« L’individu stupide est le type d’individu le plus dangereux », estime Carlo M. Cipolla. Cet historien de l’économie pourvu d’un sens de l’ironie aiguisé a fait de l’imbécilité le sujet d’étude d’un court essai plein d’humour : Les lois fondamentales de la stupidité humaine. L’auteur se défend toutefois de « tout cynisme ou défaitisme », son ouvrage étant simplement « le résultat constructif d’un effort visant à détecter, à connaître, et peut-être à neutraliser l’une des plus puissantes forces obscures qui entravent le bien-être et le bonheur de l’humanité. »

Cinq lois fondamentales

Après avoir doctement caractérisé l’individu stupide (« une créature ridicule qui n’a rien à gagner et qui ne gagne effectivement rien à nous causer de l’embarras, des difficultés ou du mal »), Carlo M. Cipolla s’emploie à énoncer les lois fondamentales qui régissent cette catégorie de personnes, en parodiant les grands théoriciens de l’économie. L’on y apprend notamment que « chacun sous-estime inévitablement le nombre d’individus stupides existant dans le monde » et que le pourcentage de personnes stupides dans un groupe est indépendant de la catégorie sociale ou du niveau intellectuel des individus. Ainsi, on trouve autant d’imbéciles chez les ouvriers « en col bleu » que chez les lauréats du Prix Nobel. L’ouvrage apprend aussi au lecteur, à grand renfort de schémas et de figures, à évaluer lui-même les actions d’individus ou groupes auxquels il est confronté, afin de pouvoir ensuite réagir « de manière rationnelle ».

Furieusement d’actualité, Les lois fondamentales de la stupidité humaine a été édité pour la première fois en anglais en… 1976. Il a été traduit en langue française il y a quelques mois. L’édition originale était précédée d’un avertissement invitant les personnes recevant l’ouvrage en cadeau à ne pas s’offenser : le livre s’adresse « non aux gens stupides mais à ceux qui ont parfois affaire à ces gens ».

Extrait

« Le potentiel dévastateur des gens stupides dépend de deux facteurs principaux. Premièrement, le facteur génétique : certains individus héritent du gène de la stupidité à dose exceptionnelle et appartiennent ainsi par la naissance à l’élite de leur groupe. Le second facteur qui détermine le potentiel d’un être stupide est lié à la position de pouvoir et d’éminence qu’il occupe dans la société. Parmi les bureaucrates, les généraux, les hommes politiques et les chefs d’Etat, on trouve sans peine de superbes exemples d’individus fondamentalement stupides dont la faculté de nuire est ou a été rendue beaucoup plus redoutable par la position de pouvoir qu’ils occupent ou occupaient. »

Carlo M. Cipolla, Les lois fondamentales de la stupidité humaine, PUF, 05/2012.