Patrick Demougin président CDIUFMLe ministre de l’Education nationale Vincent Peillon souhaite mettre en place dès la rentrée 2013 des Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation (ÉSPÉ). N’est-ce pas un désaveu du travail mené jusque-là dans les IUFM ?

Cela n’a jamais été un désaveu de notre résultat, et Vincent Peillon a toujours été clair sur ce point, y compris lors de discussions que nous avons eues avec lui avant l’élection présidentielle. Mais nous pouvons reconnaître que les choses étaient perfectibles, qu’il y a eu des erreurs. Créer ces écoles veut dire récupérer l’intégralité du potentiel des IUFM, notre expertise dans le domaine de la formation, tout en corrigeant des erreurs structurelles qui ont pu peser sur notre travail.

Quelles sont vos ambitions pour les ÉSPÉ ?

C’est l’occasion d’une refondation, comme l’affirme le ministre, qui ne doit surtout pas se limiter à une adaptation. Je pense qu’il faut créer quelque chose de résolument nouveau, avec des missions nouvelles, et un nouveau positionnement. Il faut créer des écoles qui ne soient ni des IUFM transformées, ni des auxiliaires professionnalisants des UFR : l’ÉSPÉ doit être une composante universitaire à part entière. Outre le fait qu’elle délivre des masters, elle doit s’occuper de la formation professionnalisante en licence et de la formation continue. Elle doit promouvoir la recherche en éducation, et ne pas être repliée sur elle-même.

Ces écoles doivent être construites en associant tous les acteurs qui contribuent à la formation des enseignants : les UFR et les IUFM bien évidemment, mais aussi les enseignants qui travaillent sur le terrain, les corps d’inspection, les associations pédagogiques telles celles réunies au sein du Collectif des associations partenaires de l’école publique (CAPE)…

La rentrée 2013 vous semble-t-elle une échéance réaliste pour mettre en place ces écoles ?

Cela dépend de nombreux facteurs, mais c’est tenable en soi. Ces écoles peuvent démarrer sur les bases existantes, les structures et les liens mis en place par les IUFM et les UFR, pour ensuite s’enrichir et se rénover progressivement. Le gouvernement doit surtout trancher sur la place du concours, qui peut être source de difficultés selon la place qu’on lui donnera.

Dans votre précédente contribution à la concertation, vous insistez sur l’importance de créer une ÉSPÉ par académie. Une seule ?

La Conférence des présidents d’université (CPU) partage cette position. Proposer un seul interlocuteur par académie est essentiel pour avoir une cohérence dans la politique qui va lier l’université et l’« employeur », l’Education nationale. S’il y avait des écoles dans plusieurs universités, cela obligerait le ministère à travailler avec différents partenaires locaux, dans une situation de concurrence inefficace qui ne ferait que disperser des moyens. Cela répond aussi à une demande de rationalisation : proposer une seule interface améliore la lisibilité de notre formation, et les étudiants sauront à qui s’adresser.

Bien sûr, toutes les académies n’ont pas les mêmes tailles, et tous les sites universitaires n’ont pas les mêmes modes de fonctionnement. A Besançon par exemple, il y a une université, la situation est claire. Dans le Languedoc-Roussillon, il y en a cinq : l’école devra donc avoir une dimension interuniversitaire beaucoup plus marquée. Les problèmes ne vont pas non plus se poser de la même façon dans les académies de Corse et de Paris… Il faudra adapter de manière nuancée le mode de fonctionnement des ÉSPÉ.

Le ministre souhaite que se côtoient dans les ÉSPÉ des enseignants de tous niveaux, de la maternelle à l’université. Pour vous, cela est-il souhaitable ?

Le ministre a dit qu’il fallait un « moment de formation commun », c’est une question importante mais il ne faut pas faire un mythe de la culture commune des enseignants. Il y aura forcément des temps communs de formation : sur la liaison CM2-6ème, ou sur l’autorité et la sécurité par exemple.

Ce qu’il faut surtout, c’est un modèle commun de formation, pour ensuite adapter la formation en fonction des métiers. La nature des métiers entre le premier et le second degré est certes différente, et le ministre en est le premier conscient. Même dans le premier degré, le métier n’est pas le même entre école maternelle et primaire. Et les situations influent également : entre une 6ème de ZEP et un lycée de centre-ville, ce n’est pas la même vision de la profession.

Quelle est votre position sur la place du concours de recrutement dans la formation ?

Nous proposons un concours en fin de M2, car il causerait moins de problèmes qu’en fin de M1. Cela éviterait un clivage entre une première année de préparation au concours et une deuxième année de professionnalisation, soit une formation de type « consécutif », au demeurant de moins en moins répandue en Europe. Si l’on souhaite que ce master se fasse de plus en plus en alternance, avec 50% de terrain et 50% de formation en ÉSPÉ, les étudiants auraient de grosses difficultés à rédiger leur mémoire, et le M2 n’aurait donc pas les caractéristiques universitaires qu’on attend d’un tel diplôme. Nous souhaitons une formation « intégrée », avec une part de pratique professionnelle de plus en plus forte. Par ailleurs, si le concours est déplacé, les acteurs seront obligés de repenser le processus.

Pensez-vous que la concertation répondra à toutes vos attentes ?

Au-delà de la concertation, il faut que l’ensemble des acteurs se tourne positivement et de manière constructive vers ces écoles du professorat. Dans ce contexte positif, il faudra mobiliser toutes les forces disponibles : réaliser de nouvelles maquettes de formation, mettre en place de nouveaux dispositifs… Le travail ne manquera pas.

Mais il faut maintenant penser les contenus et la progressivité de la formation. Cela doit être mentionné de la façon le plus précise dans la loi d’orientation, sans laisser trop d’incertitude ou de marge d’adaptation locale. Je serai intransigeant sur le fait que le statut des écoles supérieures doit être inscrit dans la loi d’orientation et fortement soutenu par elle, que les questions de concours soient clairement posées, et que soit annexé à la loi le cahier des charges de la formation.