Cécile Favre

Cécile Favre

 

La découverte de ce sucre autour d’une étoile est-elle inédite ?

Il s’agit en fait de glycolaldéhyde, une forme simple de sucre et plus précisément d’un précurseur de sucre. Le glycolaldéhyde est un des ingrédients clés menant à la formation du ribose, une molécule du vivant : le ribose permet la formation de la structure de l’épine dorsale de la molécule d’ARN (acide ribonucléique) proche de l’ADN. Jusqu’à maintenant, ce pré-sucre avait été uniquement détecté à 23 000 années lumière de nous dans des régions où se forment des étoiles beaucoup plus massives que notre Soleil. Dans notre étude, nous avons annoncé la première détection du glycolaldéhyde dans le gaz entourant une jeune étoile de type solaire, beaucoup plus proche de nous, à environ 400 années lumières, à une dis­tance com­pa­rable à la dis­tance entre la pla­nète Uranus et notre Soleil. Cette découverte est inédite car c’est la première fois que le glycolaldéhyde est détecté au voisinage d’une étoile similaire à notre Soleil. Plus exactement, c’est la première fois que nous sommes capables de montrer que des molécules, qui ont pu jouer un rôle clé dans le développement de la vie sur Terre, sont présentes dans une région analogue à notre système solaire.

Comment les chercheurs ont-ils procédé pour mettre au jour cette molécule ?

Lorsqu’une molécule se situant dans le gaz chaud entourant une étoile effectue des mouvements de rotation par exemple, elle va émettre un rayonnement caractéristique aux longueurs d’ondes radio que nous pouvons observer depuis la Terre grâce à des radio télescopes. Nous avons pu ainsi annoncer la détection du glycolaldéhyde par des observations millimétriques réalisées grâce au radio télescope géant ALMA, au Chili. Pour l’identifier, nous nous sommes appuyés sur les paramètres spectroscopiques (fréquences et intensités) caractérisant le glycolaldéhyde. Ces paramètres sont propres à chaque molécule, comme nos empreintes digitales.

Savez-vous d’où provient ce sucre ? S’agit-il d’une forme similaire à celle que nous utilisons ?

Représentation des molécules glycolaldéhyde et saccharose

Représentations moléculaires du glycolaldéhyde trouvé dans l'espace (à gauche) et du saccharose, notre sucre de table, qui compte plus d'atomes. (source : Wikipedia/CC/CCoil)

Les mécanismes de formation dans le milieu interstellaire du glycolaldéhyde sont encore, comme pour de nombreuses molécules complexes, débattus à l’heure actuelle. Cependant, les résultats observationnels couplés avec des expériences menées en laboratoire et des modèles chimiques suggèrent que cette espèce pourrait être formée dans la glace couvrant les grains de poussières interstellaires. Dans la vie de tous les jours, nous utilisons plutôt du saccharose pour sucrer notre café ou notre thé. La structure de base est toutefois similaire : tous deux se composent d’atomes de carbones, d’oxygène et d’hydrogène. La molécule de saccharose comprend plus d’atomes que le glycolaldéhyde.

Cela signifie-t-il qu’il existe ou qu’il y a eu de la vie ailleurs que sur Terre ?

Parmi les scénarios plausibles pouvant expliquer l’origine de la vie sur Terre figure celui d’un apport de molécules organiques, incluant les sucres, par l’intermédiaire des petits corps du système solaire (météorites, astéroïdes et comètes). Des molécules importantes pour le vivant tels des acides gras et des acides aminés ont d’ailleurs été détectées dans certains de ces petits corps. Notre découverte, couplée à d’autres détections, semble indiquer que des molécules organiques seraient présentes dans les régions où les étoiles et planètes se forment. Elle ne nous dit pas s’il existe ou s’il y a eu de la vie ailleurs. Cette découverte constitue toutefois un premier pas important, puisque certaines molécules organiques se trouvent au bon endroit et au bon moment. Reste à savoir si la formation des molécules organiques, ayant pu avoir un rôle clef dans le développement de la vie sur Terre, est généralisable à d’autres systèmes de type solaire