des écoles en Ile-de-France, estime pour sa part qu’il est possible de se passer des notes, souvent vécues comme une sanction, « au moins en primaire ». « Les notes donnent souvent un reflet faussé du niveau des élèves. En CM1, un élève peut obtenir un 16/20 en maths et ne pas avoir acquis 2 compétences sur 4 ! Je note donc avec A,B,C ou D et par compétence. On note sur 20 à partir du CM1 pour préparer au collège mais l’an dernier une de mes collègues s’est faite incendier par un papa qui trouvait que l’appréciation de la maîtresse ne correspondait pas avec les notes de sa fille. Elle avait 12 ou 13 de moyenne… En primaire, c’est un petit niveau. »

Note(s) :
  • (1) Les prénoms ont été modifiés.

7 commentaires sur "Faut-il encore noter les élèves ?"

  1. Vincent R  2 novembre 2012 à 12 h 28 min

    Quelle drôle d’histoire !

    La notation est un élément pédagogique (le seul) servant au professeur pour mesurer l’assimilation d’une notion par la classe, en fonction de ce qu’attend l’institution d’une part, et de ce que le professeur pense être ou sait être incontournable d’autre part. Les deux dernières n’étant pas forcément incompatibles.
    Evidemment, on peut alors me rétorquer que l’évaluation qualitative (lettres, compétence…) pourrait faire l’affaire.
    Non, ce n’est absolument pas le cas.
    D’abord, ces dernières ne sont pas au point; on risquerait de mettre en place un système dont on ne mesure pas totalement les conséquences, or nous ne sommes pas des apprentis-sorciers mais des professeurs : on ne joue pas avec nos élèves.
    Ensuite, ce serait refuser à l’école son rôle de sélection. Oui, j’ai bien écrit sélection. Que préférez-vous ? Une école qui sélectionne suffisamment tôt les élèves et les oriente vers une filière correspondant le plus à leur niveau et leur souhait ou une école, comme maintenant, qui donne l’illusion qu’ils sont capables d’être universitaires, et plus tard, quand c’est trop tard, les voir alimenter les 60% d’échecs sur la L1 ?

    Enfin, ce n’est pas l’élève que l’on note, même pas non plus son travail. Mais le résultat d’un travail.
    Peut-être serait-il bon de le rappeler.

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  2. Pierrotlao  2 novembre 2012 à 16 h 31 min

    o Évaluation : « Mettre des notes ou ne pas mettre de notes » est un faux-débat :
    La compétition entre les élèves est un mauvais mode de stimulation et de motivation Seule la compétition contre moi-même est une bonne stimulation.
    L’évaluation doit être faite par rapport à des objectifs définis en termes d’actions mesurables Il est ainsi plus aisé de dire si l’objectif est atteint ou non atteint, et de valider des compétences. On peut ajouter, « objectif en voie d’acquisition » et davantage préciser le travail à faire pour atteindre l’objectif.
    Pour une bonne (vraie) évaluation il faut réaliser l’organisation suivante :
    Il faut d’abord bien définir les objectifs à évaluer en termes d’actions mesurables.
    Il faut ensuite définir les critères de l’évaluation, ce qui permettra de dire si l’objectif est atteint ou non. Préciser aussi si l’orthographe sera prise en compte ainsi que la présentation et la longueur d’un texte par exemple, ou la description de la démarche utilisée.
    Il faut également préciser les conditions de réalisations : Avec ou sans aide (dictionnaire, calculatrice, avec un compas, en groupe avec l’aide d’un adulte, seul, en temps limité ou non.
    Si le résultat attendu est atteint, l’élève peut avec un peu de pratique lui-même évaluer son travail ; on revient alors à une saine compétition avec soi-même, voire avec la mise en œuvre spontanée d’un comportement de recherche de correction de son propre travail. On développe aussi de façon spectaculaire l’autonomie de l’élève et de l’enfant, ce qui doit rester un objectif final du collège.
    En résumé, il faut dire ce qui va être évalué, comment et ce qui montrera l’atteinte des objectifs.Signaler un abus

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  3. alaindaix  2 novembre 2012 à 18 h 20 min

    Mr Rolet, si votre élève a eu une mauvaise note, c’est qu’il n’a pas compris. Si vous lui faites refaire l’évaluation sans lui avoir fait comprendre, vous obtiendrez le même résultat ! Votre attitude est caractéristique des enseignants français qui ne s’intéressent pas aux « mauvais » élèves et continuent à appliquer le système bien connu de la « constante macabre » : il faut 1/3 de « mauvais » pour valoriser le 1/3 de « bons ». Ce qui conduit à la sortie du collège vers l’orientation subie : mauvais en enseignement professionnel, moyens en enseignement technologique, bons en enseignement général. C’est ainsi que 50% des polytechniciens sont des enfants de profs. Ces derniers, initiés aux filières d’élite (allemand en particulier), ont dès l’école primaire orienté leurs enfants de telle sorte qu’ils soient dans les « bons ». Nous sommes les champions de l’injustice sociale !!Signaler un abus

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  4. byor  3 novembre 2012 à 7 h 42 min

    Pour moi, la note sert à compter le nombre de bonnes réponses par rapport aux questions. Mes élèves -et leurs parents- savent qu’elle me permet de savoir qui a besoin d’être aidé. Je note par compétences ce qui permet de mieux déterminer les lacunes ou difficultés. La note me permet d’utiliser un logiciel d’aide à l’évaluation Livret One Click qui édite les bulletins. Ce logiciel a besoin de nombres pour calculer. Les « notes et moyennes » sont traduites en pourcentages accompagnés d’un libellé. Ce libellé est ensuite colorié par les élèves : A vert, AR jaune, ECA orange, NA rouge. Les élèves se rendent ainsi compte de leurs difficultés et peuvent mieux les affronter. Ils n’y trouvent rien à redire, leurs parents non plus. C’est un portrait de réussite qui est dressé, nous travaillons ensuite à améliorer ce portrait.
    Je pense que cela dépend de l’utilisation des notes qui est faite.
    Bernard YSignaler un abus

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  5. Boulu  3 novembre 2012 à 8 h 26 min

    En 36 ans d’enseignement en primaire en Bretagne, je n’ai jamais mis une note chiffrée à mes élèves. Mes inspecteurs ne voulaient pas. Dont acte.
    Cette polémique autour des notes m’étonne beaucoup.Signaler un abus

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