George Pau-Langevin©P. Devernay /MEN

George Pau-Langevin©P. Devernay /MEN

Ministre déléguée à la réussite éducative, qu’est-ce que cela signifie ?

C’est un honneur d’être la première ministre de la réussite éducative, car cela représente l’incarnation d’un volontarisme politique dont la société française a besoin en cette période de crise et de doute. L’objectif est clair : œuvrer à la réussite de tous les élèves, car tous ne partent pas avec les mêmes chances dans la vie et les inégalités se creusent au fur et à mesure de leur parcours scolaire. Agir pour la réussite éducative suppose de considérer l’enfant dans sa globalité et d’intervenir sur certains déterminants qui sont des freins à la réussite. Ceux-ci peuvent être géographiques, sociaux, culturels ou liés à des problématiques de santé. La réussite éducative va au-delà de la réussite scolaire.

Quel est votre périmètre d’actions ?

Ma mission, qui concerne à la fois le primaire et le secondaire, est d’agir sur plusieurs axes forts : les conditions de vie des élèves, je pense notamment à la santé scolaire, le sport, le lien avec les familles, la politique sociale (fonds sociaux) ; les dispositifs liés à l’éducation prioritaire, à l’accompagnement éducatif et à la lutte contre les discriminations ; l’orientation qui mérite d’être revue en profondeur. De surcroît, je m’investirai en direction des élèves qui ont des besoins particuliers, je pense notamment à ceux en situation de handicap et aux primo-arrivants. La réussite éducative n’est pas le monopole de l’Education nationale et implique un grand nombre d’acteurs, c’est pourquoi ma mission est interministérielle et partenariale.

Ne risquez-vous pas de vous marcher sur les pieds avec Vincent Peillon ?

Vincent Peillon m’associe étroitement à sa démarche pour refonder l’école de la République. Nous avons défini ensemble les dossiers que je suivrai plus directement et que je viens de citer. Je crois que nous partageons une même vision de l’Ecole et que nos actions et nos méthodes sont complémentaires.

Quel constat faites-vous du système éducatif français ? Ne faut-il pas analyser les causes de ses dysfonctionnements par rapport à d’autres systèmes en Europe pour pouvoir proposer des solutions ?

Les attentes sont extrêmement fortes, car les enseignants ont très mal vécu les cinq années qui viennent de s’écouler. Au-delà des suppressions de postes, je crois que certains ont été atteints dans leur identité. Je veux leur dire l’importance de leur tâche, ainsi que celle de tous les personnels éducatifs. S’il est vrai que certains modèles étrangers peuvent nous aider à faire évoluer le système éducatif, je crois que le monde de l’éducation possède suffisamment de richesses en son sein pour reprendre la place qu’il mérite au sein de la République.

Quelles sont vos priorités, comment comptez-vous organiser la réussite éducative ?

Tout d’abord, je m’investirai dans la grande concertation aux cotés de Vincent Peillon. Ensuite, pour chacun des domaines qui me concernent plus précisément, je dégagerai des axes forts pour donner de la lisibilité à mon action et favoriser leur réelle mise en œuvre.

Quels seront vos outils pour agir, quels leviers allez-vous actionner ?

Au sein de l’Education nationale, il existe plusieurs dispositifs utiles. Je pense à l’éducation prioritaire, aux dispositifs d’accompagnement ou de scolarisation des élèves handicapés. Je compte également beaucoup sur l’innovation et l’expérimentation pour faire bouger les choses. Mes leviers sont interministériels et partenariaux. Je tacherai d’impulser une dynamique collective en associant tous les partenaires.

Comment pensez-vous travailler avec les enseignants ?

Je suis pour le dialogue. Je multiplie les déplacements afin d’identifier les projets qui fonctionnent et de discuter avec les enseignants de leur situation, de leurs projets, de leurs initiatives. Beaucoup méritent d’être mieux connues et de gagner en visibilité.