André Ouzoulias

André Ouzoulias

La formation actuelle des enseignants est-elle si mauvaise que cela ?

Le bilan de la « mastérisation » est catastrophique. La formation des enseignants est une caricature du modèle dit « successif » : on acquiert d’abord des connaissances académiques et ensuite seulement on se confronte à la classe, mais par la seule pratique. Avant, dans les IUFM, les futurs profs avaient le temps en 2e année d’observer des classes, de pratiquer sous tutelle puis en pleine responsabilité, d’analyser les erreurs des élèves, d’échanger avec d’autres débutants, etc. Aujourd’hui, les jeunes profs sont on ne peut plus mal formés au métier. Et c’est le monde à l’envers : le concours est accessible en 2e année de master et beaucoup parmi ceux qui le réussissent sont plongés à la rentrée qui suit dans le grand bain sans avoir vu d’élèves avant. Certains candidats peuvent même devenir professeurs des écoles avec un master dans une discipline qu’ils n’enseigneront pas, les sciences économiques, par exemple ! Quant à ceux qui ont un master « métiers de l’enseignement », leur 2e année est folle : ils doivent participer aux formations, rendre un mémoire qui exige de nombreuses recherches, préparer le concours et assurer les stages en même temps. Ceux qui n’ont pas suivi de stages se retrouvent paradoxalement dans de meilleures dispositions pour préparer le concours…

Quelles sont les propositions du GRFDE pour « reconstruire » la formation des enseignants ?

Il faut créer une formation professionnelle progressive en alternance, selon le modèle « simultané » ou « intégré » qui alterne et articule les enseignements disciplinaires, la pratique, l’analyse et la réflexion sur la discipline. Le recrutement doit avoir lieu en fin de licence. Nous proposons de créer des Ecoles professionnelles interuniversitaires académiques (EPIA) de formation des enseignants. Ces EPIA remplaceraient les IUFM et feraient coopérer tous les acteurs de la formation. Elles seraient cogérées par les universités parties prenantes, selon un cahier des charges défini par l’Etat. Il y aurait une EPIA par académie. Il faudrait probablement inventer un statut juridique original. On y entrerait sur concours, dont l’accès serait conditionné à l’obtention de la licence. La formation durerait deux ans et serait rémunérée, ce qui permettrait à des jeunes issus des milieux populaires d’accéder au métier. Dans la continuité de cette formation, sanctionnée par un master enseignement, il y aurait une année de stage en responsabilité avec un service à 60 % maximum. La réussite de cette année conditionnerait la délivrance d’un certificat d’aptitude à la pratique du métier.

Comment financer un tel projet dans le contexte d’austérité budgétaire actuel ?

Cette proposition coûte plus cher que le système actuel de formation, c’est sûr, puisqu’aujourd’hui l’Etat ne débourse plus rien directement pour la formation des enseignants. Il coûte même plus cher que le système des IUFM avant la mastérisation. A vitesse de croisière, on peut estimer à 500 millions d’euros le coût de ce projet, soit un peu moins de 10 euros par Français. Mais c’est une dépense d’avenir ! La formation des enseignants représente l’investissement le plus rentable car il permet de rendre plus efficient le système éducatif et, avec lui, c’est toute la société qui progresse.