La rentrée mouvementée du CPE

Sylvain, 28 ans, est conseiller principal d’éducation (CPE) dans l’académie de Créteil. Il vient d’effectuer sa deuxième rentrée au pas de course, dans un collège en ZEP à Saint-Denis (93). Malgré les difficultés du métier, son enthousiasme reste intact.

Une absence injustifiée, une bagarre, un chevauchement d’emploi du temps… « Je suis sollicité en permanence ! », résume Sylvain, CPE dans un collège ZEP de la banlieue parisienne. 100 postes de CPE ont été créés cette année mais il n’a pas vu de différence. Pour sa seconde rentrée, Sylvain a dû composer avec l’absence de sa collègue, en congé maternité, et gérer seul les 370 élèves : « On s’attendait à plus de moyens. Normalement je ne m’occupe que des 4e et 3e mais j’ai aussi dû prendre en charge les 6e et 5e. Heureusement un collègue remplaçant est arrivé la semaine dernière et j’ai la chance d’être dans un petit collège de cité avec des projets et une équipe jeune et dynamique. » Au quotidien, il y a toujours une urgence : « on s’assure que tout le monde est en classe et on passe déjà les premiers appels aux familles… Il faut faire mille choses en même temps ! »

« Au début, les 6e m’appellent maître »

Premier jour, direction les cinq classes de 6e : « je me présente, en leur indiquant qu’au-delà de mon rôle de ‘gendarme’ ma porte leur est toujours ouverte. J’explique le règlement, le carnet de correspondance, les délégués… Au début, les 6e sont perdus. Beaucoup m’appellent maître, d’autres veulent me serrer la main. Je les aide à repérer les couloirs, en veillant à ce que qu’il n’y ait pas de bizutage. » Pour les plus grands, un rappel des règles s’impose, avec un ton plus solennel pour les 3e qui passeront le brevet. « Il faut être réactif pour désamorcer le moindre début de crise », souligne Sylvain qui endosse souvent le costume du médiateur. « Si les enseignants n’arrivent pas ou ne trouvent pas le temps de parler de leurs problèmes en classe, c’est à nous d’aller à leur rencontre. Je passe dans les couloirs, j’écoute, je fais même des visites surprises dans les classes. »

Hiérarchiser les priorités

« Au-delà de la paperasse, ma première mission reste la réussite des élèves », insiste-t-il, « c’est sportif mais il est crucial d’aider les jeunes à s’épanouir. C’était mon souhait de travailler dans ce type d’établissement. Malgré les difficultés sociales, on essaie de créer du lien. » Ce qui n’empêche pas les sanctions : « Il y a déjà eu deux conseils de discipline depuis la rentrée. C’est une décision compliquée. Mais quand on a tout essayé, c’est le dernier moyen pour créer un électrochoc. »

Aux CPE stagiaires, qui bénéficient de 6 heures hebdomadaires de décharge, Valérie Héraut, responsable nationale CPE du SNES, conseille de « hiérarchiser les priorités pour ne pas se faire happer. Un CPE n’est jamais sûr qu’il pourra tout faire, sans parler des heures de décharge qui ne sont pas compensées dans certaines académies. »

Sylvain, lui, préconise de se doter d’« une boîte à outils pour asseoir le quotidien », en l’occurrence une clé USB avec tous les documents administratifs (formulaire d’exclusion de cours, sujets de colle, etc). « Il faut aussi très vite s’intégrer à l’équipe, créer une vie au collège, organiser une soirée d’intégration. » Pour le reste, « c’est instinctif », dit-il, « je tutoie les élèves, je ne crie jamais. J’essaie de rester très zen pour leur montrer que le CPE est dans le temps de la réflexion et du recul. »

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