La grève enseignante, en quête d’efficacité

L’Institut de recherches de la FSU organisait la semaine dernière un intéressant colloque sur la grève enseignante. Il abordait notamment l’efficacité des formes classiques de la mobilisation et la recherche d’alternatives à la grève de 24h. Compte-rendu.

Manifestation Paris III Censier

Contrepoint/Flickr

L’Institut de recherches de la FSU organisait ce jeudi le colloque « La grève enseignante, en quête d’efficacité« , où intervenants d’horizons divers ont croisé leurs réflexions sur cet outil incontournable de la lutte syndicale. Ils se sont penchés sur les spécificités de la grève chez les enseignants et ont analysé, à la lumière de plusieurs expériences de lutte échelonnées entre 1920 et 2010, l’efficacité des différentes formes de mobilisation.

Les enseignants, des « gréviculteurs » ?

Le monde enseignant est souvent pointé du doigt pour la fréquence de ses grèves, qui vaut parfois aux enseignants le qualificatif de « gréviculteurs« . Selon Laurent Frajerman, historien et animateur de la journée, ce n’est pas uniquement un effet de médiatisation excessive. En 2006, les grèves enseignantes représentaient 70 % des jours de grève dans la fonction publique et 45 % des jours de grève dans le privé, alors que les enseignants ne représentent que 3 % de la masse salariale.

Pour Alain Dalançon, président de l’Institut de recherches sur l’Histoire du syndicalisme dans les enseignements du second degré (IRHSES), la grève enseignante possède d’autres spécificités :

– Elle n’a qu’un impact limité sur l’économie du pays

– Elle a longtemps été rejetée par les enseignants : très attachés à leurs missions, ces derniers ont mis du temps à intégrer la grève à leur culture

Une appropriation difficile de la grève par les enseignants

Le parcours d’appropriation de la grève comme outil de revendication par les enseignants a en effet été difficile, estime Loïc Le Bars, historien. Il évoque ainsi l’échec de la mobilisation des instituteurs syndicaliste-révolutionnaires de 1920, avortée en catastrophe à cause de la faible mobilisation des syndiqués.

Dans le 2nd degré, l’esprit syndicaliste des enseignants s’est formé avec la première « grève du bac » en 1927, sur laquelle revient Yves Verneuil. L’historien rappelle que cette grève a contribué à démontrer l’importance sociale des professeurs de l’enseignement secondaire, puisqu’à l’époque, le baccalauréat constituait une « porte d’entrée dans la bourgeoisie ».

Aujourd’hui, la grève s’est institutionnalisée, même si elle reste l’objet de débats, indique Nada Chaar, sociologue.

En effet, comme l’explique Laurent Frajerman, après une institutionnalisation et une radicalisation entre 1946 et le début des années 80, la grève enseignante est aujourd’hui remise en question par les professeurs eux-mêmes. La forme la plus classique de mobilisation, la grève de 24h, est critiquée sur son efficacité sans qu’une alternative à celle-ci ne s’impose réellement.

Faut-il remettre en question la grève de 24h ?

La grève de 24h est la forme de mobilisation la plus utilisée par les enseignants, mais aussi la plus critiquée, indique Laurent Frajerman.

Pour Monique Vuaillat, ancienne secrétaire générale du SNES et de la FSU, la grève de 24h n’est qu’une partie de la panoplie de moyens d’actions syndicaux. Si elle vient seule, elle est inefficace, estime-t-elle. Un avis partagé par Marianne Baby, secrétaire générale adjointe du SNUipp. « La grève de 24h se pose rarement comme seul élément mobilisateur », affirme-t-elle, citant notamment les « Nuits des écoles » et les manifestations de parents qui accompagnent souvent les journées de mobilisation des enseignants.

En outre, « la grève de 24h permet d’ancrer les revendications dans l’esprit collectif », ajoute Laurent Cadreils, secrétaire du SNUipp Haute-Garonne. Et l’on peut ensuite construire un mouvement durable grâce à Internet, Facebook et autres réseaux sociaux, précise Marianne Baby.

Les alternatives aux grèves classiques

Les grèves administratives, parfois envisagées comme alternatives à la grève de 24 h, ont été pour la plupart d’entre elles de relatifs échecs. Lors de la grève de 2003, par exemple, la mobilisation n’a pas connu l’ampleur escomptée : certains enseignants grévistes, par acquis de conscience, faisaient tout de même cours dans l’intérêt des élèves devant passer le bac. Finalement, le blocage de l’examen, un temps envisagé, n’a pas eu lieu, explique Jean-Michel Devron, du bureau de l’institut de recherches de la FSU.

De même, affirme Bertrand Geay, sociologue, la grève active des enseignants-chercheurs du printemps 2009 a laissé un sentiment partagé d’insuccès, du fait de la coordination insuffisante entre les universitaires.

Pour autant, Laurent Frajerman estime que l’on ne peut pas répondre à la question de l’efficacité pour établir de « bonnes pratiques de grève », car elle dépend fortement du contexte.

La richesse du sujet appelle à un approfondissement, affirme André Robert, sociologue, à la fin du colloque. Pour poursuivre la réflexion, il serait intéressant d »examiner les initiatives de grève enseignante à l’étranger » et d’ »explorer les formes de renouvellement contemporaines de la grève », comme les Nuits des Ecoles, conclut-il.

1 commentaire sur "La grève enseignante, en quête d’efficacité"

  1. Profencolère  8 décembre 2012 à 21 h 40 min

    La grève d’un jour sert uniquement à renflouer les caisses de l’Etat et à permettre aux enseignants qui n’en peuvent plus de se reposer une journée. Les syndicats devraient penser à d’autres moyens de protestation qui ne pénaliseraient pas les profs financièrement et qui seraient plus utiles. Le grand gagnant dans la grève d’un jour est l’Etat.Signaler un abus

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