Bruno Jeauffroy : « le bachelier 2013 nous interroge »

L'Union des Professeurs de spéciales (UPS) a fait ses propositions dans le cadre des Assises de l'Enseignement supérieur. Son président, Bruno Jeauffroy, professeur de physique en prépa au lycée Fénelon à Paris, nous en parle et évoque les conséquences de la réforme du lycée sur la rentrée en prépa scientifique des bacheliers 2013.

Bruno Jeauffroy

Bruno Jeauffroy

Pouvez-vous nous présenter votre association en quelques mots ?

L’UPS, Union des Professeurs de spéciales, regroupe la quasi-totalité (92%) des professeurs de mathématiques, physique, chimie et informatique des classes préparatoires scientifiques (de première et seconde année), en dehors des classes prépa à composante biologie. Elle comprend près de 2700 adhérents, est totalement apolitique, et existe depuis 86 ans. A titre d’information, la France compte près de 500 lycées à classes prépa, et on trouve des classes prépa scientifiques dans 300 d’entre eux.

La rentrée s’est-elle bien passée ?

C’était plutôt une bonne rentrée. Peu de classes semblent dépasser la limite légale de 48 élèves. Cependant, 48 élèves, cela peut être trop. En effet, dans les bons établissements du Quartier Latin, cela ne pose pas problème. Mais dans certaines classes prépa de banlieue ou à la campagne, ou encore dans des filières plus techniques, c’est plus difficile. Tout le monde n’a pas mention très bien au bac dans les classes prépa. Seuls peut-être 10 lycées sont très élitistes, or il y a 300 prépas scientifiques en France… La prépa d’il y a 30 ans n’a rien à voir avec celle de maintenant. Et leur nombre a plus que doublé durant cette période.

La classe prépa n’est donc plus cet univers clos, un peu effrayant que l’on décrit ?

Il faut y travailler, mais travailler n’est pas un gros mot, surtout si on est accompagné. On ne met plus de très mauvaises notes, cette période est révolue. À titre d’exemple, je mets plus de 10 de moyenne à mes étudiants, je ne mets jamais en dessous de 6, et jusqu’à 18, 19 pour les meilleurs.

La prépa moderne ne « casse » pas les élèves ?

Non, surtout ça ne casse pas comme cela pouvait être le cas il y a trente ans. Les heures de colle par exemple servent aujourd’hui de vrais cours particuliers à l’étudiant, surtout en début de première année. C’est un des trésors de la classe prépa, une des clefs de sa réussite que d’avoir ces deux heures d’interrogation orale par semaine. L’accompagnement personnalisé au lycée procède de cette idée. De même que nos TIPE ont été copiés pour en faire des TPE en première.

La réforme du lycée touche cette année les terminales. C’est donc en 2013 qu’arriveront les bacheliers d’un nouveau type, ayant suivi des programmes neufs en cycle terminal. Quelles sont les différences notables d’avec les programmes antérieurs ?

En terminale, il n’y a pas eu d’allègement horaire, mais en première, il y en a eu beaucoup. On a enlevé par semaine une heure de maths, une heure 30 de physique-chimie, une heure de SVT, pour laisser la place à l’accompagnement personnalisé, qui n’est pas nécessairement scientifique, sans oublier la place pour l’histoire-géo. Ce sont donc jusqu’à 200 heures d’enseignement scientifique qui sautent en tout sur le cycle terminal.

Comment les classes prépa vont-elles s’adapter à ce changement ?

On réforme les classes prépa pour la rentrée 2013. On réécrit les programmes de première et seconde années. Des pans entiers de programme ont été en effet supprimés : en physique par exemple l’électronique, en mathématiques, une bonne partie de la géométrie. On va renforcer certains pans de programme, plus adaptés aux nouveaux venus : en physique par exemple, on va plus insister sur la physique du 20e siècle. En mathématiques, sur les probabilités de base, pour pouvoir suivre ensuite en école d’ingénieur. Le bachelier 2013 nous interroge. La notion de centre de gravité n’est au programme nulle part, ni en maths, ni en physique dans tout le programme de secondaire. Il faudra donc le lui apprendre. Un autre exemple, la dérivée de composition de fonction, absolument indispensable en physique : cela a également disparu des programmes.

Mais les étudiants qui arriveront auront d’autres compétences : ils seront plus armés au niveau des aptitudes expérimentales, de la démarche scientifique. Nous allons par ailleurs travailler dans le sens de la mise en place d’une sorte de socle commun sur le premier semestre de première année pour qu’ensuite, quelle que soit la filière de prépa qu’ils aient choisie, ils ne soient pas déroutés. Ils pourront ainsi facilement se réorienter dans une autre série, ou à l’université, ou à l’IUT. Nous souhaitons favoriser les passerelles.

A l’occasion des Assises nationales de l’enseignement supérieur et de la recherche, vous avez, dans votre contribution, évoqué la nécessite de renforcer les liens avec l’université. Qu’en est-il aujourd’hui de vos rapports avec elle ?

Il y a un problème d’appellation : on dit qu’il n’y a des grandes écoles qu’en France, mais en réalité, ce n’est pas le cas. Des universités élitistes, il y en a partout : on pourrait juste décider de changer les noms, et nommer Université Polytechnique, par exemple, l’école Polytechnique, Université Centrale, l’école Centrale, etc. Pour moi, les grandes écoles et les universités participent d’un tout : le service public. Nous avons les meilleurs rapports du monde avec les universitaires, chaque prépa a un accord avec une université, je fais moi-même partie de la Société française de Physique. Mais il est vrai que nous sommes séparés géographiquement, nous sommes présents dans des lycées.

Que pensez-vous des classes prépa intégrées à l’université, qui se sont développées à partir de 2009, comme par exemple à l’université de Bretagne ?

Cela fait plus de vingt ans qu’un type universitaire de classes prépa existe, pour préparer l’entrée dans certaines écoles d’ingénieur. Depuis 2009, un autre type de prépa a en effet été créé, en collaboration avec l’université. A Rouen, cela n’a pas marché : il est vrai que pour les universitaires, la recherche seule compte pour l’évolution de la carrière, et non le fait de faire cours ou de corriger chaque semaine des copies. Je pense que fondamentalement, il y a un problème de statut, et que pour cette raison, ces expériences ne peuvent se multiplier. En tout cas, pour nous, ce n’est pas une concurrence : on manque d’ingénieurs et de scientifiques en France, et tout ce qui peut contribuer à promouvoir la science auprès des jeunes est positif.

1 commentaire sur "Bruno Jeauffroy : « le bachelier 2013 nous interroge »"

  1. Az  17 octobre 2012 à 21 h 00 min

    Et aussi 1 heure en moins en sciences de l’ingénieur.Signaler un abus

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