Vincent Peillon : « C’est la première rentrée du changement »

A l'occasion de la conférence de rentrée du ministère de l'Education nationale, Vincent Peillon est revenu sur les nombreux chantiers qui font de la rentrée 2012 une "rentrée du changement" : concertation sur la refondation de l'école, création de postes, emplois d'avenir, rythmes scolaires...

Vincent Peillon conférence rentrée Education nationalePour sa première conférence de rentrée, le ministre de l’Education nationale a affirmé son intention d’attaquer « la refondation de l’école » par ses « fondements », mettant ainsi l’accent sur l’enseignement primaire, et rappelé que la loi de d’orientation et de programmation de cet automne ne serait qu’une étape d’une politique éducative à long terme.

Cette rentrée 2012 est « la première rentrée du changement », a rappelé Vincent Peillon, soulignant la « rupture avec la politique conduite ces dernières années ». Pour lutter contre l’impression que « peu de choses » avaient été faites pour l’école depuis l’élection de François Hollande, le ministre a passé en revue les changements opérés : abrogation du décret sur l’évaluation des enseignants, scolarisation renforcée des enfants de moins de trois ans, affectation d’enseignants expérimentés au CP…

Il a également mis en avant les nombreux postes créés pour faciliter cette rentrée, dont 1000 professeurs des écoles, 280 professeurs du secondaire, 2000 assistants d’éducation, et 1500 AVS. Mais si cette rentrée s’annonce réussie, c’est aussi grâce au « dévouement, au professionnalisme et au sens du service public » des personnels de l’Education nationale.

Loi d’orientation. La concertation sur la refondation de l’école se poursuit, mobilisant les organisations du monde éducatif mais aussi « l’ensemble de la société civile, les parents d’élèves, les pouvoirs économiques et les chercheurs » ainsi que « 22 ministères ». Cette concertation « se déconcentre » en ce moment dans les académies. Elle donnera lieu à la remise d’un rapport « début octobre », sur la base duquel sera élaborée une loi d’orientation et de programmation, qui sera soumise au Parlement « fin novembre ». Cette loi « ne sera bien entendu pas le dernier mot de la refondation de l’école. (…) Nous agirons dans la durée totale du quinquennat (…) et progressivement, les fondations étant posées, nous y construirons cette nouvelle maison de la République autour de notre école. »

Emplois d’avenir professeurs. La mise en place « plus vite que prévu » des emplois d’avenir permettra dès janvier à 6000 jeunes en deuxième année de licence, se destinant aux métiers de l’enseignement, de « réaliser leur vocation ». Ces contrats renouvelables trois ans seront liés à un engagement à passer les concours du professorat. Ils permettront une « professionnalisation progressive » et une « immersion sur le terrain », mais sans que les étudiants se substituent aux professeurs : « il ne s’agira pas d’organiser du remplacement qu’on ne pourrait pas faire autrement ». Le montant de la rémunération sera en moyenne de « 900 euros mensuels » sur douze mois.

Formation des enseignants et écoles du professorat. « La remise en place d’une formation des enseignants est notre priorité, à travers un véhicule nouveau, (…) les écoles du professorat et de l’éducation. » Ces écoles garantiront aux enseignants une « formation, l’entrée progressive dans le métier et le retour à une année de stage véritable ». Elles accueilleront les enseignants « de la maternelle jusqu’à l’université », qui devront donc « se côtoyer, se parler, apprendre à travailler ensemble ». Elles devraient être opérationnelles dès la rentrée 2013; les « maquettes de formation » sont déjà en discussion.

Crise des vocations. « Comprenez qu’il n’y a pas de crise de vocations dans ce pays. (…) Il y a énormément de jeunes qui ont envie de s’engager, qui ont envie de faire ce métier [d’enseignant]. Mais les conditions qui leur ont été faites ces dernières années, à travers la réforme de la masterisation – pas la masterisation en soi mais tout ce qui l’accompagnait – a pu décourager énormément de jeunes. » Vincent Peillon estime que tous les postes d’enseignants prochainement créés seront pourvus « si l’Education nationale est prête à faire ce qu’il faut pour que ce ne soit pas un parcours d’obstacles ».

Carte scolaire. La carte scolaire « fait partie des thèmes de discussion de la concertation » et une réflexion sur le sujet est engagée. Mais si l’assouplissement de la carte scolaire « cristallise beaucoup de passions », une réforme de cette mesure ne pourra jamais résoudre « toutes les questions de mixité sociale et urbaine ». L’école « ne peut pas résoudre tous les problèmes de la société ».

