Des enseignants-stagiaires sous pression

Depuis la rentrée, consigne a été donnée aux recteurs de libérer une journée dans l’emploi du temps des stagiaires du 2nd degré, avec une décharge de 3h par semaine. Objectif : permettre aux enseignants inexpérimentés de se former. Dans l’académie de Créteil, la plupart des stagiaires se disent épuisés et regrettent une formation « subie ».

Les professeurs débutants sont à la peine. « Rien n’a vraiment changé », regrette Sébastien de Schryver, enseignant dans un lycée de Seine-Saint-Denis et délégué SNES.
« L’an passé, tous les enseignants-stagiaires avaient 2h de décharge et cette année c’est 3h. Mais ils sont déjà tous épuisés car ils ont entre 15h et 18h de cours à assurer, ils n’arrivent pas à profiter de la journée banalisée. » Sébastien de Schryver regrette l’ancien système, avant la réforme de la « mastérisation », lorsque les stagiaires bénéficiaient de 6 à 8h devant élèves et d’une à deux journées de formation par semaine : « l’emploi du temps était allégé, ce qui permettait de préparer ses cours et de réfléchir à ses erreurs. »

« Une entourloupe »

Aurélia (1) vient de décrocher le CAPES et enseigne pour la première fois cette année à trois classes de 6e et 5e. « Je n’ai jamais fait de stage ni eu de classe en responsabilité », précise-t-elle. « La journée de formation, qui pour Créteil a lieu le jeudi, est en réalité très peu banalisée. Il y a une entourloupe puisque les 3h de décharge sont remplacées par une journée entière de travail, souvent éloignée de notre domicile, au milieu d’un emploi du temps harassant. On signe une feuille d’émargement, c’est infantilisant. Tout le monde se plaint mais personne ne le dit de peur de ne pas être titularisé. » Aurélia reconnaît néanmoins qu’il n’est pas inutile d’être formé à la gestion d’une classe : « mais on aurait dû le faire avant ! Là, j’ai surtout besoin de dormir et de temps pour préparer mes cours. 15h ça peut paraître peu mais il faut se rendre compte que souvent on a des trajets importants, des journées accordéons avec des cours espacés et il n’est pas toujours facile de travailler en salle des profs. On a tout à gérer la première année : la préparation, les cours, la correction des copies et la formation. Les deux premières semaines je pensais à arrêter mais avec une impossibilité éthique vis-à-vis des enfants qui se retrouveraient sans remplaçant. Mais je me dis que si je dois ‘sécher’, ce sera la journée de formation. C’est malsain, mais c’est trop fatigant. »

Les anciens contractuels s’estiment lésés

Selon les syndicats enseignants, un autre problème se pose dans l’académie de Créteil. La circulaire ministérielle stipule que les stagiaires qui « disposent d’une forte expérience en tant que contractuel » ne bénéficient pas des 3h de décharge. « L’académie de Créteil considère que ‘forte expérience’ correspond à trois ans d’enseignement », déplore Pablo Krasnopolsky, délégué CGT Educ’action. « Cela crée une injustice car d’autres académies ne font pas la distinction. Et les anciens contractuels se retrouvent sous l’eau. »

De source syndicale, ils seraient environ 100 stagiaires sur 900 à être exemptés de décharge dans l’académie de Créteil. C’est le cas de Karim, ancien contractuel, enseignant de lettres et histoire dans un lycée professionnel du Val-de-Marne. « Je vis très mal d’être privé des 3h de décharge. J’ai 18h de cours, plus une journée de formation le jeudi, des copies à corriger pendant l’heure du déjeuner… J’ai l’impression de ne pas avoir de vie, d’être noyé sous une tonne de documents. J’aurais préféré que cette journée de formation n’ait lieu qu’une fois par mois. »

Seule amélioration, selon Sébastien de Schryver du SNES, les heures de décharge seraient davantage effectives par rapport à l’an dernier : « nous avons fait une enquête et 30% des stagiaires ont des heures supplémentaires, c’est-à-dire 16h ou 17h de cours au lieu de 15h théoriques, contre 80% l’an dernier. »

Note(s) :
  • (1) Prénoms modifiés

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