Yves Durand député PS NordQuels seront les principaux changements dans la formation des enseignants à la rentrée 2013 ?

La grande nouveauté c’est que nous allons rétablir une formation des enseignants qui avait été supprimée avec la réforme de la « mastérisation » [qui a eu pour effet de recruter les enseignants non plus à bac+3 mais à bac +5, ndlr]. Ils seront recrutés en master mais ils auront une vraie formation qui pourrait commencer dès la licence, avec des stages pratiques.

Au sein du groupe de travail que vous avez présidé, sur quels points n’êtes vous pas parvenu à un consensus ?

Le principal point de désaccord a porté, en particulier, sur la date du concours. Certains membres du groupe de travail proposaient la fin du Master 1, d’autres la fin du M2… Ce sera au ministre de l’Education de trancher.

Vous préconisez une « formation continue obligatoire » pour les enseignants qui ne doit pas se limiter à « la connaissance d’une seule discipline » : jusqu’où doit aller cette polyvalence ?

Il ne s’agit pas de polyvalence à proprement parler, mais d’une formation qui ne comprendra pas uniquement des cours disciplinaires mais aussi des cours didactiques, avec par exemple une sensibilisation à la psychologie de l’enfant. Pour être clair, on conserve la polyvalence actuelle des professeurs des écoles et on ne touche pas à la monovalence des enseignants du secondaire.

En quoi consiste le « parcours personnel » que vous proposez pour chaque enseignant ?

Il faut que la formation initiale soit suffisamment large pour permettre à un enseignant de ne pas être cantonné aux cours devant la classe. Il sera désormais possible d’être formé aux métiers de l’éducation : conseiller d’orientation, formateur, inspecteur, chef d’établissement ou encore responsable de l’enseignement au sein d’une grande collectivité territoriale. Il est nécessaire que chaque enseignant puisse avoir la possibilité d’évoluer au fil de sa carrière.

Quelles sont les différences entre les futures « ESPE », ces Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation qui ouvriront à la rentrée 2013, et les IUFM ?

Les IUFM étaient des instituts étroitement liés à l’université. Depuis la loi LRU sur l’autonomie des universités, ils n’avaient pas de budget fléché et proposaient uniquement une formation universitaire. Si la loi d’orientation et de programmation de l’école [qui doit être présentée le 12 ou le 19 décembre en conseil des ministres, ndlr] passe, nous projetons de former à tous les métiers de l’éducation. Les ESPE seront installées au sein des universités, tout en étant autonomes, comme une école d’ingénieur qui dispose d’un budget propre.

Pour pallier la crise du recrutement des enseignants, il est envisagé d’organiser un pré-recrutement en M1 voire en 2ème année de licence. N’y a-t-il pas un risque de recrutement au « rabais » ?

Pas du tout. Le pré-recrutement a déjà existé. C’est un contrat entre l’Etat et les jeunes qui se destinent aux carrières de l’enseignement. Il s’adresse aux jeunes qui n’ont pas beaucoup de moyens financiers et qui, de fait, sont exclus du dispositif de recrutement. L’idée sera de leur dire : on vous octroie une bourse, d’environ 900€ par mois, et dans le même temps vous vous engagez à préparer les concours de l’Education. Il ne s’agit en aucun cas de les mettre devant des classes avant les autres, mais d’un engagement à passer le concours en contrepartie d’une aide financière.