Des chefs d’établissement submergés par l’administratif

Proviseurs de lycées, principaux de collèges et directeurs d’écoles déplorent des sollicitations administratives incessantes, qui pèsent sur le pilotage pédagogique. Pour de nombreux chefs d’établissement, chaque jour est devenu une course contre la montre. Témoignages.

Des réunions qui s’enchaînent, sous une avalanche d’e-mails et de coups de fil… C’est ainsi que les proviseurs, principaux et directeurs d’école décrivent leur emploi du temps. « On court après le temps ! », témoigne Yann Demaye, professeur des écoles et directeur d’une petite école dans l’Aisne. Avec deux classes sous sa responsabilité, il n’a le droit à aucune décharge horaire, hormis deux jours à la rentrée qui lui servent à préparer les élections de parents d’élèves et le bilan comptable. Il doit donc gérer sa classe et le quotidien de l’établissement. « Ce qui est rébarbatif, c’est le nombre d’enquêtes auquel nous devons répondre par e-mail. Résultat : il m’arrive de devoir rester plus tard ou de revenir le mercredi ou le samedi matin. Ce qui passe avant tout, c’est ma classe. Le reste, je le remets à plus tard. L’idéal serait d’avoir une demi-journée de décharge. » Jacques Lanfranchi est quant à lui directeur d’une école de 15 classes et d’une CLIN (Classe d’initiation pour non- francophones) à Pontault-Combault (Seine-et-Marne), soit 380 élèves. Il bénéficie d’une décharge complète : « Quand on a sa classe à gérer et l’école, on se retrouve vite confronté à des choix. Je n’ai plus ce dilemme. » Néanmoins, il dit avoir vu ses conditions d’exercice se dégrader : « la suppression des cours le samedi matin a été dommageable car c’était un moment privilégié de la vie de l’école, qui permettait de rencontrer les parents et d’animer des conseils d’élèves. »

Jacques Lanfranchi déplore, lui aussi, une hausse des tâches administratives : « l’académie nous demande des enquêtes pour la veille », ironise-t-il. Des questionnaires portant, par exemple, sur l’aide personnalisée ou les langues vivantes. Sans parler de la « base élèves » qu’il faut remplir… « Je parviens encore à tout faire mais pas toujours dans les délais. Et j’ai la chance d’exercer dans une école tranquille… Il y a 10 ans, le 25 septembre j’avais terminé les principales tâches administratives liées à la rentrée. Cette année, je ne suis pas sûr d’avoir fini à la Toussaint. »

« On saute du coq à l’âne »

Dans l’enseignement secondaire, l’administratif est également devenu chronophage. « Les pertes d’effectifs dans les rectorats et l’informatisation ont généré le transfert de nouvelles missions dans le désordre », déplore Philippe Tournier, secrétaire général du syndicat des personnels de direction SNPDEN et proviseur du lycée Victor-Duruy à Paris (7e). « Nous faisons l’objet d’un déversement continu de demandes du rectorat et des services… C’est très envahissant. Le drame c’est que les urgences sont noyées au milieu de demandes secondaires. » Selon lui, chaque jour est une « aventure » : « hormis les réunions planifiées, on saute du coq à l’âne sans arrêt. » Avec une hantise : devoir pallier l’absence d’un enseignant. Comment faire dans de telles conditions ? « Un bon proviseur doit être multitâche, reconnu comme le leader de la communauté, qui ne passe pas son temps à satisfaire toutes les demandes. Le plus important reste le pilotage pédagogique. On n’est pas dans le cockpit d’un avion, il y a des tas de fausses urgences qu’il faut savoir traiter comme telles ! »

13 commentaires sur "Des chefs d’établissement submergés par l’administratif"

  1. rosedesavoie  16 octobre 2012 à 15 h 20 min

    Les chefs d’établissement ne parlent jamais des petites mains qui sont dans les bureaux d’à côté. Pourtant nous sommes souvent considérées comme leur propriété, « ma secrétaire », ma chose… Nous donnons beaucoup de notre temps pour décharger nos chefs d’établissement. Pour nous aussi c’est une aventure, or nous n’avons pas les mêmes salaires…
    Messieurs et mesdames les chefs d’établissement, pensez un peu à vos secrétaires !Signaler un abus

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  2. Boulu  18 octobre 2012 à 9 h 43 min

    Je crois que beaucoup de directeurs d’école veulent faire leur travail de directeur pendant le temps scolaire. Alors, bien sûr, ils n’y arrivent pas. Ils oublient peut-être qu’ils sont payés pour ce travail. Comme si un enseignant voulait préparer sa classe avec ses élèves présents devant lui. C’est impossible. Un bon dirlo doit rester travailler après sa classe. Normal.Signaler un abus

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  3. doha1696  19 octobre 2012 à 15 h 41 min

    Bonjour, je ne peux que souscrire à ce qui est écrit ici… Depuis 2004, année où j’ai « commencé » en tant que Principal Adjoint, j’ai vu chaque année la tâche de travail augmenter sans toujours comprendre le pourquoi de certaines demandes institutionnelles. Le DNB est l’exemple même de toute l’incohérence qui règne en haut lieu, un doux mélange de plein de choses qui ne vont pas ensemble… En attendant, nous payons l’addition au quotidien, cohésion ? intérêt ? Il me semble que nous passons par ailleurs très souvent à côté de l’essentiel : l’intérêt des gamins et leur réussite à TOUS !Signaler un abus

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  4. Proviseur aussi  19 octobre 2012 à 18 h 20 min

    Le contenu de l’article est intéressant, toutefois j’aimerai rappeler ici que le SNPDEN n’est pas le syndicat des personnels de direction. Il en existe plusieurs, notamment le syndicat Indépendance et Direction (ID-FO) la précision semble nécessaire afin de ne pas transmettre une information erronéeSignaler un abus

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  5. Frankie  19 octobre 2012 à 20 h 27 min

    Les pauvres! On va les plaindre! Ils peuvent toujours changer de métier (ah! la si recherchée « reconnaissance sociale » et l’accès à la « notabilité » dans la commune!) Sujet tabou en France : les chefs d’établissements qui ne sont PAS à leur place: incompétence, esprit de division,incapacité à conduire une réunion, absence totale de vision et encore moins de politique éducative… J’en connais, pourtant évalué(e)(s) comme « excellent »(e)(s) par leur hiérachie. De qui se moque-t-on?Signaler un abus

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