François Carré

François Carré

Comment se remettre au sport sans risque quand on est enseignant ?

A partir du moment où l’on travaille dans un bureau ou une classe toute l’année, la reprise doit toujours être progressive. Pour minimiser les risques, je conseille au minimum 4 à 6 semaines d’exercices mesurés avant de réellement refaire du sport, surtout si l’on prévoit pendant ses vacances de faire des parties endiablées de tennis ou de foot. Être prudent c’est s’entraîner au moins trois fois par semaine pendant 40-45 minutes en étant modérément essoufflé. Evidemment, plus on est jeune et moins on a besoin de temps pour retrouver la forme. Il est important de tenir compte de son mode de vie : selon que l’on est en surpoids, fumeur, diabétique ou avec un cholestérol trop élevé, il faudra se préparer avec d’autant plus de précautions.

Faut-il consulter son médecin ?

Obtenir un certificat médical est théoriquement obligatoire pour faire de la compétition. Si l’on ne cherche pas à tout prix la performance, la consultation ne doit pas être systématique. Si je désire pratiquer une activité sportive modérée, que je n’ai pas problème de santé, que je suis non fumeur et pas en surpoids, que ma tension artérielle est normale, alors une visite médicale n’est pas obligatoire. En revanche si à l’effort, par exemple en montant des escaliers, j’ai des douleurs dans la poitrine ou que je suis anormalement essoufflé, que je ressens des palpitations, ou si j’ai fait un malaise, mieux vaut aller voir son médecin qui estimera si un avis cardiologique est nécessaire. Il en est de même si j’ai plus de 40 ans, que je suis sédentaire et que je projette de pratiquer une activité sportive intense.

Que sait-on de la « mort subite » ?

La pratique sportive modérée et régulière est bénéfique pour la santé et elle doit être encouragée. Cependant, des accidents cardiovasculaires peuvent survenir en cas de pratique surtout intense. En France, entre 1200 et 1500 personnes décèdent chaque année de mort subite d’origine cardiovasculaire lors d’une pratique sportive, soit environ quatre décès par jour. Ce n’est pas négligeable mais il faut rappeler que le risque reste très faible au regard des 15 millions de licenciés dans un club de sport. De plus, ces personnes présentaient une pathologie cardiaque méconnue qui a été révélée par l’exercice. Une personne qui a une pathologie cardiaque a 2,5 fois plus de « chance » d’être victime de mort subite en faisant du sport. Avant 35 ans, les morts subites sont souvent liées à des maladies génétiques ou à des malformations cardiaques. Après 35 ans, des artères coronaires bouchées, censées irriguées le cœur, sont presque toujours en cause.

Comment se prémunir ?

Une intervention de prévention est possible à trois niveaux. D’une part, le sportif doit savoir s’évaluer et être attentif aux symptômes qui peuvent révéler une pathologie cardiaque à risque : il y a ainsi 10 règles d’or à respecter, validées par l’Académie Nationale de Médecine, comme par exemple ne pas faire de sport si l’on a de la fièvre. D’autre part, le médecin a un rôle majeur en réalisant une vraie visite de non contre indication avec un interrogatoire, un examen physique et un électrocardiogramme en cas de sport en compétition, ou en cas de symptômes, en adaptant le bilan au patient. La troisième intervention relève en fait du traitement. En cas d’accident cardiovasculaire sur un terrain de sport, l’entourage doit savoir réagir en suivant trois recommandations : appeler, masser et défibriller. Il ne faut pas avoir peur d’utiliser un défibrillateur, le pire est de ne rien faire. Or dans 8 cas d’accident sur 10, personne n’intervient, par manque de formation.

Fumer et faire du sport : est-ce vraiment incompatible ?

Fumer est toujours très nocif. Même si la sensibilité au tabac, comme pour l’alcool, peut varier d’un sujet à l’autre, on abime inévitablement ses poumons et ses artères en fumant même « peu ». Il faut balayer une idée reçue : on n’élimine pas la cigarette en faisant un peu de sport. Surtout, c’est une hérésie de fumer juste avant, pendant – la mi-temps par exemple- ou juste après l’effort. D’après ma propre expérience, presque toutes les personnes de moins de 40 ans victimes d’un infarctus du myocarde lors d’une séance de sport avaient un point commun, elles avaient toutes fumé juste avant ou juste après.