La genèse du retable d’Issenheim imaginée par un professeur d’histoire

Le professeur d'histoire Michel Winter retrace dans son premier roman l'origine du retable d'Issenheim, chef-d'oeuvre mondialement connu de la peinture.

Retable d'Issenheim chapelle d'Unterlinden

Le retable d'Issenheim dans la chapelle du musée d'Unterlinden, à Colmar. (photo Claude Le Berre/CC/Wikicommons)

Le retable d’Issenheim, qui fête cette année ses 500 ans d’existence, affiche des dimensions impressionnantes de 3,30m sur 5,90m. Il représente sur onze panneaux peints la vie du Christ et celle de saint Antoine l’Ermite, guérisseur du « mal des ardents » provoqué par l’ergot de seigle, un champignon parasite de la céréale.

Dans le panneau central, un Christ en croix mutilé baisse la tête sous une couronne d’épines démesurée. L’artiste livre ainsi une vision torturée du messie, un brin désacralisée et d’autant plus humaine. Mais cet artiste, qui révèle ainsi autant de sensibilité que de talent, demeure méconnu. Même son nom n’est qu’une hypothèse : les rares textes qui le mentionnent l’appellent tour à tour Grünewald, Mathis Nithart, Mathys Grüne, Meister Mathis…

Michel Winter, professeur d’histoire au lycée Apollinaire de Nice, a décidé de donner vie à ce peintre dans son premier roman, Le retable des ardents. Il y raconte la genèse de son oeuvre maîtresse au milieu des bouleversements sociaux de l’époque : la Réforme, la Guerre des paysans, les premières exécutions de « sorcières » qui contrastent avec l’humanisme montant, porté par l’imprimerie.

L’histoire, qui s’étend de 1512 à 1528, nous est contée par l’apprenti de ce « Mathias Grünewald ». Michel Winter fait de ce peintre de génie marqué par les révolutions de son temps le héros d’un drame historique, un roman d’aventure où le souci du détail rend la lecture aussi plaisante qu’instructive. Nous avons interviewé l’auteur sur sa démarche.

Le retable des ardents livre Michel Winter

Pour vous qui enseignez les faits, a-t-il été facile de passer à la fiction ?

J’insiste sur le fait que, bien que la fiction soit présente, tout ce que j’ai écrit est fidèle au contexte religieux, artistique, politique de l’époque. Il y a une part de fiction parce qu’autant l’oeuvre est connue, autant l’auteur est obscur. Au point qu’on a commencé par attribuer la paternité du retable à d’autres artistes, tel Albrecht Dürer. Grünewald n’était pas très connu, même à son époque, et on l’a vite oublié. Ce n’était pas un peintre de cour, il n’a pas fait de portraits alors que la mode s’en développait, il n’a pas non plus fait de gravure ce qui a nui à la diffusion de ses travaux. Il était marginal, et c’est ce que j’ai voulu rendre dans le roman. J’ai surtout essayé d’être cohérent, et de retrouver la trace du peintre au travers de sa réalisation. De quelle façon le retable est-il le reflet de son auteur ? Voilà quelle a été ma problématique.

Votre livre a été récompensé par le prix Maurice Betz, décerné par l’académie des sciences, des lettres et des arts d’Alsace; comment ont réagi vos élèves et vos collègues suite à ce début prometteur dans l’écriture ?

Je n’ai pas fait de pub ou très peu. Et je ne mélange pas les fonctions. Je suis prof dans mon lycée, je mélange pas « l’écrivain » avec le professeur. Mais tous les échos que j’ai eu de la part de collègues indiquent qu’on apprécie que la fiction reste profondément ancrée dans l’histoire.

Le roman est très précis, vous y détaillez par exemple les techniques de travail du peintre ou les méthodes utilisées pour soulager les malades… Cet aspect « pédagogique » vient-il de votre métier ?

Quand on a été professeur pendant 42 ans, on ne peut pas s’empêcher de faire preuve de pédagogie même quand on écrit un roman ! C’est un bon moyen de vulgariser tout ce qui se rapporte à la recherche historique. Par exemple, les méthodes de peinture, la fabrication des pigments… Le roman historique est apte à diffuser tout cela auprès d’un public qui autrement n’y aurait peut-être pas eu accès.

Le retable des ardents, de Michel Winter (Le Verger éditeur). 240 pages – 17 euros.

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