« Les modalités de l’accompagnement personnalisé suscitent un désaveu généralisé »

Dans une tribune publiée sur le site nonfiction.fr, Laurent Frajerman fait le bilan de la réforme Chatel du lycée. Et appelle le nouveau ministre à enrayer les inégalités qu’elle a générées.

Le lycée fonctionne actuellement dans le cadre de la réforme mise en place en 2009 par Luc Chatel.

Laurent Frajerman, chercheur à l’institut de recherches de la FSU, professeur agrégé d’histoire au lycée de Thiais, reconnaît en préambule de son analyse, que les syndicats, et parmi eux, le SNES-FSU, n’ont pas réussi à mobiliser contre la réforme du lycée. De fait, elle n’implique pas une réduction – pour raisons budgétaires- du volume horaire global de cours des élèves, comme les enseignants le croient souvent à tort.

La situation est bien plus compliquée que cela.

Un système basé sur les « demandes des élèves « 

La réforme repose en effet sur « l’éloge d’un système éducatif basé moins sur des connaissances à transmettre que sur les demandes des élèves ». On assiste dans les faits à une incessante « personnalisation » des cours et à la constitution à tout va de groupes d’élèves. Ce qui conduit à des extrêmes : ainsi indique Laurent Frajerman, « au lycée Balzac de Paris, un chef d’établissement a constitué pas moins de 255 groupes pour 900 élèves. En dehors de quelques matières, les élèves d’une même classe ne sont jamais ensemble ».

L’excessive prise en compte de l’individu mène à une véritable atomisation de la connaissance, et à une dispersion du savoir.

Laurent Frajerman analyse ensuite les dispositifs clés de la réforme Chatel : enseignements d’exploration et accompagnement personnalisé.

L’échec de l’accompagnement personnalisé

S’il reconnaît que « les enseignements d’exploration sont plutôt appréciés », citant par exemple ‘Littérature et société’ et ‘Méthodes et pratiques scientifiques' », le second dispositif lui est un échec. Il salue dans le cadre des enseignements d’exploration « un programme national laissant de la souplesse aux enseignants, des méthodes de travail variées ». Mais les « modalités de l’accompagnement personnalisé suscitent un désaveu généralisé chez les professeurs et les élèves ». De plus, ce dispositif ne correspond pas à la mission de l’enseignant, car on y observe « un glissement de la transmission des savoirs vers le soutien à la personne ».

Enfin, ce dispositif ne fait qu’accroître les inégalités : en effet souligne le chercheur, on observe une « polarisation croissante entre les lycées d’excellence reconduisant leurs anciennes recettes sous les nouveaux termes (accompagnement personnalisé sous forme de cours classiques…) et les lycées ghettos n’offrant que des modules de remédiation aux élèves qui y sont relégués ». Le ministre de l’Education Vincent Peillon aura pour mission d’y mettre un terme.

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