Collège inique (ta mère !)

Gabrielle Déramaux raconte dans "Collège inique (ta mère !)" ses années d'enseignement dans des établissements difficiles, où les jeunes professeurs sont lâchés dans l'arène sans aucune préparation, face à des élèves paumés et rebelles qui n'ont aucune confiance en l'école.

Couverture livre Collège inique ta mèreGabrielle – un prénom pas très « cool », selon ses élèves – raconte ses années d’enseignement en collège difficile, d’abord dans l’académie de Créteil, puis à Paris, où tout n’est pas forcément plus rose. Elle ne crie jamais sa détresse : elle dénonce posément, sur le ton d’un documentaire, les absurdités de sa situation. Ce qui ne fait que renforcer l’horreur des faits.

Le style est clair, fluide et les courts chapitres – tranches de vie de classe, anecdotes – s’enchaînent avec rapidité comme autant de coups de rasoir, lacérant l’image idyllique de l’enseignement que nous présente l’institution.

Il y a l’inaction du rectorat, qui envoie au casse-pipe des profs sans expérience, dont la moitié ne tiendront pas l’année. Le silence des stagiaires, muselés par la menace de ne pas être titularisés s’ils font des vagues. L’hypocrisie des examinateurs, telle cette inspectrice qui l’accuse d’être à l’origine du comportement violent des élèves : « vous parlez trop, ça les énerve. Vous bougez trop, ça les excite. » Tout contribue à donner l’impression que le problème, ce n’est pas les élèves, c’est les profs. Même les familles semblent le penser.

Dans ces conditions, comment gérer des classes où l’on trouve au moins un « psychopathe », comme l’avoue sans complexe la direction ? Et que dire de tous les autres : Mamadou, Rachid, Jordan, Fanta, Coulibaly, Salima, Ludovic… Chaque établissement difficile a son lot d’élèves drogués, dérangés, violents, alcoolisés, incultes, en foyer, sans papiers, démissionnaires, traumatisés, harcelés, ou juste paumés et prêts à décrocher. Si c’était un roman, la galerie de portraits que dresse la narratrice serait trop improbable pour être crédible. Comme souvent, la réalité dépasse la fiction.

Conseils pour profs débutants

Le blog Fac Story reprend plusieurs passages du livre qui devraient être utiles aux jeunes enseignants affectés en ZEP.

C’est un choc brutal pour le professeur stagiaire, qui passe sans transition du cocon de ses études à un environnement de violences et brimades quotidiennes. Dans ce nouvel univers, l’élève est à l’aise et l’adulte désemparé. A trente contre un, la lutte est inégale. Alors il faut ruser, ne jamais s’énerver, réclamer le silence sans crier, et laisser passer les mois pour amadouer les élèves. Dans l’espoir de faire une petite différence, et de réconcilier certains de ces élèves réfractaires avec l’école.

Gabrielle Déramaux entrevoit bien une piste, un début de solution : mettre des professeurs expérimentés dans ces établissements qui n’intéressent personne (ce que les élèves ont bien compris, voyant leurs professeurs changer presque chaque année). Contre rémunération, pour les motiver. Une idée avancée par notre nouveau président durant sa campagne. Le changement est-il en marche ?…

Collège inique (ta mère !), de Gabrielle Déramaux (Bourin Éditeur). 188 pages – 16€.
Trouver ce livre sur Decitre, Amazon, Fnac.com.

Extrait

Christophe, grande baraque de 15 ans, refuse d’écrire avec autre chose qu’un crayon à papier et d’une écriture si minuscule qu’elle semble disparaître dans le papier. Mais il parle d’une voix énorme, poussant des hurlements en classe, sans raison, ce qui le fait rire aux éclats.
Samia, sensibilité à fleur de peau, très agressive, ne veut pas qu’on la regarde, ni qu’on corrige ses copies. J’ai eu son frère l’année précédente et je sais que leur père est mort sous leurs yeux, poignardé dans le salon familial pour une histoire de drogue. Je sais aussi que Samia et Ahmed ne sont pas leurs vrais prénoms.
Steeve boit et arrive manifestement déjà bien imbibé le matin. Les autres en ont peur, il est plus âgé, d’une violence incontrôlable. Je suis enceinte quand il lève la main sur moi parce que je refuse de le laisser sortir de cours. Il renonce quand même à porter le coup au dernier moment et sort en claquant la porte. J’en pleurerai encore des semaines après. Parce que j’ai eu peur et parce qu’aucun élève de la classe n’a fait mine de s’interposer. (…)
Pour me donner du courage, je glisse dans ma pochette de cours un dessin de Ferri pour
Fluide Glacial : une petite poule au tableau devant une classe de loups qui dit : « Je vous préviens, cette année je serai impitoyable ! »

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1 commentaire sur "Collège inique (ta mère !)"

  1. Cunégonde  7 septembre 2012 à 13 h 27 min

    Aujourd’hui, on sait tout, tout se dit et on a la lâcheté de ne rien faire…Signaler un abus

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