Du sucre dans l’espace : entretien avec une des astronomes ayant participé à cette découverte

C’est une première : une molécule de sucre a été repérée il y a quelques semaines, par une équipe d’astronomes menée par Jes Jørgensen de l’institut danois Niels Bohr, dans le gaz entourant une jeune étoile située à 400 années-lumière de la Terre, appelée "IRAS 16293-2422". Entretien avec Cécile Favre, chercheuse post-doctorante et membre de l’équipe à l’origine de la découverte.

Cécile Favre

Cécile Favre

 

La découverte de ce sucre autour d’une étoile est-elle inédite ?

Il s’agit en fait de glycolaldéhyde, une forme simple de sucre et plus précisément d’un précurseur de sucre. Le glycolaldéhyde est un des ingrédients clés menant à la formation du ribose, une molécule du vivant : le ribose permet la formation de la structure de l’épine dorsale de la molécule d’ARN (acide ribonucléique) proche de l’ADN. Jusqu’à maintenant, ce pré-sucre avait été uniquement détecté à 23 000 années lumière de nous dans des régions où se forment des étoiles beaucoup plus massives que notre Soleil. Dans notre étude, nous avons annoncé la première détection du glycolaldéhyde dans le gaz entourant une jeune étoile de type solaire, beaucoup plus proche de nous, à environ 400 années lumières, à une dis­tance com­pa­rable à la dis­tance entre la pla­nète Uranus et notre Soleil. Cette découverte est inédite car c’est la première fois que le glycolaldéhyde est détecté au voisinage d’une étoile similaire à notre Soleil. Plus exactement, c’est la première fois que nous sommes capables de montrer que des molécules, qui ont pu jouer un rôle clé dans le développement de la vie sur Terre, sont présentes dans une région analogue à notre système solaire.

Comment les chercheurs ont-ils procédé pour mettre au jour cette molécule ?

Lorsqu’une molécule se situant dans le gaz chaud entourant une étoile effectue des mouvements de rotation par exemple, elle va émettre un rayonnement caractéristique aux longueurs d’ondes radio que nous pouvons observer depuis la Terre grâce à des radio télescopes. Nous avons pu ainsi annoncer la détection du glycolaldéhyde par des observations millimétriques réalisées grâce au radio télescope géant ALMA, au Chili. Pour l’identifier, nous nous sommes appuyés sur les paramètres spectroscopiques (fréquences et intensités) caractérisant le glycolaldéhyde. Ces paramètres sont propres à chaque molécule, comme nos empreintes digitales.

Savez-vous d’où provient ce sucre ? S’agit-il d’une forme similaire à celle que nous utilisons ?

Représentation des molécules glycolaldéhyde et saccharose

Représentations moléculaires du glycolaldéhyde trouvé dans l'espace (à gauche) et du saccharose, notre sucre de table, qui compte plus d'atomes. (source : Wikipedia/CC/CCoil)

Les mécanismes de formation dans le milieu interstellaire du glycolaldéhyde sont encore, comme pour de nombreuses molécules complexes, débattus à l’heure actuelle. Cependant, les résultats observationnels couplés avec des expériences menées en laboratoire et des modèles chimiques suggèrent que cette espèce pourrait être formée dans la glace couvrant les grains de poussières interstellaires. Dans la vie de tous les jours, nous utilisons plutôt du saccharose pour sucrer notre café ou notre thé. La structure de base est toutefois similaire : tous deux se composent d’atomes de carbones, d’oxygène et d’hydrogène. La molécule de saccharose comprend plus d’atomes que le glycolaldéhyde.

Cela signifie-t-il qu’il existe ou qu’il y a eu de la vie ailleurs que sur Terre ?

Parmi les scénarios plausibles pouvant expliquer l’origine de la vie sur Terre figure celui d’un apport de molécules organiques, incluant les sucres, par l’intermédiaire des petits corps du système solaire (météorites, astéroïdes et comètes). Des molécules importantes pour le vivant tels des acides gras et des acides aminés ont d’ailleurs été détectées dans certains de ces petits corps. Notre découverte, couplée à d’autres détections, semble indiquer que des molécules organiques seraient présentes dans les régions où les étoiles et planètes se forment. Elle ne nous dit pas s’il existe ou s’il y a eu de la vie ailleurs. Cette découverte constitue toutefois un premier pas important, puisque certaines molécules organiques se trouvent au bon endroit et au bon moment. Reste à savoir si la formation des molécules organiques, ayant pu avoir un rôle clef dans le développement de la vie sur Terre, est généralisable à d’autres systèmes de type solaire

5 commentaires sur "Du sucre dans l’espace : entretien avec une des astronomes ayant participé à cette découverte"

  1. Joelk  21 septembre 2012 à 18 h 19 min

    Je pense qu’il y a une erreur dans l’article: il est évoqué une découverte à 400 années lumière de la Terre, soit « la distance entre notre Soleil et Uranus ». Or la distance entre le Soleil et Uranus est de 0,32 années lumière, et le distance de 400 années lumières correspond à… 3 800 000 000 000 000 km, contre 3 000 000 000 km pour Uranus.Signaler un abus

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  2. Joelk  21 septembre 2012 à 18 h 23 min

    Je pense que l’erreur que vous avez faite est la suivante: l’étoile à proximité de laquelle le glycoaldéhyde a été trouvé est à 400 années lumière de nous, et ce sucre a été trouvé à environ 3 milliards de km de l’étoile en question, soit la distance Soleil-Uranus. Mais ce n’est pas ce que vous avez écrit: « Dans notre étude, nous avons annoncé la pre­mière détec­tion du gly­co­lal­dé­hyde dans le gaz entou­rant une jeune étoile de type solaire, beau­coup plus proche de nous, à envi­ron 400 années lumières, soit la dis­tance entre la pla­nète Uranus et notre Soleil. « Signaler un abus

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  3. Cécile Favre  21 septembre 2012 à 22 h 22 min

    Une typo s’est glissée dans le texte.
    Il faut lire « à une distance comparable å la distance entre la planète Uranus et notre Soleil » au lieu de « soit la distance entre la planète Uranus et notre Soleil ».
    MerciSignaler un abus

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    • Rédaction  24 septembre 2012 à 9 h 08 min

      L’erreur est corrigée. Merci pour vos relectures attentives et nous sommes désolés pour cette malencontreuse coquille.Signaler un abus

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  4. perplexe  22 septembre 2012 à 11 h 56 min

    Il me semble que la distance « notre soleil – Uranus » soit très grossièrement surestimée… Dommage de laisser passer une telle coquille !Signaler un abus

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