Gaëlle Guernalec-Levy

Gaëlle Guernalec-Levy

D’après votre livre « Jamais dans ce lycée » (1), les lycées  « poubelles » ne méritent pas leur réputation et la stratégie qui consiste à les fuir n’est pas justifiée. Pourquoi ?

Je me suis intéressée au lycée Bergson parce qu’il est considéré par la plupart des adolescents comme le pire lycée de l’est parisien. Et, aussi, parce qu’on ne rencontre pas les mêmes difficultés sociales à Paris qu’en banlieue : a priori, il y a donc moins de raison de fuir tel ou tel établissement… Or on assiste à un phénomène de contournement de la carte scolaire. Dans l’absolu, il n’existe pas de bons et de mauvais établissements. C’est le recrutement des élèves qui assure in fine un bon taux de réussite. Ce sont les bons élèves qui font les bons lycées, pas l’inverse. A Paris, l’affectation d’un lycée prend en compte le niveau scolaire. Tout le monde trouve ça normal, au motif que le niveau scolaire découlerait du seul mérite. Pourtant, le passage en seconde n’est pas un concours, il n’y a aucune raison de tenir compte de la moyenne d’un élève dans son affectation.

Quelle est la responsabilité des enseignants dans la réputation d’un lycée ?

Au lycée Bergson, qui souffre d’une si mauvaise réputation, j’ai vu des enseignants passionnés qui refusaient de faire des cours au rabais. Il faut savoir que ce lycée accueille tout le monde, y compris les multi-redoublants, et que beaucoup retrouvent le goût du travail. Malgré tous les efforts entrepris par l’équipe pédagogique, je continue d’entendre des choses fausses sur l’établissement. Un travail de communication de longue haleine est à mener pour faire prendre conscience aux parents qu’on peut très bien réussir au lycée Bergson.

Quels exemples concrets de cette réussite vous ont frappée ?

Le lycée Bergson propose des cours de soutien donnés par les enseignants pendant les vacances scolaires et du soutien individualisé par des étudiants. Il a noué des partenariats, notamment avec l’IEP Paris et l’Ecole des Ingénieurs de la Ville de Paris, laquelle propose du coaching scolaire et d’orientation à une vingtaine d’élèves pendant un an. Il a aussi développé énormément de classes à projet, dont une très appréciée des élèves : la classe cinéma, avec une enseignante particulièrement investie.

Que préconisez-vous pour éviter que certains lycées ne soient marqués au fer rouge et ne concentrent les élèves en difficultés ?

A Paris, je crois qu’on peut maintenir la sectorisation actuelle avec les quatre districts d’affectation mais on ne devrait plus prendre en compte le critère du niveau scolaire. La procédure AFFELNET(2) permet de juguler en partie la ségrégation sociale, notamment en faisant entrer les boursiers dans des lycées considérés comme très bons. Mais il existe toujours des bons et des mauvais lycées, ce qui n’a pas de sens et se révèle délétère pour ceux qui se vivent comme relégués.