Jean-Claude Carle

Jean-Claude Carle

Pour quelle raison critiquez-vous les 43 000 recrutements d’enseignants prévus au budget 2013, sachant que 80 000 postes ont été supprimés en 5 ans ?

Je ne vois pas la nécessité de créer des postes supplémentaires. En 2011, on comptait 35 000 enseignants de plus qu’en 2000 et 550 000 élèves de moins. Le problème n’est pas celui des effectifs mais plutôt de la réaffectation des moyens existants. En 2000, Jack Lang (alors ministre de l’Education nationale) a créé plusieurs milliers de postes d’enseignants. Résultat : l’enquête PISA révélait des difficultés, lesquelles se sont encore accentuées neuf ans plus tard. Les 43 000 recrutements promis en 2013, dont 22 000 remplacements de départs à la retraite, sont un écran de fumée. C’est d’autant plus inutile qu’il y aura de sérieuses difficultés pour recruter, à moins que cela ne se fasse au rabais. Je suis par ailleurs surpris que Vincent Peillon ait dit, le 25 septembre devant le Sénat, que le nouveau concours de recrutement organisé au printemps 2013 serait « le concours de la gauche ». C’est une vision idéologique, les enseignants ne sont ni de droite ni de gauche !

Vous dites qu’il faut des enseignants « mieux formés, plus accompagnés et plus valorisés » : quel bilan faites-vous de la « mastérisation » ?

Nous avons revalorisé intellectuellement les débuts de carrière des enseignants, en recrutant non plus à bac +3 mais à bac +5. En revanche, et je le regrette, la formation pratique au métier a été occultée. De ce point de vue, Vincent Peillon hérite d’une situation qu’il convient de résoudre au plus vite. Mais il est possible de faire mieux sans investissements dispendieux. La Finlande, par exemple, a de bien meilleurs résultats que la France, sans investir une plus grande part de son budget dans l’éducation.

Au sein de l’UMP, plusieurs voix sous-entendent que les enseignants ne travaillent pas assez : est-ce votre position ?

J’ai bien écouté le Président de la République et le Premier ministre : pour réussir, tout le monde doit se retrousser les manches, aussi bien le secteur privé que le public. Ainsi, on peut raisonnablement demander aux enseignants, comme à l’ensemble des Français, de travailler quelques heures de plus. A condition toutefois que leur salaire soit revalorisé.

Que proposez-vous pour améliorer le système éducatif français ?

Une réforme courageuse serait de refonder complètement notre système éducatif. Trop de décisions se prennent par décrets ou circulaires, depuis la rue de Grenelle à Paris. Le système est organisé comme au début du XXe siècle. Comme tout est instantané aujourd’hui, une réorganisation est nécessaire : il faut passer de la culture du décret à celle du contrat ! Un contrat avec les quatre grands partenaires de la communauté éducative : l’Etat, les collectivités locales, les parents et le monde socio-économique. Le taux de chômage des jeunes, qui avoisine les 20% en France, devrait davantage nous interpeller. Sachant qu’il n’est que de 7% en Allemagne, un pays qui a su mettre en adéquation les besoins de l’économie et l’offre de formation.