Scolarisation des moins de 3 ans. « Il y a unanimité des études, c’est rare, » sur les bienfaits de la scolarisation dès le plus jeune âge. Elle est particulièrement utile « lorsqu’on s’adresse à des publics en difficulté ». Le taux de scolarisation des moins de 3 ans était de « plus de 30% en 2002 », aujourd’hui descendu « à 11/12% ». Le ministre prévoit « une montée en charge progressive » pour s’approcher à nouveau des chiffres de 2002. Les difficultés que rencontrent certains élèves au collège « se jouent bien avant », et le ministre juge donc préférable de « mettre le paquet » dès l’école élémentaire.

Postes aux concours. Les 22 000 postes ouverts aux concours enseignants 2013 (dont 9 000 postes pour le CRPE) ne concernent que les remplacements des départs à la retraite. S’y ajouteront plus tard une partie des 60 000 postes supplémentaires promis par François Hollande.

Rythmes scolaires. « Je ne crois pas qu’il soit bon pour nos élèves d’avoir beaucoup moins de jours de classe que les autres, et (…) des journées très chargées. (…) Je veux qu’il y ait une réforme profonde du temps scolaire. » Le retour à la semaine de 4 jours et demi devrait être effectif à la rentrée 2013. Le ministre ne se dit pas « hostile » à l’allongement de l’année scolaire sur les vacances d’été.

Assistants de prévention et de sécurité. Le ministre n’a pas été alerté de « difficultés » particulières, concernant le recrutement et la formation des 500 APS qui devraient être déployés dans des établissements difficiles « après les vacances de la Toussaint ».

Internats d’excellence. Les internats d’excellence « partaient d’une idée généreuse », mais des évaluations les révèlent « assez coûteux » pour des résultats « qui ne sont pas probants ». Privilégiant la réussite « de tous », le ministre ne souhaite pas étendre le dispositif, et veut plutôt engager une « réflexion approfondie » sur les internats en général, pour « faire en sorte qu’ils soient tous d’excellence ».

Les dossiers de la Réussite éducative

Handicap. « Nous avons un nombre croissant d’élèves scolarisés qui sont en situation de handicap », a rappelé la ministre déléguée à la Réussite éducative, George Pau-Langevin, qui en estime le nombre à 227 000. « La présence de ces enfants [à l’école] peut constituer une richesse : (…) pour les autres élèves, c’est l’apprentissage à la différence, à la tolérance, à l’ouverture à l’autre et au vivre-ensemble », a souligné la ministre. Des AVSi supplémentaires ont donc été déployés pour « mieux accueillir ces enfants », les accompagner et « épauler les enseignants ». Une réflexion sera par ailleurs menée « dès septembre » sur la formation de ces accompagnateurs spécialisés. « Nous souhaitons notamment un référentiel métier », a expliqué George Pau-Langevin.

Education prioritaire. Pour la ministre déléguée à la Réussite éducative, « il y a un manque de lisibilité » des dispositifs d’éducation prioritaire, devenus aujourd’hui « une sorte de mille-feuille où d’année en année on rajoute des sigles, des zones, des manières de fonctionner ». « Cet empilement n’est pas souhaitable et n’est pas une réussite pour nos enfants », affirme la ministre, qui annonce que la politique d’éducation prioritaire sera « refondue pour la rendre plus efficace ».

Décrochage scolaire. « On va mettre en place une politique avec les emplois d’avenir qui apportera des réponses pour un certain nombre de jeunes sans solution et sans emploi, mais il faut aussi prévenir, (…) faire en sorte que les décrochages ne se produisent pas, et qu’il n’y ait pas dans l’orientation quelque chose qui accélère l’espèce de découragement d’une partie des jeunes face à l’école. »

Intégration. Quatrième axe de travail de George Pau-Langevin : l’intégration des « primo-arrivants », et des « enfants itinérants » et « roms ». Ces derniers sont « sous la protection de la puissance publique », rappelle une circulaire interministérielle publiée aujourd’hui, et « l’éducation est donc notre affaire aussi bien que celle d’autres enfants ». Une circulaire est en cours de rédaction par la DGESCO, pour aider à aplanir les difficultés concernant leur scolarisation, par exemple au regard de leur domiciliation.

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