Que les élèves de France ne se réjouissent pas trop vite, la fin des poésies et des leçons à apprendre chez soi n’est pas pour demain. Après le Président de la république, le ministre de l’Education a pourtant été clair : les devoirs seront faits à l’école. Problème : une circulaire de 1965 (1) indique déjà que « les devoirs doivent être faits dans l’horaire normal de classe et non plus à la maison ou en étude ». La déclaration de François Hollande résonne donc comme une réaffirmation politique d’une loi qui peine à être appliquée. « On donne des devoirs en France depuis des lustres », souligne Christian Chevalier, secrétaire général du SE-Unsa, « aucun professeur n’applique à la lettre la circulaire à cause du poids culturel des devoirs. De nombreux parents pensent qu’un enseignant qui n’en donne pas est un mauvais prof. » Selon une enquête IFOP réalisée début octobre, 68% des Français sont opposés à la suppression des devoirs à la maison en primaire bien que la FCPE y soit favorable depuis longtemps.

« L’école doit apprendre aux enfants à apprendre »

Sébastien Sihr, secrétaire général du SNUipp-FSU, principal syndicat du primaire, rappelle que toutes les études montrent que le travail hors de la classe n’est ni efficace ni équitable. « Mais les pratiques des enseignants étant diverses, c’est une bonne idée de s’interroger : Que cherche-t-on à faire travailler aux élèves ? Est-ce pour les rendre plus autonomes ? » Dans tous les cas, selon Sébastien Sihr, c’est à l’école de prendre en charge les devoirs : « l’école doit apprendre aux enfants à apprendre. On n’empêchera jamais certaines familles d’être toujours très prescriptives. Mais si les familles ont l’assurance que l’école prend en charge les devoirs, cela permettra plus d’égalité. »

Qui pour encadrer les devoirs à l’école ?

Les enseignants voient plutôt d’un bon œil la prérogative. « Je suis contre les devoirs à la maison », témoigne Claire (les prénoms ont été modifiés), professeur des écoles stagiaire, en charge d’une classe de CM1 dans les Hauts-de-Seine. « Une journée de classe est très éprouvante pour les élèves. Imaginer qu’ils peuvent encore se concentrer 1 à 2 heures chez eux le soir me paraît absurde. Je demande peu de devoirs et ce que je donne relève d’un énième exercice d’entraînement. » Emilie, en charge d’une classe de CM2 dans l’enseignement privé en Essonne, estime que la suppression des devoirs à la maison « pourra permettre à chaque enfant d’avoir une aide, les parents n’étant pas toujours disponibles ». Et d’ajouter : « mais il ne faut pas que les parents se déchargent totalement sur les enseignants, ce qui a tendance à être le cas. Il faut qu’ils continuent à suivre la scolarité de leur enfant ! »

Séverine, professeur des écoles dans les Yvelines, est plus réservée : « ce projet est très flou. Il reste indispensable que les enfants apprennent leurs leçons et je continuerai à leur en donner. Les devoirs à l’école ? Pourquoi pas, à condition de réduire le nombre d’enfants par adulte : 10 à 12 élèves me semble correct. Et qui viendra encadrer les devoirs de 15h30 à 16h30 ? Certains élèves seront épaulés par des enseignants et d’autres non ? Les instit’ seront payés en plus ? Si l’enseignant reste avec sa classe complète, je ne vois pas l’intérêt. » Visiblement, le projet suscite plus de questions que de réponses.