La grammaire de ceux qui ne la respectent pas

Dans son livre "La grammaire parallèle", l'écrivain et chercheur en littérature Christian Moncelet recense les fantaisies grammaticales les plus saisissantes.

La grammaire parallèle de Christian MonceletNous avons tendance à considérer les règles de la grammaire comme quelque chose d’immuable : hors du Bescherelle, point de salut ! Ce n’est pas le point de vue de , écrivain et enseignant-chercheur en langue et littérature françaises, adorateur d’une grammaire parallèle dont il se propose de nous exposer les règles malicieuses.

La grammaire parallèle, c’est un ouvrage qui réjouira tous les cancres, car il rassemble toutes les fantaisies que l’on a pu se permettre avec la langue française. Christian Moncelet recense et encense les oeuvres des créateurs de langage, de Rabelais à Raymond Queneau. Loin de se poser en policier des caractères, il s’amuse des astuces graphiques des publicitaires en quête de sens, qui composent logos et slogans à l’aide d’images, de signes et de chiffres, parfois de lettres quand il leur reste de la place. L’auteur se passionne pour les bons mots de Coluche et Pierre Dac, pour les définitions fantasques de Jean-Pierre Chabrol et Jérôme Duhamel, et propose des centaines de citations délicieuses.

Bref, loin d’être un ouvrage « universiterne », ce livre dénonce avec bonheur ceux qui ont mis un point d’honneur à ne pas se laisser dicter leur conduite et leurs phrases. Il suit malgré tout une structure assez classique, avec des chapitres traitant de la graphie, de l’orthographe, du lexique, de l’étymologie ou encore d’accords. Il aura donc sa place entre deux manuels de français, afin de se détendre entre deux corrections de copies, elles aussi souvent composées dans le respect de règles de grammaire très personnelles.

La grammaire parallèle, par Christian Moncelet (Chiflet & Cie).
Paru le 20 septembre. 224 pages – 14,5 euros
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Extrait

Au commencement était la Verve

En grammaire parallèle, on a le droit de pratiquer une dérivation sans complexe, de créer des verbes à partir de différents mots (un nom commun ou propre, un adjectif…).
Eurêka, le fameux cri du coeur d’Archimède découvrant son principe, a inspiré Christophe dans L’Idée fixe du savant Cosinus : « Ce que Cosinus avait euréké… »
Raymond Queneau verbifie de même dans Loin de Rueil où un personnage eurêkate. Le même romancier s’est emparé de la phrase latine Ite missa est [Allez ! la messe est dite] pour écrire dans Les Fleurs bleues : « L’abbé Biroton n’eut pas plutôt itamissaesté que le duc d’Auge l’entraîna […] ».
« Psychiatre », « Joconde » ont subi le même traitement :
« Le rôle d’un psychiatre, c’est clair. C’est de psychiatrer. » Boris Vian, L’Arrache-cœur.
« La Joconde me fascine. Mais pas par sa beauté, par sa bêtise. On devrait inventer un verbe pour désigner l’imbécillité satisfaite de ce visage. Le verbe joconder. », Henri Troyat, « La Maladre », Les Eygletières.

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