Selon un sondage Ifop pour Metro(1), 80% des Français sont contre la suppression des notes à l’école. Plus spécifiquement, les parents d’élèves sont défavorables à cette suppression à 77%. C’est donc une majorité écrasante qui se dégage pour le maintien des notes. Même « les 50-64 ans, c’est-à-dire la génération 68, sont les plus opposés à une réforme du système de notation, à 85% », observe Frédéric Dabi, directeur général adjoint l’Ifop.

Ces résultats font apparaître un net clivage entre les parents et les enseignants, qui souhaitent à 39% la suppression des notes chiffrées, selon un récent sondage du syndicat SE-Unsa.

Depuis de nombreuses années, le chercheur en didactique André Antibi se bat contre le système de notation actuel et la « constante macabre », la part de mauvaises notes que les enseignants se sentent obligés de donner pour être crédibles, et qui pénalise avant tout les élèves issus de milieux défavorisés. Il prône le système d’évaluation par contrat de confiance (EPCC), où les élèves sont prévenus à l’avance des notions à réviser pour un contrôle. Mais les parents sont réfractaires à ces initiatives : « Si toutes les notes sont bonnes, le professeur est montré du doigt, il est suspecté de laxisme », déplore André Antibi.

Pas de « suppression » des notes mais une « évolution »

Cet attachement aux notes exprime le besoin des parents « de garder le contrôle sur leur enfant », analyse Frédéric Dabi. « Elles permettent de savoir précisément où il se situe et quelles sont ses difficultés. C’est donc un système qui les rassure« , dans un contexte où les Français sont de plus en plus soucieux de l’avenir de leurs enfants.

Le ministre de l’Education nationale occupe une position intermédiaire dans ce débat : Vincent Peillon n’est pas favorable à la suppression des notes mais à leur « évolution », a-t-il confié mardi dernier sur i-Télé. Il souhaite que la note devienne « un encouragement et pas un découragement », estimant que les élèves français « sont les plus malheureux au monde » après les Japonais.

Le système de notation sur 20 est une institution française, qui date de la création de l’école républicaine par Jules Ferry, dans les années 1880. Elle est très peu répandue : nos voisins allemands notent sur 6, les Japonais sur 100… Dans les pays anglo-saxons, comme les Etats-Unis, les chiffres sont remplacés par des lettres : A, B, C, D, E et F (pour « fail », échec).

Dans les pays scandinaves comme la Suède ou le Danemark, l’évaluation des élèves se passe de notes jusqu’en septième ou huitième année (équivalent de la 4ème). Ensuite, l’évaluation prend la forme d’un rapport sur les résultats de l’élève, à la fois sur ses performances académiques mais aussi sur son développement personnel et social. Cette forme d’évaluation les encourage donc à participer en cours, et à échanger avec leurs camarades et leur professeur.