Luc Richer

Luc Richer

Pourquoi dénoncez-vous la trop grande facilité du brevet des collèges cette année ?

Baisser le niveau des épreuves ne rend pas service aux élèves. En ce qui concerne le français, c’était du niveau 6e ! Il n’y avait qu’une question sur le programme de 3e, portant sur le discours indirect libre. Toutes les autres interrogations portaient sur de la compréhension littérale, c’est-à-dire sur le sens d’un texte comme on l’étudie en 6e. De plus, aucune question de grammaire n’a été posée alors que le programme inclut toute l’analyse logique de la phrase. La fonction des mots n’est même pas testée ! Quant à la dictée et à l’orthographe, je déplore aussi que l’on n’ait pas cherché à vérifier la maîtrise du subjonctif, ou du participe passé des verbes pronominaux. Le Brevet est devenu trop facile, ce qui dévalorise les lauréats.

Est-ce un phénomène nouveau ?

Poser des questions de plus en plus faciles est une tendance depuis plusieurs années. Mais cette fois, c’est le bouquet avec la disparition quasi complète des questions de langue ! Et ce qui est inquiétant, c’est que les annales zéro des sujets 2013 sont du même acabit.

L’épreuve d’Histoire-géographie a également été facile… Dans ces conditions, le Brevet sert-il encore à quelque chose ?

Actuellement, on peut se poser la question. Mais le supprimer serait perdre un enjeu majeur du collège. C’est le premier examen national, et qu’il existe pour ce diplôme un équilibre entre le contrôle continu et les épreuves sur table est une bonne chose. Ce qui pose question, c’est le nivellement par le bas auquel on assiste. Deux interprétations sont possibles : soit on a délibérément oublié le programme de 3e pour falsifier le taux de réussite, soit il y a une volonté de supprimer à terme un examen dont l’organisation reste onéreuse.

Que préconisez-vous pour revaloriser le Brevet ?

Faire du D.N.B. une condition du passage en seconde générale peut être une bonne idée pour revaloriser l’examen. Encore faut-il ajuster le niveau des élèves à celui du diplôme, et non l’inverse. Les horaires doivent donc être rétablis. Car toutes les innovations pédagogiques structurelles, à l’image des I.D.D. (itinéraires de découvertes), se sont faites au détriment des horaires disciplinaires, et donc des élèves. En l’espace de 20 ans, l’enseignement hebdomadaire du français au collège a perdu jusqu’à 2 h.

Le niveau des élèves baisse-t-il vraiment ?

Oui, fatalement. Leur niveau d’ensemble régresse puisque l’horaire a considérablement diminué. Cela signifie pour l’élève moins de temps d’exercice et de correction en classe. Cette perte horaire a d’ailleurs entraîné une classe de plus par professeur, donc moins de temps consacré à chacune.

Faut-il réformer l’enseignement du français au collège ?

Les programmes actuels ne sont pas mauvais, seulement il faut jouer le jeu ! Car ne nous leurrons pas, il y a fort à parier que les 3e de la dernière session diront aux 4e de ne pas trop stresser : à quoi bon travailler pour l’examen s’il n’y a pas ou très peu de questions du programme ? Le Brevet ne doit pas être une simple formalité. J’espère que le nouveau ministre de l’Education nationale, Vincent Peillon, redonnera de la valeur au diplôme en imposant que les épreuves s’appuient sur le programme scolaire de 3e.