Recruter 43 000 profs en 2013 : est-ce vraiment utile ?

Vincent Peillon, ministre de l’Education nationale, a annoncé vendredi le recrutement de plus de 43 000 professeurs en 2013. Tandis que les syndicats enseignants jugent cette décision indispensable pour refonder l’école, à droite on dénonce une gabegie.

En annonçant 43 000 postes de professeurs l’an prochain, dont 22 000 pour pallier des départs à la retraite, Vincent Peillon satisfait les syndicats enseignants. Le ministre de l’Education nationale permet aussi à François Hollande de tenir une partie de sa promesse de créer 60 000 postes dans l’éducation sur la durée de son quinquennat. Avec à la clef un vrai changement dans les établissements ?

Pour Sébastien Sihr, secrétaire général du SNUIPP-FSU, principal syndicat des professeurs des écoles, « non seulement cette voie est nécessaire mais elle est indispensable pour redonner du souffle au système éducatif et à l’école primaire. En France, nous avons le taux d’encadrement dans le primaire le plus bas de l’OCDE, avec 5 enseignants pour 100 élèves, loin derrière des pays tels que l’Allemagne ou la Norvège ». Bernadette Groison, secrétaire générale de la Fédération syndicale unitaire (FSU), estime que ces recrutements sont cruciaux pour au moins deux raisons : « d’une part, nous avons subi 80 000 suppressions de postes d’enseignants en cinq ans. D’autre part, un certain nombre d’enfants âgés de 2 à 3 ans ne sont pas scolarisés, faute d’enseignants. »

Vers davantage de travail en équipe

Concrètement, ces effectifs doivent permettre, selon Bernadette Groison, « de faire davantage travailler les élèves en petits groupes et de conforter, à tous les niveaux, le travail en équipe. Cela permettra d’enseigner autrement, de mieux accompagner les élèves. » Et d’insister pour dire que l’école ne souffre pas seulement d’un manque d’enseignants : « elle manque aussi de nombreux autres acteurs, tels que les TOS (techniciens, ouvriers et de services), les ATSEM (Agent Territorial Spécialisé des Ecoles Maternelles) ou encore les personnels administratifs. » A l’écouter, les moyens sont la condition première pour pouvoir lutter contre l’échec scolaire. Mais elle le rappelle : « les 40 000 postes ne suffiront pas si l’on ne reconstruit pas une vraie formation des enseignants. »

« 2h de plus = 44 000 postes »

A droite, plusieurs voix s’élèvent. Camille Bedin, secrétaire nationale de l’UMP chargée de l’Égalité de chances, estime cette mesure « inutile et très coûteuse » : « entre 1997 et 2002, Lionel Jospin (alors Premier Ministre), a créé 50 000 postes enseignants et dans le même temps, la France n’a cessé de dégringoler au classement PISA (1), il n’y a donc pas de lien de cause à effet entre le nombre d’enseignants et la réussite de l’école ! » Camille Bedin va plus loin, prônant plus d’autonomie pour les établissements : « l’Education nationale n’est pas là pour faire de la cogestion avec les syndicats. Plutôt que de recruter, il faut changer les méthodes pédagogiques, permettre aux profs et aux chefs d’établissements de décider du projet à mettre en œuvre, d’ajuster les rythmes scolaires en fonction du lieu d’enseignement. Car ce n’est pas pareil d’enseigner à Nanterre, qu’à Paris ou à Moulins dans l’Allier ! » En s’appuyant sur une étude de l’iFRAP, think tank dédié à l’analyse des politiques publiques, Camille Bedin indique que les professeurs devraient travailler plus : « s’ils travaillaient 2h de plus par semaine, tout en étant mieux rémunérés, cela représenterait l’équivalent de 44 000 nouveaux postes ! »

Autant d’arguments « du passé », rétorque Sébastien Sihr, « on ne peut pas regarder dans le rétroviseur, les problématiques sont nouvelles, avec davantage d’inégalités sociales. Construire l’école de 2020 amène forcément à consacrer des moyens supplémentaires, tout en sachant qu’il faudra concilier quantité et qualité. »

Note(s) :
  • (1) Le programme Pisa étudie le système éducatif des pays de l’OCDE.

3 commentaires sur "Recruter 43 000 profs en 2013 : est-ce vraiment utile ?"

  1. alphadelta64  1 octobre 2012 à 19 h 15 min

    Et si on mettait devant des élèves tous ces professeurs qui ont fait des études pour ça et qui font tout autre chose.Signaler un abus

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  2. ?  6 octobre 2012 à 6 h 49 min

    Cessons de regarder nos voisins, en Allemagne, les élèves sont « triés » dès le plus jeune âge et au gymnasium ne vont que les plus aptes à suivre. Essayons de travailler en groupes et non chacun de son côté, cette création de postes était nécessaire !Signaler un abus

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  3. BAPTISTE  6 octobre 2012 à 18 h 47 min

    Outre les moyens supplémentaires indispensables, il est impératif de revoir toute l’organisation pédagogique (et la formation des enseignants), qui n’est plus adaptée au public très hétérogène des collègiens et lycéens actuels.
    La pyramide hiérarchique derrière laquelle les enseignants s’abritent : Inspection générale disciplinaire (I.G.), Inspecteurs pédagogiques (IPR), Chefs d’établissement est désuète, en particulier vis-à-vis des programmes et du découpage en matières disciplinaires (matières cloisonnées en chapelles, trop abstraites pour les les élèves les plus faibles ou les plus désavantagés socialement ! (150 000 éjectés chaque année du système sans rien !)
    Il faut absolument que les enseignants travaillent en équipes pluridisciplinaires, sur des thèmes ou projets qui aient du sens pour intéresser, motiver et favoriser la réussite de tous les élèves… Ex : 1/2 ou une journée hebdomadaire sur des sujets supports communs (l’eau / les énergies / les transports / etc.) où chaque enseignant greffe son enseignement et son programme en travail d’équipe concertée !
    Cela aurait beaucoup de vertus pour intéresser les élves qui comprendraient mieux où l’on veut les conduire et surtout les instruire !
    Les élèves décrocheurs souffrent, chahutent, se livrent aux incivilités, etc. d’autant plus que chaque enseignant se trouve isolé devant eux ! S’ils ont « en face d’eux une équipe d’enseignants soudée, ils seront bien moins enclins à agresser les plus faibles…
    Un enseignement revu et de qualité avec suivi et soutien intégré à l’emploi du temps réduira les cours particuliers (les officines se développent, et seuls les enfants de milieu favorisé en profitent !). Rentrée 2012 = + 4900 élèves en secondaire vers l’enseignement privé ! Si les syndicats d’enseignants ne se remettent pas en question sur les fondements même de l’organisation pédagogique, il est à craindre et hélas à parier que la privatisation rampante du système se développera de + en + vers une marchandisation de l’enseignement. Il faut des moyens mais aussi accepter de se remettre en cause en ne sombrant pas dans le corporatisme exacerbé !

    André Batignes (prof. agrégé de génie mécanique 23 ans suivi de 15 années chef d’établissement)
    Proviseur honoraireSignaler un abus

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