Bruno Benoit

Bruno Benoit

Dès la rentrée 2013, l’histoire-géographie sera de nouveau obligatoire en Terminale S : êtes-vous satisfait ?

Oui car en 2011, nous nous sommes opposés à ce que cet enseignement devienne facultatif. L’an dernier, nous avons constaté que l’option n’était pas toujours proposée en terminale S et qu’elle nécessitait parfois des regroupements d’établissements… Lors de nos états généraux, en janvier 2012, nous avons tapé du poing sur la table et c’est sans doute cela qui a déclenché un engagement ferme pour rétablir l’histoire géo. Un point d’interrogation demeure sur le volume horaire, en première et terminale S. A priori, ce ne sera pas 6h par semaine pour des raisons budgétaires et de pressions notamment des matières scientifiques, mais plutôt comme avant la réforme Châtel, entre 5h et 5h30. En tout cas, en dessous de 5h, nous romprons toute discussion !

L’épreuve du bac 2013 aura lieu en fin de Première, puisque les élèves ont déjà commencé les cours : des aménagements vous paraissent possibles ?

Le programme actuel d’histoire a été rédigé avec une vision très « sciences po Paris », c’est-à-dire très ambitieuse sur le plan historique. Mais ce programme jongle entre les événements sans respecter la chronologie. Un des grands scandales aura été d’aborder la Seconde Guerre mondiale avant la montée des totalitarismes et du nazisme. Et si l’on se fie au programme, l’histoire de France s’arrête en 1962, au référendum sur l’élection du président de la République au suffrage universel direct.

Nous avons donc proposé des aménagements et le programme d’histoire a été relooké, avec plusieurs chapitres supprimés et une remise en ordre chronologique. Le programme de géographie n’a été que légèrement modifié. Ces changements doivent bientôt paraître au bulletin officiel afin que les enseignants puissent en tenir compte. Un mois après la rentrée, c’est jouable.

Comment les enseignants d’histoire-géographie accueillent-ils ce changement ?

Positivement ! Ils étaient complètement déboussolés par le programme actuel. Lequel supposait que les élèves soient capables de recoudre des morceaux d’histoire. En revanche, les parents voient d’un mauvais œil le retour de l’histoire-géo obligatoire en terminale S. J’aimerais rencontrer le président de la FCPE pour tenter de comprendre cette position. Selon moi, n’importe quel élève de terminale S a besoin de l’histoire-géo pour s’insérer dans la société.

Les manuels scolaires sont également critiqués… Peut-on encore faire de bons cours d’histoire et de géographie ?

En toile de fond du remodelage du programme, il y a le lobby des éditeurs qui ne veulent pas que l’on range trop tôt leurs manuels. Malgré cela, bien sûr que l’on peut faire de bons cours ! Mais le ministère doit remettre rapidement en place la formation des enseignants. Il faut que les jeunes profs aient une solide préparation pédagogique et que leurs cours collent au quotidien. Pour aborder la situation en Syrie, par exemple, on ne doit pas hésiter à évoquer les traités signés en 1914, à l’origine potentielle de la situation actuelle. On doit être dans une posture de décryptage du monde plutôt que d’accumulation des savoirs.

Le programme à l’école primaire est-il plus cohérent ?

Non, là aussi l’histoire est davantage malmenée que la géographie, pour des raisons politiques et idéologiques. Entre le CE2 et le CM2, le programme fractionne l’histoire. On mélange le passé et le présent, ce qui déforme la réalité du temps. Le ministère nous a témoigné de sa volonté de revoir le programme d’ici la fin du mandat. C’est un combat important, mais de longue haleine.