Sciences Po : la Cour des comptes dénonce des rémunérations extravagantes

Les dirigeants de Sciences Po Paris ont bénéficié de primes très généreuses sous la direction de Richard Descoings. Les enseignants de l'IEP ont également eu droit à un traitement privilégié.

« Flou juridique », « dérives », « manque de contrôle par l’Etat »… Le pré-rapport de la Cour des comptes dévoilé aujourd’hui par Le Monde est sans appel : la gestion de Sciences Po Paris dans les dernières années de la direction de Richard Descoings a été catastrophique et trop peu encadrée.

La Cour des comptes, qui remettra son rapport final en novembre, envisage selon Le Monde de saisir la ministre de l’Enseignement supérieur sur ce sujet dès cette semaine. Geneviève Fioraso avait décidé de geler la succession de Richard Descoings (directeur de Sciences Po Paris de 1996 à 2012, mort à New York le 3 avril) jusqu’à la publication du rapport.

L’IEP a fait l’objet d’une attention soutenue depuis février 2012, quand Médiapart avait révélé l’ampleur des primes que ses dirigeants, dont Descoings, s’étaient attribué. Entre 2005 et 2011, la rémunération annuelle brute de Richard Descoings a ainsi crû de 60,4 %, pour atteindre 537.246 euros en 2010. « A titre de comparaison, la rémunération annuelle brute du président d’un autre grand établissement universitaire était de 160095,61 euros en 2011 », souligne la Cour.

Les enseignants beaucoup mieux payés qu’à l’université

Cette rémunération extravagante basée largement sur des primes n’a pourtant pas été avalisée par le Conseil d’administration, et ne respectait ni « les règles fixées par le code général des impôts », ni « le cadre fixé pour les établissements publics [ou] celui des organismes à but non lucratif ».

Les enseignants officiant à Sciences Po bénéficient aussi d’un régime salarial très avantageux, les vacataires qui assurent 93% des heures d’enseignement étant mieux payés qu’à l’université. La Cour recommande de « ne pas revaloriser leurs rémunérations avant d’avoir maîtrisé la croissance de sa masse salariale ». Cette rémunération varie d’un professeur à l’autre mais par rapport à leur traitement universitaire, les enseignants-chercheurs n’ont généralement à effectuer que 30% de leur service pour être payé 100%.

Les difficultés à surveiller les dépenses de personnel proviennent du fait qu’une fondation privée au statut indéfini, la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP), est chargée de l’ensemble de la gestion de l’IEP, établissement public sans budget propre. Ce statut insolite a été la source de nombreux dysfonctionnements, et d’un gaspillage conséquent de l’argent de l’Etat. Le ministère de l’Enseignement supérieur a ainsi augmenté sa subvention de 33,3% en cinq ans, de 47,7 millions d’euros en 2005 à 63,3 millions en 2010. La Cour des comptes souligne que « l’absence de tout contrôle exercé par l’Etat, pourtant principal financeur de la fondation, apparaît particulièrement fautive ».

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