En annonçant 43 000 postes de professeurs l’an prochain, dont 22 000 pour pallier des départs à la retraite, Vincent Peillon satisfait les syndicats enseignants. Le ministre de l’Education nationale permet aussi à François Hollande de tenir une partie de sa promesse de créer 60 000 postes dans l’éducation sur la durée de son quinquennat. Avec à la clef un vrai changement dans les établissements ?

Pour Sébastien Sihr, secrétaire général du SNUIPP-FSU, principal syndicat des professeurs des écoles, « non seulement cette voie est nécessaire mais elle est indispensable pour redonner du souffle au système éducatif et à l’école primaire. En France, nous avons le taux d’encadrement dans le primaire le plus bas de l’OCDE, avec 5 enseignants pour 100 élèves, loin derrière des pays tels que l’Allemagne ou la Norvège ». Bernadette Groison, secrétaire générale de la Fédération syndicale unitaire (FSU), estime que ces recrutements sont cruciaux pour au moins deux raisons : « d’une part, nous avons subi 80 000 suppressions de postes d’enseignants en cinq ans. D’autre part, un certain nombre d’enfants âgés de 2 à 3 ans ne sont pas scolarisés, faute d’enseignants. »

Vers davantage de travail en équipe

Concrètement, ces effectifs doivent permettre, selon Bernadette Groison, « de faire davantage travailler les élèves en petits groupes et de conforter, à tous les niveaux, le travail en équipe. Cela permettra d’enseigner autrement, de mieux accompagner les élèves. » Et d’insister pour dire que l’école ne souffre pas seulement d’un manque d’enseignants : « elle manque aussi de nombreux autres acteurs, tels que les TOS (techniciens, ouvriers et de services), les ATSEM (Agent Territorial Spécialisé des Ecoles Maternelles) ou encore les personnels administratifs. » A l’écouter, les moyens sont la condition première pour pouvoir lutter contre l’échec scolaire. Mais elle le rappelle : « les 40 000 postes ne suffiront pas si l’on ne reconstruit pas une vraie formation des enseignants. »

« 2h de plus = 44 000 postes »

A droite, plusieurs voix s’élèvent. Camille Bedin, secrétaire nationale de l’UMP chargée de l’Égalité de chances, estime cette mesure « inutile et très coûteuse » : « entre 1997 et 2002, Lionel Jospin (alors Premier Ministre), a créé 50 000 postes enseignants et dans le même temps, la France n’a cessé de dégringoler au classement PISA (1), il n’y a donc pas de lien de cause à effet entre le nombre d’enseignants et la réussite de l’école ! » Camille Bedin va plus loin, prônant plus d’autonomie pour les établissements : « l’Education nationale n’est pas là pour faire de la cogestion avec les syndicats. Plutôt que de recruter, il faut changer les méthodes pédagogiques, permettre aux profs et aux chefs d’établissements de décider du projet à mettre en œuvre, d’ajuster les rythmes scolaires en fonction du lieu d’enseignement. Car ce n’est pas pareil d’enseigner à Nanterre, qu’à Paris ou à Moulins dans l’Allier ! » En s’appuyant sur une étude de l’iFRAP, think tank dédié à l’analyse des politiques publiques, Camille Bedin indique que les professeurs devraient travailler plus : « s’ils travaillaient 2h de plus par semaine, tout en étant mieux rémunérés, cela représenterait l’équivalent de 44 000 nouveaux postes ! »

Autant d’arguments « du passé », rétorque Sébastien Sihr, « on ne peut pas regarder dans le rétroviseur, les problématiques sont nouvelles, avec davantage d’inégalités sociales. Construire l’école de 2020 amène forcément à consacrer des moyens supplémentaires, tout en sachant qu’il faudra concilier quantité et qualité. »